Variables aléatoires sur un univers fini
Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.
Une variable aléatoire associe un nombre, ou un objet, au résultat d'une expérience aléatoire. On ne raisonne plus seulement sur des événements isolés : on étudie une loi, puis on la résume par l'espérance et la variance, et on contrôle les écarts à la moyenne par les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev.
Prérequis
- Espace probabilisé fini $(\Omega,P)$, probabilité d'un événement, événements incompatibles
- Probabilités conditionnelles, formule des probabilités totales, formule de Bayes
- Indépendance de deux événements, indépendance mutuelle d'une famille d'événements
- Dénombrement, coefficients binomiaux, formule du binôme de Newton
- Manipulation des sommes finies et des sommes doubles
À la fin du chapitre, on sait
- Déterminer la loi d'une variable aléatoire et celle de $f(X)$
- Reconnaître et utiliser les lois uniforme, de Bernoulli et binomiale
- Passer de la loi conjointe d'un couple aux lois marginales et conditionnelles
- Démontrer ou réfuter l'indépendance de variables aléatoires
- Calculer une espérance par la définition, la formule de transfert ou la linéarité (décomposition en indicatrices)
- Calculer variances et covariances, en particulier la variance d'une somme
- Appliquer les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, notamment pour majorer l'écart d'une fréquence à une probabilité
1.Variable aléatoire et loi
Dans tout le chapitre, $(\Omega,P)$ est un espace probabilisé fini : $\Omega$ est un ensemble fini et $P$ une probabilité sur $\mathcal{P}(\Omega)$.
Variable aléatoire
Une variable aléatoire sur $\Omega$ est une application $X : \Omega \to E$, où $E$ est un ensemble. Si $E\subset\mathbb{R}$, on parle de variable aléatoire réelle.
Pour $A\subset E$ et $x\in E$, on note $$(X\in A)=X^{-1}(A)=\{\omega\in\Omega,\ X(\omega)\in A\},\qquad (X=x)=X^{-1}(\{x\}).$$ Pour une variable réelle, on note aussi $(X\leqslant x)$, $(X> x)$, etc.
Système complet associé à $X$
L'ensemble $X(\Omega)$ est fini. Les événements $(X=x)$, pour $x\in X(\Omega)$, forment un système complet d'événements de $\Omega$ : ils sont deux à deux incompatibles et leur réunion est $\Omega$. En particulier $$\sum_{x\in X(\Omega)}P(X=x)=1.$$
Loi d'une variable aléatoire
La loi de $X$ est l'application $$P_X : \mathcal{P}(X(\Omega))\to[0,1],\qquad A\mapsto P(X\in A).$$ Elle est entièrement déterminée par la donnée des nombres $P(X=x)$ pour $x\in X(\Omega)$, puisque $P(X\in A)=\sum_{x\in A}P(X=x)$.
On écrit $X\sim Y$ lorsque $X$ et $Y$ ont la même loi.
La loi est une probabilité
$P_X$ est une probabilité sur l'ensemble fini $X(\Omega)$.
On a $P_X(X(\Omega))=P(X\in X(\Omega))=P(\Omega)=1$.
Si $A$ et $B$ sont deux parties disjointes de $X(\Omega)$, les événements $(X\in A)$ et $(X\in B)$ sont incompatibles (un $\omega$ ne peut avoir son image à la fois dans $A$ et dans $B$) et $(X\in A\cup B)=(X\in A)\cup(X\in B)$. Donc $$P_X(A\cup B)=P(X\in A)+P(X\in B)=P_X(A)+P_X(B).$$ Ainsi $P_X$ est une probabilité sur $X(\Omega)$.
Existence
Réciproquement, si $x_1,\dots,x_n$ sont des éléments distincts et $p_1,\dots,p_n$ des réels positifs de somme $1$, il existe un espace probabilisé fini et une variable $X$ telle que $P(X=x_i)=p_i$ pour tout $i$ : il suffit de prendre $\Omega=\{x_1,\dots,x_n\}$, $P(\{x_i\})=p_i$ et $X=\mathrm{id}$. On peut donc parler d'« une variable de loi donnée » sans préciser $\Omega$.
Loi de $f(X)$
Si $X : \Omega\to E$ et $f : E\to F$, alors $f(X)=f\circ X$ est une variable aléatoire et, pour tout $y\in f(X(\Omega))$, $$P(f(X)=y)=\sum_{\substack{x\in X(\Omega)\\ f(x)=y}}P(X=x).$$ En effet $(f(X)=y)$ est la réunion disjointe des $(X=x)$ pour les $x$ tels que $f(x)=y$.
Déterminer la loi d'une variable aléatoire
- Déterminer l'ensemble $X(\Omega)$ des valeurs prises.
- Pour chaque $x\in X(\Omega)$, calculer $P(X=x)$ (dénombrement en situation d'équiprobabilité, probabilités totales, indépendance...).
- Contrôler que la somme des probabilités vaut $1$.
- Présenter le résultat dans un tableau ou par une formule en $x$.
Somme de deux dés
On lance deux dés équilibrés : $\Omega=[\![1,6]\!]^2$ muni de l'équiprobabilité, $|\Omega|=36$. Soit $S$ la somme des deux faces. On a $S(\Omega)=[\![2,12]\!]$.
Pour $k\in[\![2,7]\!]$, les couples de somme $k$ sont $(1,k-1),\dots,(k-1,1)$ : il y en a $k-1$. Pour $k\in[\![7,12]\!]$, par symétrie, il y en a $13-k$. Dans les deux cas, ce nombre vaut $6-|k-7|$, d'où $$P(S=k)=\frac{6-|k-7|}{36},\qquad k\in[\![2,12]\!].$$ Contrôle : $\frac{1+2+3+4+5+6+5+4+3+2+1}{36}=\frac{36}{36}=1$.
Loi de $X^2$
Soit $X$ de loi uniforme sur $\{-2,-1,0,1,2\}$ et $Y=X^2$. Alors $Y(\Omega)=\{0,1,4\}$ et $$P(Y=0)=P(X=0)=\tfrac15,\quad P(Y=1)=P(X=-1)+P(X=1)=\tfrac25,\quad P(Y=4)=\tfrac25.$$
2.Lois usuelles
Loi uniforme
Soit $E$ un ensemble fini non vide. $X$ suit la loi uniforme sur $E$, noté $X\sim\mathcal{U}(E)$, si $X(\Omega)=E$ et $$\forall x\in E,\quad P(X=x)=\frac{1}{|E|}.$$ Exemple : le résultat d'un dé équilibré suit $\mathcal{U}([\![1,6]\!])$.
Loi de Bernoulli
Soit $p\in[0,1]$. $X$ suit la loi de Bernoulli de paramètre $p$, noté $X\sim\mathcal{B}(p)$, si $X(\Omega)\subset\{0,1\}$ et $$P(X=1)=p,\qquad P(X=0)=1-p.$$ Elle modélise une expérience à deux issues : succès (valeur $1$) ou échec (valeur $0$).
Indicatrice d'un événement
Pour tout événement $A$, la variable indicatrice $\mathbf{1}_A$ (qui vaut $1$ sur $A$ et $0$ ailleurs) suit la loi $\mathcal{B}(P(A))$. Réciproquement, toute variable $X\sim\mathcal{B}(p)$ est l'indicatrice de l'événement $(X=1)$.
Loi binomiale
Soit $n\in\mathbb{N}^*$ et $p\in[0,1]$. $X$ suit la loi binomiale de paramètres $(n,p)$, noté $X\sim\mathcal{B}(n,p)$, si $X(\Omega)\subset[\![0,n]\!]$ et $$\forall k\in[\![0,n]\!],\quad P(X=k)=\binom{n}{k}p^k(1-p)^{n-k}.$$ Ces nombres sont positifs et, par la formule du binôme, $\sum_{k=0}^n\binom nk p^k(1-p)^{n-k}=(p+1-p)^n=1$ : c'est bien une loi. On note que $\mathcal{B}(1,p)=\mathcal{B}(p)$.
Nombre de succès
On répète $n$ fois une épreuve de Bernoulli, de façon que les événements $A_1,\dots,A_n$ (« succès à l'épreuve $i$ ») soient mutuellement indépendants et de même probabilité $p$. Le nombre $X$ de succès suit la loi $\mathcal{B}(n,p)$.
Soit $k\in[\![0,n]\!]$. L'événement $(X=k)$ signifie que l'ensemble $I$ des indices des épreuves réussies a exactement $k$ éléments : $$(X=k)=\bigcup_{\substack{I\subset[\![1,n]\!]\\|I|=k}}B_I,\qquad B_I=\bigcap_{i\in I}A_i\cap\bigcap_{i\notin I}\overline{A_i}.$$ Les $B_I$ sont deux à deux incompatibles : si $I\neq J$, un indice appartient à l'un et pas à l'autre, et l'épreuve correspondante ne peut être à la fois un succès et un échec.
Les $A_i$ étant mutuellement indépendants, la famille obtenue en remplaçant certains $A_i$ par leurs contraires l'est aussi, donc $P(B_I)=p^k(1-p)^{n-k}$.
Il y a $\binom nk$ parties $I$ à $k$ éléments, d'où $P(X=k)=\binom nk p^k(1-p)^{n-k}$.
QCM répondu au hasard
Un QCM comporte $10$ questions à $4$ choix, une seule bonne réponse par question. Un candidat répond au hasard, indépendamment d'une question à l'autre. Le nombre $X$ de bonnes réponses suit $\mathcal{B}(10,\frac14)$.
Probabilité d'avoir au moins $8$ bonnes réponses : $$P(X\geqslant 8)=\binom{10}{8}\frac{3^2}{4^{10}}+\binom{10}{9}\frac{3}{4^{10}}+\frac{1}{4^{10}}=\frac{45\times9+30+1}{1\,048\,576}=\frac{436}{1\,048\,576}=\frac{109}{262\,144}.$$ Soit environ $4{,}2\times10^{-4}$.
Reconnaître une loi binomiale
Pour justifier $X\sim\mathcal{B}(n,p)$, on rédige trois points :
- on identifie $n$ épreuves à deux issues (succès / échec) ;
- on justifie l'indépendance des épreuves (tirages avec remise, lancers successifs...) et le fait que la probabilité de succès vaut $p$ à chaque épreuve ;
- on constate que $X$ compte le nombre de succès.
Un tirage sans remise ne donne pas de loi binomiale : les épreuves ne sont pas indépendantes.
3.Couples de variables aléatoires
Loi conjointe, lois marginales
Soient $X:\Omega\to E$ et $Y:\Omega\to F$. Le couple $(X,Y)$ est la variable aléatoire $\omega\mapsto(X(\omega),Y(\omega))$ à valeurs dans $E\times F$.
- La loi conjointe de $X$ et $Y$ est la loi de $(X,Y)$ ; elle est déterminée par les nombres $P(X=x,Y=y)=P\big((X=x)\cap(Y=y)\big)$, pour $(x,y)\in X(\Omega)\times Y(\Omega)$.
- Les lois marginales du couple sont les lois de $X$ et de $Y$.
Plus généralement, on définit la loi conjointe d'un $n$-uplet $(X_1,\dots,X_n)$.
Des lois conjointes aux lois marginales
Pour tout $x\in X(\Omega)$ et tout $y\in Y(\Omega)$, $$P(X=x)=\sum_{y\in Y(\Omega)}P(X=x,Y=y),\qquad P(Y=y)=\sum_{x\in X(\Omega)}P(X=x,Y=y).$$
Les événements $(Y=y)$, $y\in Y(\Omega)$, forment un système complet. La formule des probabilités totales (version sans conditionnement) donne $P(X=x)=\sum_{y}P\big((X=x)\cap(Y=y)\big)$. Même raisonnement pour $Y$.
Loi conditionnelle
Soit $x\in X(\Omega)$ tel que $P(X=x)>0$. La loi conditionnelle de $Y$ sachant $(X=x)$ est la loi de $Y$ pour la probabilité $P_{(X=x)}$, c'est-à-dire $$y\mapsto P(Y=y\mid X=x)=\frac{P(X=x,Y=y)}{P(X=x)}.$$
Un couple construit en deux étapes
On choisit $X$ uniformément dans $\{1,2,3\}$, puis, $X$ valant $i$, on choisit $Y$ uniformément dans $[\![1,i]\!]$. Ainsi $P(Y=j\mid X=i)=\frac1i$ pour $j\leqslant i$, et $0$ sinon. Par la formule des probabilités composées, $P(X=i,Y=j)=\frac13\cdot\frac1i$ pour $1\leqslant j\leqslant i\leqslant3$.
| $Y=1$ | $Y=2$ | $Y=3$ | loi de $X$ | |
|---|---|---|---|---|
| $X=1$ | $1/3$ | $0$ | $0$ | $1/3$ |
| $X=2$ | $1/6$ | $1/6$ | $0$ | $1/3$ |
| $X=3$ | $1/9$ | $1/9$ | $1/9$ | $1/3$ |
| loi de $Y$ | $11/18$ | $5/18$ | $2/18$ | $1$ |
La loi de $Y$ s'obtient en sommant les colonnes : $P(Y=1)=\frac13+\frac16+\frac19=\frac{6+3+2}{18}=\frac{11}{18}$, etc.
Loi conditionnelle de $X$ sachant $(Y=1)$ : $$P(X=1\mid Y=1)=\frac{1/3}{11/18}=\frac{6}{11},\quad P(X=2\mid Y=1)=\frac{3}{11},\quad P(X=3\mid Y=1)=\frac{2}{11}.$$
Les marginales ne déterminent pas la loi conjointe
Soit $X\sim\mathcal{B}(\frac12)$. Les couples $(X,X)$ et $(X,1-X)$ ont les mêmes lois marginales (toutes égales à $\mathcal{B}(\frac12)$), mais pas la même loi conjointe : $P(X=1,X=1)=\frac12$ alors que $P(X=1,1-X=1)=0$. Connaître les lois de $X$ et de $Y$ ne suffit pas pour calculer $P(X=x,Y=y)$, sauf hypothèse d'indépendance.
Loi de $g(X,Y)$
Pour déterminer la loi de $Z=g(X,Y)$ (par exemple $X+Y$, $\max(X,Y)$, $XY$) :
- on détermine les valeurs possibles $z$ de $Z$ ;
- pour chaque $z$, on additionne les cases du tableau de la loi conjointe où $g(x,y)=z$ : $$P(Z=z)=\sum_{\substack{(x,y)\\ g(x,y)=z}}P(X=x,Y=y).$$ Dans l'exemple précédent, $P(X+Y=4)=P(X=2,Y=2)+P(X=3,Y=1)=\frac16+\frac19=\frac{5}{18}$.
4.Indépendance de variables aléatoires
Deux variables indépendantes
$X$ et $Y$ sont indépendantes, noté $X\perp\!\!\!\perp Y$, si $$\forall (x,y)\in X(\Omega)\times Y(\Omega),\quad P(X=x,Y=y)=P(X=x)\,P(Y=y).$$ Autrement dit, la loi conjointe est le produit des lois marginales.
Caractérisation par les parties
$X$ et $Y$ sont indépendantes si et seulement si, pour toutes parties $A\subset E$ et $B\subset F$, $$P(X\in A,\,Y\in B)=P(X\in A)\,P(Y\in B).$$
Le sens réciproque s'obtient avec $A=\{x\}$, $B=\{y\}$.
Sens direct : quitte à remplacer $A$ par $A\cap X(\Omega)$ et $B$ par $B\cap Y(\Omega)$, on suppose $A\subset X(\Omega)$, $B\subset Y(\Omega)$. L'événement $(X\in A,Y\in B)$ est la réunion disjointe des $(X=x,Y=y)$ pour $(x,y)\in A\times B$, donc $$P(X\in A,Y\in B)=\sum_{x\in A}\sum_{y\in B}P(X=x)P(Y=y)=\Big(\sum_{x\in A}P(X=x)\Big)\Big(\sum_{y\in B}P(Y=y)\Big)=P(X\in A)P(Y\in B).$$
Indépendance mutuelle
Les variables $X_1,\dots,X_n$ sont mutuellement indépendantes si, pour tout $(x_1,\dots,x_n)\in X_1(\Omega)\times\dots\times X_n(\Omega)$, $$P\Big(\bigcap_{i=1}^n(X_i=x_i)\Big)=\prod_{i=1}^nP(X_i=x_i).$$ C'est équivalent à : pour toutes parties $A_i$, les événements $(X_1\in A_1),\dots,(X_n\in A_n)$ sont mutuellement indépendants. L'indépendance mutuelle entraîne l'indépendance deux à deux ; la réciproque est fausse.
Indépendantes deux à deux mais pas mutuellement
Soient $X,Y$ indépendantes de loi $\mathcal{B}(\frac12)$ et $Z=\mathbf{1}_{(X=Y)}$. On a $P(Z=1)=P(X=0,Y=0)+P(X=1,Y=1)=\frac12$, donc $Z\sim\mathcal{B}(\frac12)$.
$X$ et $Z$ sont indépendantes : par exemple $P(X=0,Z=1)=P(X=0,Y=0)=\frac14=P(X=0)P(Z=1)$, et les trois autres cases se vérifient de même. Par symétrie, $Y$ et $Z$ sont indépendantes.
Mais $P(X=0,Y=1,Z=1)=0\neq\frac18=P(X=0)P(Y=1)P(Z=1)$ : la famille $(X,Y,Z)$ n'est pas mutuellement indépendante.
Fonctions de variables indépendantes
Si $X$ et $Y$ sont indépendantes, alors pour toutes fonctions $f$ et $g$, les variables $f(X)$ et $g(Y)$ sont indépendantes.
Pour $a$ et $b$ quelconques, $(f(X)=a)=(X\in f^{-1}(\{a\}))$ et $(g(Y)=b)=(Y\in g^{-1}(\{b\}))$. Par la caractérisation par les parties, $$P(f(X)=a,g(Y)=b)=P\big(X\in f^{-1}(\{a\})\big)P\big(Y\in g^{-1}(\{b\})\big)=P(f(X)=a)P(g(Y)=b).$$
Lemme des coalitions
Si $X_1,\dots,X_n$ sont mutuellement indépendantes et $1\leqslant m<n$, alors pour toutes fonctions $f$ et $g$, les variables $f(X_1,\dots,X_m)$ et $g(X_{m+1},\dots,X_n)$ sont indépendantes. Le résultat s'étend à plus de deux « paquets » disjoints de variables.
Exemple : si $X_1,X_2,X_3,X_4$ sont mutuellement indépendantes, $X_1+X_2$ et $X_3X_4$ sont indépendantes.
Démonstration et modélisation
La démonstration du lemme des coalitions n'est pas exigible. On admet aussi que, pour des lois données $\mu_1,\dots,\mu_n$, il existe un espace probabilisé fini portant des variables $X_1,\dots,X_n$ mutuellement indépendantes de lois respectives $\mu_1,\dots,\mu_n$ (on peut prendre un produit d'espaces).
Somme de Bernoulli indépendantes
Si $X_1,\dots,X_n$ sont mutuellement indépendantes de même loi $\mathcal{B}(p)$, alors $$X_1+\dots+X_n\sim\mathcal{B}(n,p).$$ C'est une reformulation du théorème du nombre de succès avec $A_i=(X_i=1)$.
Prouver ou réfuter une indépendance
- Pour prouver l'indépendance : vérifier $P(X=x,Y=y)=P(X=x)P(Y=y)$ pour tous les couples $(x,y)$, ou reconnaître que $X$ et $Y$ dépendent d'expériences indépendantes (lemme des coalitions).
- Pour réfuter l'indépendance : exhiber un couple $(x,y)$ où l'égalité échoue. Le plus rapide est souvent une case nulle du tableau conjoint alors que $P(X=x)>0$ et $P(Y=y)>0$.
Dans l'exemple de la section précédente : $P(X=1,Y=2)=0$ alors que $P(X=1)P(Y=2)=\frac13\cdot\frac{5}{18}\neq0$, donc $X$ et $Y$ ne sont pas indépendantes.
5.Espérance
Espérance
Soit $X$ une variable aléatoire réelle. Son espérance est $$E(X)=\sum_{x\in X(\Omega)}x\,P(X=x).$$ C'est la moyenne des valeurs de $X$ pondérée par leurs probabilités. On dit que $X$ est centrée si $E(X)=0$. L'espérance ne dépend que de la loi de $X$.
Expression à l'aide de $\Omega$
$$E(X)=\sum_{\omega\in\Omega}X(\omega)\,P(\{\omega\}).$$
On regroupe les $\omega$ selon la valeur de $X(\omega)$ : $$\sum_{\omega\in\Omega}X(\omega)P(\{\omega\})=\sum_{x\in X(\Omega)}\ \sum_{\omega\in(X=x)}x\,P(\{\omega\})=\sum_{x\in X(\Omega)}x\,P(X=x)=E(X).$$
Propriétés de l'espérance
Pour $X,Y$ réelles et $\lambda,\mu\in\mathbb{R}$ :
- linéarité : $E(\lambda X+\mu Y)=\lambda E(X)+\mu E(Y)$ ;
- positivité : si $X\geqslant0$, alors $E(X)\geqslant0$ ;
- croissance : si $X\leqslant Y$, alors $E(X)\leqslant E(Y)$ ;
- pour une constante $a$, $E(a)=a$ ; pour un événement $A$, $E(\mathbf{1}_A)=P(A)$.
Avec l'expression sur $\Omega$ : $$E(\lambda X+\mu Y)=\sum_{\omega}\big(\lambda X(\omega)+\mu Y(\omega)\big)P(\{\omega\})=\lambda E(X)+\mu E(Y).$$ Si $X\geqslant 0$, chaque terme $X(\omega)P(\{\omega\})$ est positif, d'où $E(X)\geqslant0$. La croissance s'en déduit en appliquant la positivité à $Y-X$ et la linéarité. Enfin $E(\mathbf{1}_A)=1\cdot P(A)+0\cdot P(\overline A)=P(A)$.
Formule de transfert
Si $X:\Omega\to E$ et $f:E\to\mathbb{R}$, alors $$E(f(X))=\sum_{x\in X(\Omega)}f(x)\,P(X=x).$$ En particulier, pour un couple, $E(g(X,Y))=\displaystyle\sum_{(x,y)}g(x,y)\,P(X=x,Y=y)$.
Intérêt : on calcule $E(f(X))$ sans déterminer la loi de $f(X)$.
Notons $F=f(X(\Omega))$. Pour $y\in F$, $P(f(X)=y)=\sum_{x:\,f(x)=y}P(X=x)$. Donc $$E(f(X))=\sum_{y\in F}y\sum_{\substack{x\in X(\Omega)\\f(x)=y}}P(X=x)=\sum_{y\in F}\ \sum_{\substack{x\in X(\Omega)\\f(x)=y}}f(x)P(X=x)=\sum_{x\in X(\Omega)}f(x)P(X=x),$$ car chaque $x\in X(\Omega)$ apparaît une et une seule fois, dans le paquet $y=f(x)$. Le cas d'un couple est le cas particulier où la variable est $(X,Y)$.
Espérances des lois usuelles
- $X\sim\mathcal{B}(p)$ : $E(X)=p$.
- $X\sim\mathcal{B}(n,p)$ : $E(X)=np$.
- $X\sim\mathcal{U}([\![1,n]\!])$ : $E(X)=\dfrac{n+1}{2}$.
Bernoulli : $E(X)=1\cdot p+0\cdot(1-p)=p$.
Uniforme : $E(X)=\frac1n\sum_{k=1}^nk=\frac1n\cdot\frac{n(n+1)}2=\frac{n+1}2$.
Binomiale : on note $q=1-p$ et on utilise $k\binom nk=n\binom{n-1}{k-1}$ pour $k\geqslant1$ : $$E(X)=\sum_{k=1}^nk\binom nkp^kq^{n-k}=np\sum_{k=1}^n\binom{n-1}{k-1}p^{k-1}q^{n-k}=np\,(p+q)^{n-1}=np.$$ Autre voie : l'espérance ne dépend que de la loi, et une somme de $n$ variables indépendantes de loi $\mathcal B(p)$ suit $\mathcal B(n,p)$ ; par linéarité, $E(X)=np$.
Espérance d'un produit de variables indépendantes
Si $X$ et $Y$ sont indépendantes, alors $E(XY)=E(X)\,E(Y)$. Plus généralement, si $X_1,\dots,X_n$ sont mutuellement indépendantes, $E(X_1\cdots X_n)=E(X_1)\cdots E(X_n)$.
Par la formule de transfert appliquée au couple, puis l'indépendance : $$E(XY)=\sum_{x,y}xy\,P(X=x,Y=y)=\sum_{x,y}x\,P(X=x)\;y\,P(Y=y)=\Big(\sum_xxP(X=x)\Big)\Big(\sum_yyP(Y=y)\Big)=E(X)E(Y).$$ Le cas de $n$ variables s'obtient par récurrence avec le lemme des coalitions : $X_1\cdots X_{n-1}$ et $X_n$ sont indépendantes.
La réciproque est fausse
Soit $X\sim\mathcal{U}(\{-1,0,1\})$ et $Y=X^2$. On a $E(X)=0$ et $E(XY)=E(X^3)=\frac{-1+0+1}3=0$, donc $E(XY)=E(X)E(Y)$. Pourtant $P(X=0,Y=1)=0$ alors que $P(X=0)P(Y=1)=\frac13\cdot\frac23\neq0$ : $X$ et $Y$ ne sont pas indépendantes.
Calculer une espérance
- Si la loi est connue ou facile : appliquer la définition, ou la formule de transfert pour $E(f(X))$.
- Si la loi est difficile : écrire $X$ comme une somme d'indicatrices $X=\sum_i\mathbf{1}_{A_i}$, puis utiliser la linéarité : $E(X)=\sum_iP(A_i)$. Cette méthode ne demande aucune indépendance.
- Pour un produit : n'utiliser $E(XY)=E(X)E(Y)$ qu'après avoir justifié l'indépendance.
Nombre de points fixes d'une permutation
Soit $n\geqslant2$ et $\sigma$ choisie uniformément dans $S_n$. Soit $X$ le nombre de points fixes de $\sigma$. La loi de $X$ est compliquée, mais $$X=\sum_{i=1}^n\mathbf{1}_{A_i},\qquad A_i=(\sigma(i)=i).$$ Les permutations fixant $i$ sont au nombre de $(n-1)!$, donc $P(A_i)=\frac{(n-1)!}{n!}=\frac1n$. Par linéarité, $$E(X)=\sum_{i=1}^n\frac1n=1.$$ En moyenne, une permutation aléatoire a un point fixe, quel que soit $n$.
Retour sur les exemples précédents
- Somme de deux dés : $S=D_1+D_2$ avec $D_i\sim\mathcal U([\![1,6]\!])$, donc $E(S)=\frac72+\frac72=7$, sans utiliser la loi de $S$.
- Couple de la section 3 : $E(Y)=1\cdot\frac{11}{18}+2\cdot\frac5{18}+3\cdot\frac2{18}=\frac{27}{18}=\frac32$.
6.Variance, écart type, covariance
Moments, variance, écart type
Soit $X$ réelle et $k\in\mathbb{N}$. Le moment d'ordre $k$ de $X$ est $E(X^k)$.
La variance de $X$ est $$V(X)=E\Big(\big(X-E(X)\big)^2\Big)\geqslant0,$$ et l'écart type est $\sigma(X)=\sqrt{V(X)}$. La variance mesure la dispersion de $X$ autour de sa moyenne. Si $\sigma(X)>0$, la variable $\dfrac{X-E(X)}{\sigma(X)}$ est centrée réduite (espérance $0$, variance $1$).
Formule de König-Huygens
$$V(X)=E(X^2)-E(X)^2.$$
Notons $m=E(X)$, qui est une constante. Par linéarité, $$V(X)=E(X^2-2mX+m^2)=E(X^2)-2m\,E(X)+m^2=E(X^2)-m^2.$$
Effet d'une transformation affine, variance nulle
- Pour $a,b\in\mathbb{R}$ : $V(aX+b)=a^2V(X)$ et $\sigma(aX+b)=|a|\,\sigma(X)$.
- $V(X)=0$ si et seulement si $P(X=E(X))=1$ ($X$ est presque sûrement constante).
On a $E(aX+b)=aE(X)+b$, donc $aX+b-E(aX+b)=a\big(X-E(X)\big)$ et $V(aX+b)=E\big(a^2(X-E(X))^2\big)=a^2V(X)$.
Par la formule de transfert, $V(X)=\sum_{x\in X(\Omega)}(x-m)^2P(X=x)$ avec $m=E(X)$. C'est une somme de termes positifs : elle est nulle si et seulement si chaque terme l'est, c'est-à-dire $P(X=x)=0$ pour tout $x\neq m$, ce qui équivaut à $P(X=m)=1$.
Variances des lois usuelles
- $X\sim\mathcal{B}(p)$ : $V(X)=p(1-p)$.
- $X\sim\mathcal{B}(n,p)$ : $V(X)=np(1-p)$.
- $X\sim\mathcal{U}([\![1,n]\!])$ : $V(X)=\dfrac{n^2-1}{12}$.
Bernoulli : $X^2=X$, donc $E(X^2)=p$ et $V(X)=p-p^2=p(1-p)$.
Uniforme : $E(X^2)=\frac1n\sum_{k=1}^nk^2=\frac{(n+1)(2n+1)}6$, d'où $$V(X)=\frac{(n+1)(2n+1)}6-\frac{(n+1)^2}4=\frac{(n+1)\big(2(2n+1)-3(n+1)\big)}{12}=\frac{(n+1)(n-1)}{12}.$$ Binomiale : voir plus bas, après la variance d'une somme.
Covariance
La covariance de $X$ et $Y$ est $$\mathrm{Cov}(X,Y)=E\Big(\big(X-E(X)\big)\big(Y-E(Y)\big)\Big)=E(XY)-E(X)E(Y).$$ La seconde expression s'obtient en développant et en utilisant la linéarité, comme pour König-Huygens. On a $\mathrm{Cov}(X,X)=V(X)$.
Propriétés de la covariance
- $\mathrm{Cov}$ est symétrique, bilinéaire, et $\mathrm{Cov}(X,X)=V(X)\geqslant0$.
- $\mathrm{Cov}(X,a)=0$ pour toute constante $a$.
- Si $X$ et $Y$ sont indépendantes, $\mathrm{Cov}(X,Y)=0$ (conséquence de $E(XY)=E(X)E(Y)$). La réciproque est fausse : dans l'exemple $X\sim\mathcal U(\{-1,0,1\})$, $Y=X^2$, la covariance est nulle sans indépendance.
Variance d'une somme
$$V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2\,\mathrm{Cov}(X,Y),$$ et plus généralement $$V\Big(\sum_{i=1}^nX_i\Big)=\sum_{i=1}^nV(X_i)+2\sum_{1\leqslant i<j\leqslant n}\mathrm{Cov}(X_i,X_j).$$ Si les $X_i$ sont deux à deux indépendantes, $V\big(\sum X_i\big)=\sum V(X_i)$.
Par bilinéarité et symétrie de la covariance, $$V\Big(\sum_iX_i\Big)=\mathrm{Cov}\Big(\sum_iX_i,\sum_jX_j\Big)=\sum_{i,j}\mathrm{Cov}(X_i,X_j)=\sum_iV(X_i)+2\sum_{i<j}\mathrm{Cov}(X_i,X_j).$$ Si les variables sont deux à deux indépendantes, toutes les covariances $\mathrm{Cov}(X_i,X_j)$, $i\neq j$, sont nulles.
Variance d'une loi binomiale
Soient $X_1,\dots,X_n$ mutuellement indépendantes de loi $\mathcal B(p)$. Alors $S=\sum X_i\sim\mathcal B(n,p)$ et, les $X_i$ étant en particulier deux à deux indépendantes, $$V(S)=\sum_{i=1}^nV(X_i)=np(1-p).$$ Comme la variance ne dépend que de la loi, toute variable de loi $\mathcal{B}(n,p)$ a pour variance $np(1-p)$.
Variance du nombre de points fixes
Reprenons $X=\sum_i\mathbf 1_{A_i}$, $A_i=(\sigma(i)=i)$, $n\geqslant2$. Chaque $\mathbf 1_{A_i}$ suit $\mathcal B(\frac1n)$, de variance $\frac1n\big(1-\frac1n\big)$.
Pour $i\neq j$, $\mathbf 1_{A_i}\mathbf 1_{A_j}=\mathbf 1_{A_i\cap A_j}$ et $P(A_i\cap A_j)=\frac{(n-2)!}{n!}=\frac1{n(n-1)}$, d'où $$\mathrm{Cov}(\mathbf 1_{A_i},\mathbf 1_{A_j})=\frac1{n(n-1)}-\frac1{n^2}=\frac{1}{n^2(n-1)}.$$ Il y a $\binom n2=\frac{n(n-1)}2$ paires $i<j$, donc $$V(X)=n\cdot\frac1n\Big(1-\frac1n\Big)+2\cdot\frac{n(n-1)}2\cdot\frac1{n^2(n-1)}=1-\frac1n+\frac1n=1.$$ Les $\mathbf 1_{A_i}$ ne sont pas indépendantes : il fallait les covariances.
Covariance du couple de la section 3
Par la formule de transfert, $E(XY)=\sum_{1\leqslant j\leqslant i\leqslant3}ij\cdot\frac1{3i}=\frac13\sum_{i=1}^3\sum_{j=1}^ij=\frac13(1+3+6)=\frac{10}3$.
Or $E(X)=2$ et $E(Y)=\frac32$, donc $\mathrm{Cov}(X,Y)=\frac{10}3-3=\frac13$. La covariance est non nulle, ce qui confirme que $X$ et $Y$ ne sont pas indépendantes.
Calculer la variance d'une somme
- Écrire la variable comme une somme $\sum X_i$ (souvent d'indicatrices).
- Calculer chaque $V(X_i)$ ; pour une indicatrice, $V(\mathbf 1_A)=P(A)(1-P(A))$.
- Si les $X_i$ sont deux à deux indépendantes, conclure par $V=\sum V(X_i)$.
- Sinon, calculer $\mathrm{Cov}(X_i,X_j)=E(X_iX_j)-E(X_i)E(X_j)$ pour $i\neq j$ (pour des indicatrices : $P(A_i\cap A_j)-P(A_i)P(A_j)$) et utiliser la formule générale.
Inégalité de Cauchy-Schwarz
On a $|\mathrm{Cov}(X,Y)|\leqslant\sigma(X)\,\sigma(Y)$. Preuve : pour tout $t\in\mathbb{R}$, $V(X+tY)=V(X)+2t\,\mathrm{Cov}(X,Y)+t^2V(Y)\geqslant0$. Si $V(Y)>0$, ce trinôme en $t$ est de signe constant, donc son discriminant $4\mathrm{Cov}(X,Y)^2-4V(X)V(Y)$ est négatif ou nul. Si $V(Y)=0$, $Y$ est presque sûrement constante et $\mathrm{Cov}(X,Y)=0$. Ce résultat est classique et se redémontre ainsi le jour du concours.
7.Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev
Inégalité de Markov
Soit $X$ une variable aléatoire réelle positive et $a>0$. Alors $$P(X\geqslant a)\leqslant\frac{E(X)}{a}.$$
Montrons l'inégalité $a\,\mathbf 1_{(X\geqslant a)}\leqslant X$ point par point. Si $X(\omega)\geqslant a$, le membre de gauche vaut $a\leqslant X(\omega)$. Sinon, il vaut $0\leqslant X(\omega)$ car $X$ est positive.
Par croissance et linéarité de l'espérance, $a\,P(X\geqslant a)=E\big(a\mathbf 1_{(X\geqslant a)}\big)\leqslant E(X)$, puis on divise par $a>0$.
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Soit $X$ une variable aléatoire réelle et $a>0$. Alors $$P\big(|X-E(X)|\geqslant a\big)\leqslant\frac{V(X)}{a^2}.$$
La variable $Y=\big(X-E(X)\big)^2$ est positive, d'espérance $V(X)$. Comme $a>0$, on a l'égalité d'événements $\big(|X-E(X)|\geqslant a\big)=\big(Y\geqslant a^2\big)$. L'inégalité de Markov appliquée à $Y$ et $a^2>0$ donne $$P\big(|X-E(X)|\geqslant a\big)=P(Y\geqslant a^2)\leqslant\frac{E(Y)}{a^2}=\frac{V(X)}{a^2}.$$
Points fixes
Pour le nombre $X$ de points fixes d'une permutation uniforme ($n\geqslant2$), $E(X)=1$ et $V(X)=1$.
- Markov ($X\geqslant0$) : $P(X\geqslant3)\leqslant\frac13$.
- Bienaymé-Tchebychev : comme $X\geqslant0$, $|X-1|\geqslant3$ équivaut à $X\geqslant4$, donc $P(X\geqslant4)\leqslant\frac19$.
Écart entre fréquence et probabilité
Soit $S_n\sim\mathcal B(n,p)$ le nombre de succès en $n$ épreuves indépendantes, et $F_n=\frac{S_n}n$ la fréquence de succès. Pour tout $\varepsilon>0$, $$P\big(|F_n-p|\geqslant\varepsilon\big)\leqslant\frac{p(1-p)}{n\varepsilon^2}\leqslant\frac1{4n\varepsilon^2}.$$
On a $E(F_n)=\frac{np}n=p$ et $V(F_n)=\frac1{n^2}V(S_n)=\frac{p(1-p)}n$. Bienaymé-Tchebychev appliquée à $F_n$ donne la première inégalité. La seconde vient de $p(1-p)\leqslant\frac14$ pour $p\in[0,1]$, car $\frac14-p(1-p)=\big(p-\frac12\big)^2\geqslant0$.
Déterminer un nombre d'épreuves suffisant
Pour garantir $P(|F_n-p|\geqslant\varepsilon)\leqslant\alpha$ sans connaître $p$ :
- majorer par Bienaymé-Tchebychev : $P(|F_n-p|\geqslant\varepsilon)\leqslant\frac{1}{4n\varepsilon^2}$ ;
- imposer $\frac1{4n\varepsilon^2}\leqslant\alpha$, soit $n\geqslant\frac1{4\varepsilon^2\alpha}$ ;
- conclure que ce $n$ suffit (il n'est pas forcément minimal, la majoration étant grossière).
Application numérique
- Une pièce équilibrée est lancée $1000$ fois, $\varepsilon=0{,}05$ : $P(|F_{1000}-\frac12|\geqslant0{,}05)\leqslant\frac{0{,}25}{1000\times0{,}0025}=0{,}1$. La fréquence de pile est dans $]0{,}45\,;0{,}55[$ avec une probabilité au moins $0{,}9$.
- Pour $\varepsilon=0{,}01$ et $\alpha=0{,}05$ : $n\geqslant\frac1{4\times10^{-4}\times0{,}05}=50\,000$ épreuves suffisent.
Conditions d'application
- L'inégalité de Markov exige $X\geqslant0$. Pour une variable de signe quelconque, on l'applique à $|X|$, $X^2$ ou $X-\min X$.
- Ces inégalités donnent des majorations, souvent grossières, jamais des valeurs exactes. Elles sont utiles quand la loi est inconnue ou compliquée.
Vers la loi faible des grands nombres
Le majorant $\frac1{4n\varepsilon^2}$ tend vers $0$ quand $n\to+\infty$ : la fréquence de succès se concentre autour de $p$. Ce résultat, la loi faible des grands nombres, est énoncé dans un cadre général en deuxième année ; en première année on se limite à l'inégalité à $n$ fixé.