Combinatoire et dénombrement
Ce chapitre fait partie du programme de Terminale.
Dénombrer, c'est compter les éléments d'un ensemble fini sans les énumérer un par un, à l'aide de quelques modèles bien choisis : k-uplets, permutations, combinaisons. Ces outils servent directement en probabilités, où le calcul d'une probabilité en situation d'équiprobabilité se ramène à compter des issues.
Prérequis
- Vocabulaire des ensembles : élément, inclusion, réunion, intersection, complémentaire, ensemble vide
- Calcul de probabilités en situation d'équiprobabilité (classe de première)
- Arbres de dénombrement et arbres pondérés
- Raisonnement par récurrence
- Manipulation de fractions et de produits
À la fin du chapitre, on sait
- Utiliser le principe additif et le principe multiplicatif pour dénombrer
- Dénombrer les k-uplets d'un ensemble à n éléments ($n^k$)
- Dénombrer les k-uplets d'éléments distincts et les permutations à l'aide de la factorielle
- Définir et calculer un coefficient binomial $\binom{n}{k}$ comme nombre de parties à k éléments
- Démontrer et utiliser la symétrie et la formule de Pascal, construire le triangle de Pascal
- Démontrer que le nombre de parties d'un ensemble à n éléments est $2^n$
- Choisir le modèle de dénombrement adapté à une situation (ordre, répétition)
1.Ensembles finis, cardinal et principe additif
Ensemble fini, cardinal
Un ensemble $E$ est fini s'il possède un nombre fini d'éléments. Ce nombre s'appelle le cardinal de $E$ et se note $\mathrm{card}(E)$.
Par convention, $\mathrm{card}(\emptyset)=0$.
Exemple : si $E=\{1;3;5;7\}$, alors $\mathrm{card}(E)=4$.
Ensembles disjoints
Deux ensembles $A$ et $B$ sont disjoints si $A\cap B=\emptyset$ : ils n'ont aucun élément commun.
Des ensembles $A_1,\ldots,A_p$ sont deux à deux disjoints si, pour tous $i\neq j$, $A_i\cap A_j=\emptyset$.
Principe additif
Si $A$ et $B$ sont deux ensembles finis disjoints, alors $$\mathrm{card}(A\cup B)=\mathrm{card}(A)+\mathrm{card}(B).$$ Plus généralement, si $A_1,\ldots,A_p$ sont finis et deux à deux disjoints : $$\mathrm{card}(A_1\cup A_2\cup\cdots\cup A_p)=\mathrm{card}(A_1)+\mathrm{card}(A_2)+\cdots+\mathrm{card}(A_p).$$ En pratique : quand on découpe une situation en cas qui ne se recouvrent pas, le nombre total est la somme des nombres de chaque cas.
Cardinal du complémentaire
Soit $E$ un ensemble fini et $A$ une partie de $E$. On note $\overline{A}$ le complémentaire de $A$ dans $E$. Alors $$\mathrm{card}(\overline{A})=\mathrm{card}(E)-\mathrm{card}(A).$$
Cardinal du complémentaire
Les ensembles $A$ et $\overline{A}$ sont disjoints (un élément de $E$ ne peut pas être à la fois dans $A$ et hors de $A$) et leur réunion est $E$.
D'après le principe additif : $\mathrm{card}(E)=\mathrm{card}(A)+\mathrm{card}(\overline{A})$, d'où $\mathrm{card}(\overline{A})=\mathrm{card}(E)-\mathrm{card}(A)$.
Réunion quelconque de deux ensembles
Si $A$ et $B$ ne sont pas disjoints, on a $$\mathrm{card}(A\cup B)=\mathrm{card}(A)+\mathrm{card}(B)-\mathrm{card}(A\cap B).$$ En additionnant $\mathrm{card}(A)$ et $\mathrm{card}(B)$, on compte deux fois les éléments de $A\cap B$ : on les retire une fois.
Justification : $A\cup B$ est la réunion disjointe de $A$ et de $B\setminus A$, et $B$ est la réunion disjointe de $A\cap B$ et de $B\setminus A$. Donc $\mathrm{card}(A\cup B)=\mathrm{card}(A)+\mathrm{card}(B\setminus A)=\mathrm{card}(A)+\mathrm{card}(B)-\mathrm{card}(A\cap B)$.
Élèves et langues vivantes
Dans une classe de 35 élèves, chaque élève étudie l'allemand ou l'espagnol (éventuellement les deux). 20 élèves étudient l'allemand et 18 l'espagnol.
On note $A$ l'ensemble des germanistes et $B$ celui des hispanistes. Alors $A\cup B$ est la classe entière, donc $\mathrm{card}(A\cup B)=35$.
$$\mathrm{card}(A\cap B)=\mathrm{card}(A)+\mathrm{card}(B)-\mathrm{card}(A\cup B)=20+18-35=3.$$ Trois élèves étudient les deux langues.
Dénombrer par disjonction de cas
- Repérer un critère qui sépare les objets à compter en cas sans recouvrement (par exemple : le nombre d'éléments, la valeur du premier chiffre, la présence ou non d'un élément donné).
- Vérifier que chaque objet appartient à un et un seul cas.
- Compter chaque cas séparément.
- Additionner (principe additif).
Si le cas à compter est « compliqué » mais son contraire simple, compter le contraire et utiliser $\mathrm{card}(\overline{A})=\mathrm{card}(E)-\mathrm{card}(A)$.
2.Principe multiplicatif et k-uplets
Produit cartésien, k-uplet
Soient $E$ et $F$ deux ensembles. Le produit cartésien $E\times F$ est l'ensemble des couples $(x;y)$ avec $x\in E$ et $y\in F$.
Plus généralement, pour un entier $k\geqslant 1$, un k-uplet (ou k-liste) d'éléments de $E$ est une suite ordonnée $(x_1;x_2;\ldots;x_k)$ d'éléments de $E$. L'ensemble des k-uplets d'éléments de $E$ se note $E^k$.
Deux points essentiels :
- l'ordre compte : $(1;2)\neq(2;1)$ ;
- les répétitions sont autorisées : $(3;3;1)$ est un 3-uplet de $\{1;2;3\}$.
Principe multiplicatif
Si $E$ et $F$ sont finis, alors $$\mathrm{card}(E\times F)=\mathrm{card}(E)\times\mathrm{card}(F).$$ Plus généralement, pour des ensembles finis $E_1,\ldots,E_p$ : $$\mathrm{card}(E_1\times\cdots\times E_p)=\mathrm{card}(E_1)\times\cdots\times\mathrm{card}(E_p).$$ En pratique : si une construction se fait en plusieurs étapes successives, et que le nombre de choix à chaque étape ne dépend pas des choix précédents, le nombre total de résultats est le produit des nombres de choix.
Principe multiplicatif pour deux ensembles
On note $n=\mathrm{card}(E)$, $p=\mathrm{card}(F)$ et $E=\{a_1;\ldots;a_n\}$.
Pour chaque $i$, l'ensemble $\{a_i\}\times F$ des couples de première composante $a_i$ contient exactement $p$ éléments : $(a_i;y)$ pour $y\in F$.
Ces $n$ ensembles sont deux à deux disjoints (deux couples de premières composantes différentes sont différents) et leur réunion est $E\times F$.
D'après le principe additif : $$\mathrm{card}(E\times F)=\underbrace{p+p+\cdots+p}_{n\text{ termes}}=n\times p.$$
Nombre de k-uplets
Soit $E$ un ensemble fini à $n$ éléments et $k\geqslant 1$ un entier. Le nombre de k-uplets d'éléments de $E$ est $$\mathrm{card}(E^k)=n^k.$$
Nombre de k-uplets (récurrence sur k)
Pour $k\geqslant 1$, on note $\mathcal{P}(k)$ : « $\mathrm{card}(E^k)=n^k$ ».
Initialisation. $E^1$ est l'ensemble des 1-uplets $(x_1)$ avec $x_1\in E$ : il y en a $n=n^1$. $\mathcal{P}(1)$ est vraie.
Hérédité. Soit $k\geqslant 1$ tel que $\mathcal{P}(k)$ est vraie. Un $(k+1)$-uplet $(x_1;\ldots;x_k;x_{k+1})$ s'identifie au couple formé du k-uplet $(x_1;\ldots;x_k)\in E^k$ et de l'élément $x_{k+1}\in E$. Donc $E^{k+1}$ s'identifie à $E^k\times E$ et, par le principe multiplicatif et l'hypothèse de récurrence : $$\mathrm{card}(E^{k+1})=\mathrm{card}(E^k)\times\mathrm{card}(E)=n^k\times n=n^{k+1}.$$ $\mathcal{P}(k+1)$ est vraie.
Conclusion. Pour tout $k\geqslant 1$, $\mathrm{card}(E^k)=n^k$.
Codes, dés et mots
- Un code de carte bancaire est une suite de 4 chiffres pris dans $\{0;1;\ldots;9\}$, répétitions permises : c'est un 4-uplet d'un ensemble à 10 éléments. Il y a $10^4=10\,000$ codes.
- On lance successivement trois dés à six faces et on note les résultats dans l'ordre : il y a $6^3=216$ issues.
- Le nombre de « mots » de 3 lettres (avec ou sans signification) écrits avec les 26 lettres de l'alphabet est $26^3=17\,576$.
- Une plaque est formée de 2 lettres puis 3 chiffres : par le principe multiplicatif, $26^2\times10^3=676\times1000=676\,000$ plaques.
Reconnaître un k-uplet
On est en présence de k-uplets d'un ensemble à $n$ éléments lorsque :
- on effectue $k$ choix successifs (l'ordre des choix a une importance) ;
- chaque choix se fait parmi les mêmes $n$ possibilités ;
- un même élément peut être choisi plusieurs fois (tirages avec remise).
On conclut alors : il y a $n^k$ possibilités. Une représentation par $k$ « cases à remplir », chacune avec $n$ possibilités, aide à le voir.
Arbre de dénombrement
Un arbre visualise le principe multiplicatif : chaque niveau correspond à une étape, chaque branche à un choix. Le nombre de chemins complets est le nombre de résultats. Pour de grandes valeurs, on ne dessine pas l'arbre : on en retient la structure (nombre de branches à chaque niveau).
3.Factorielle, k-uplets d'éléments distincts et permutations
Factorielle
Pour tout entier naturel $n\geqslant 1$, on appelle factorielle $n$ le nombre $$n!=1\times2\times3\times\cdots\times n.$$ Par convention, $0!=1$.
Premières valeurs :
| $n$ | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| $n!$ | 1 | 1 | 2 | 6 | 24 | 120 | 720 | 5040 |
Relation utile : pour $n\geqslant 1$, $n!=n\times(n-1)!$. La factorielle croît très vite : $10!=3\,628\,800$.
k-uplet d'éléments distincts
Soit $E$ un ensemble fini à $n$ éléments et $k$ un entier tel que $1\leqslant k\leqslant n$. Un k-uplet d'éléments distincts de $E$ est un k-uplet $(x_1;\ldots;x_k)$ dont les composantes sont deux à deux différentes.
On parle aussi d'arrangement de $k$ éléments de $E$. L'ordre compte, mais les répétitions sont interdites (tirages successifs sans remise).
Nombre de k-uplets d'éléments distincts
Soit $E$ un ensemble à $n$ éléments et $k$ un entier avec $1\leqslant k\leqslant n$. Le nombre de k-uplets d'éléments distincts de $E$ est $$n\times(n-1)\times\cdots\times(n-k+1)=\frac{n!}{(n-k)!}.$$ Le produit de gauche comporte exactement $k$ facteurs.
Nombre de k-uplets d'éléments distincts
On note $A_k$ le nombre de k-uplets d'éléments distincts de $E$, pour $1\leqslant k\leqslant n$. Montrons par récurrence finie que $A_k=n(n-1)\cdots(n-k+1)$.
Initialisation. Pour $k=1$, un 1-uplet $(x_1)$ est toujours à éléments distincts : $A_1=n$.
Hérédité. Soit $k$ avec $1\leqslant k\leqslant n-1$ et $A_k=n(n-1)\cdots(n-k+1)$. Un $(k+1)$-uplet d'éléments distincts s'obtient de façon unique en choisissant d'abord un k-uplet d'éléments distincts $(x_1;\ldots;x_k)$, puis un élément $x_{k+1}$ différent de $x_1,\ldots,x_k$. Quel que soit le k-uplet choisi, il reste exactement $n-k$ choix pour $x_{k+1}$. Par le principe multiplicatif : $$A_{k+1}=A_k\times(n-k)=n(n-1)\cdots(n-k+1)(n-k).$$ C'est la formule au rang $k+1$.
Écriture avec les factorielles. $$n(n-1)\cdots(n-k+1)=\frac{n(n-1)\cdots(n-k+1)\times(n-k)\times\cdots\times1}{(n-k)\times\cdots\times1}=\frac{n!}{(n-k)!}.$$ Pour $k=n$, le dénominateur vaut $0!=1$, ce qui justifie la convention.
Permutation
Soit $E$ un ensemble à $n$ éléments ($n\geqslant1$). Une permutation de $E$ est un $n$-uplet d'éléments distincts de $E$ : c'est une façon de ranger tous les éléments de $E$ dans un certain ordre.
Nombre de permutations
Le nombre de permutations d'un ensemble à $n$ éléments est $n!$.
C'est le cas $k=n$ du théorème précédent : $\dfrac{n!}{(n-n)!}=\dfrac{n!}{0!}=n!$.
Podium, rangements, anagrammes
- Une course oppose 8 coureurs ; un podium est la donnée ordonnée du premier, du deuxième et du troisième. C'est un 3-uplet d'éléments distincts d'un ensemble à 8 éléments : $8\times7\times6=336$ podiums possibles. Avec la formule : $\dfrac{8!}{5!}=\dfrac{40\,320}{120}=336$.
- On range 5 livres différents sur une étagère : $5!=120$ rangements.
- Le mot MATHS a 5 lettres distinctes : il possède $5!=120$ anagrammes (y compris lui-même).
- Un bureau de 4 personnes (président, vice-président, trésorier, secrétaire) est élu parmi 12 personnes, cumul interdit : $12\times11\times10\times9=11\,880$ bureaux.
Reconnaître des k-uplets d'éléments distincts
- On effectue $k$ choix successifs parmi $n$ objets : l'ordre compte (places, rangs, rôles différents).
- Un objet ne peut pas être choisi deux fois (sans remise).
- On écrit le produit des $k$ facteurs décroissants à partir de $n$ : $n(n-1)\cdots(n-k+1)$.
- Si $k=n$ (on ordonne tout), le résultat est $n!$.
Pour le calcul, le produit des $k$ facteurs est souvent plus rapide que la fraction de factorielles.
Cas k > n
Si $k>n$, il est impossible de choisir $k$ éléments distincts parmi $n$ : le nombre de k-uplets d'éléments distincts est $0$. La formule $\frac{n!}{(n-k)!}$ n'a alors pas de sens, car $(n-k)!$ n'est pas défini pour $n-k<0$.
4.Combinaisons et coefficients binomiaux
Combinaison, coefficient binomial
Soit $E$ un ensemble à $n$ éléments et $k$ un entier naturel. Une combinaison de $k$ éléments de $E$ est une partie de $E$ à $k$ éléments.
Le nombre de combinaisons de $k$ éléments de $E$ se note $\binom{n}{k}$ et se lit « $k$ parmi $n$ ». Ces nombres sont appelés coefficients binomiaux.
Dans une partie, l'ordre ne compte pas et il n'y a pas de répétition : $\{a;b\}=\{b;a\}$.
Si $k>n$, aucune partie de $E$ n'a $k$ éléments : $\binom{n}{k}=0$.
Parties à 2 éléments de {a ; b ; c ; d}
Les parties à 2 éléments de $E=\{a;b;c;d\}$ sont $$\{a;b\},\ \{a;c\},\ \{a;d\},\ \{b;c\},\ \{b;d\},\ \{c;d\}.$$ Donc $\binom{4}{2}=6$.
En comparaison, il y a $4\times3=12$ couples d'éléments distincts : chaque partie $\{x;y\}$ correspond aux deux couples $(x;y)$ et $(y;x)$, et $12=6\times2$. C'est l'idée de la démonstration qui suit.
Expression d'un coefficient binomial
Pour tous entiers $n$ et $k$ avec $0\leqslant k\leqslant n$ : $$\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!\,(n-k)!}=\frac{n\times(n-1)\times\cdots\times(n-k+1)}{k!}.$$
Expression d'un coefficient binomial
Pour $k=0$ : la seule partie à 0 élément est $\emptyset$, donc $\binom{n}{0}=1$, et $\frac{n!}{0!\,n!}=1$. La formule est vraie.
Soit $1\leqslant k\leqslant n$. On dénombre de deux façons l'ensemble $\mathcal{A}$ des k-uplets d'éléments distincts de $E$.
- D'après la section précédente, $\mathrm{card}(\mathcal{A})=\dfrac{n!}{(n-k)!}$.
- Autre façon : construire un tel k-uplet revient à choisir d'abord l'ensemble $\{x_1;\ldots;x_k\}$ de ses composantes, partie de $E$ à $k$ éléments ($\binom{n}{k}$ choix), puis l'ordre de ces $k$ éléments, c'est-à-dire une permutation de cette partie ($k!$ choix, quelle que soit la partie). Chaque k-uplet d'éléments distincts est obtenu une et une seule fois. Par le principe multiplicatif, $\mathrm{card}(\mathcal{A})=\binom{n}{k}\times k!$.
On en déduit $\binom{n}{k}\times k!=\dfrac{n!}{(n-k)!}$, d'où $$\binom{n}{k}=\frac{n!}{k!\,(n-k)!}.$$ La seconde écriture vient de $\dfrac{n!}{(n-k)!}=n(n-1)\cdots(n-k+1)$.
Valeurs particulières et symétrie
Pour tout entier $n\geqslant 0$ : $$\binom{n}{0}=\binom{n}{n}=1.$$ Pour tout entier $n\geqslant 1$ : $$\binom{n}{1}=\binom{n}{n-1}=n.$$ Pour tout entier $n\geqslant 2$ : $$\binom{n}{2}=\frac{n(n-1)}{2}.$$ Symétrie : pour tout $0\leqslant k\leqslant n$, $$\binom{n}{n-k}=\binom{n}{k}.$$
Symétrie des coefficients binomiaux
Par dénombrement. Soit $E$ un ensemble à $n$ éléments. À toute partie $A$ de $E$ à $k$ éléments, on associe son complémentaire $\overline{A}$, qui possède $n-k$ éléments. Cette correspondance est une bijection entre les parties à $k$ éléments et les parties à $n-k$ éléments : toute partie $B$ à $n-k$ éléments est le complémentaire d'une unique partie à $k$ éléments, à savoir $\overline{B}$. Les deux ensembles de parties ont donc le même nombre d'éléments : $\binom{n}{k}=\binom{n}{n-k}$.
Par le calcul. $$\binom{n}{n-k}=\frac{n!}{(n-k)!\,(n-(n-k))!}=\frac{n!}{(n-k)!\,k!}=\binom{n}{k}.$$
Interprétation : choisir les $k$ éléments que l'on garde revient à choisir les $n-k$ éléments que l'on écarte.
Comités, poignées de main, mains de cartes
- Comité de 3 personnes choisies parmi 10 (sans rôle particulier) : $\binom{10}{3}=\dfrac{10\times9\times8}{3\times2\times1}=\dfrac{720}{6}=120$.
- 10 personnes se serrent la main deux à deux une seule fois : une poignée de main correspond à une paire de personnes, soit $\binom{10}{2}=\dfrac{10\times9}{2}=45$ poignées de main.
- Une main de 5 cartes tirées simultanément dans un jeu de 32 cartes : $\binom{32}{5}=\dfrac{32\times31\times30\times29\times28}{120}=201\,376$ mains.
- Une grille où l'on coche 5 numéros parmi 49 : $\binom{49}{5}=1\,906\,884$ grilles.
- Par symétrie, $\binom{20}{18}=\binom{20}{2}=\dfrac{20\times19}{2}=190$.
Calculer un coefficient binomial
- Si $k>\frac{n}{2}$, utiliser la symétrie pour remplacer $k$ par $n-k$ (moins de facteurs).
- Écrire $\binom{n}{k}=\dfrac{n(n-1)\cdots(n-k+1)}{k!}$ : $k$ facteurs décroissants au numérateur, $k!$ au dénominateur.
- Simplifier avant de multiplier.
- Le résultat est toujours un entier : un résultat non entier signale une erreur.
À la calculatrice, la commande est en général notée nCr ou Combinaison.
Reconnaître une combinaison
On compte des combinaisons lorsque :
- on choisit $k$ objets parmi $n$ ;
- l'ordre ne compte pas (tirage simultané, groupe sans rôles, ensemble de numéros) ;
- un objet ne peut pas être choisi deux fois.
Test pratique : si l'on échange deux objets choisis, obtient-on un résultat différent ? Si non, ce sont des combinaisons.
5.Formule de Pascal et triangle de Pascal
Formule de Pascal
Pour tous entiers $n$ et $k$ tels que $1\leqslant k\leqslant n-1$ : $$\binom{n}{k}=\binom{n-1}{k-1}+\binom{n-1}{k}.$$
Formule de Pascal par dénombrement
Soit $E$ un ensemble à $n$ éléments ($n\geqslant 2$) et $a$ un élément fixé de $E$. On note $E'=E\setminus\{a\}$, qui a $n-1$ éléments.
Les parties de $E$ à $k$ éléments se répartissent en deux catégories disjointes.
- Celles qui contiennent $a$. Une telle partie s'écrit $\{a\}\cup B$ où $B$ est une partie de $E'$ à $k-1$ éléments, et ce $B$ est unique. Il y en a donc $\binom{n-1}{k-1}$.
- Celles qui ne contiennent pas $a$. Ce sont exactement les parties de $E'$ à $k$ éléments. Il y en a $\binom{n-1}{k}$.
Par le principe additif : $$\binom{n}{k}=\binom{n-1}{k-1}+\binom{n-1}{k}.$$
Formule de Pascal par le calcul
Soit $1\leqslant k\leqslant n-1$. On a $$\binom{n-1}{k-1}+\binom{n-1}{k}=\frac{(n-1)!}{(k-1)!\,(n-k)!}+\frac{(n-1)!}{k!\,(n-1-k)!}.$$ On réduit au même dénominateur $k!\,(n-k)!$, en utilisant $k!=k\times(k-1)!$ et $(n-k)!=(n-k)\times(n-k-1)!$ : $$\begin{aligned}\binom{n-1}{k-1}+\binom{n-1}{k}&=\frac{k\,(n-1)!}{k!\,(n-k)!}+\frac{(n-k)\,(n-1)!}{k!\,(n-k)!}\\&=\frac{(n-1)!\,\big(k+(n-k)\big)}{k!\,(n-k)!}\\&=\frac{n\,(n-1)!}{k!\,(n-k)!}=\frac{n!}{k!\,(n-k)!}=\binom{n}{k}.\end{aligned}$$
Construire le triangle de Pascal
- On place les coefficients $\binom{n}{k}$ dans un tableau : la ligne $n$, la colonne $k$ (avec $0\leqslant k\leqslant n$).
- Sur chaque ligne, le premier et le dernier coefficient valent $1$ ($\binom{n}{0}=\binom{n}{n}=1$).
- Chaque autre coefficient est la somme du coefficient situé juste au-dessus et de celui situé au-dessus à gauche (formule de Pascal).
| $n$ \ $k$ | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0 | 1 | ||||||
| 1 | 1 | 1 | |||||
| 2 | 1 | 2 | 1 | ||||
| 3 | 1 | 3 | 3 | 1 | |||
| 4 | 1 | 4 | 6 | 4 | 1 | ||
| 5 | 1 | 5 | 10 | 10 | 5 | 1 | |
| 6 | 1 | 6 | 15 | 20 | 15 | 6 | 1 |
Chaque ligne est symétrique : c'est la propriété $\binom{n}{k}=\binom{n}{n-k}$.
Utiliser la formule de Pascal
- $\binom{6}{3}=\binom{5}{2}+\binom{5}{3}=10+10=20$.
- Ligne $n=7$ à partir de la ligne 6 : $1$ ; $1+6=7$ ; $6+15=21$ ; $15+20=35$ ; $20+15=35$ ; $15+6=21$ ; $6+1=7$ ; $1$.
- Vérification par la formule : $\binom{7}{3}=\dfrac{7\times6\times5}{6}=35$.
Formule du binôme (hors programme)
Le nom « coefficients binomiaux » vient de la formule du binôme de Newton : pour tous réels $a$, $b$ et tout entier $n$, $$(a+b)^n=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^k b^{n-k}.$$ Par exemple $(a+b)^3=a^3+3a^2b+3ab^2+b^3$ : on retrouve la ligne $1,3,3,1$. Cette formule n'est pas exigible dans ce chapitre ; elle est donnée pour la culture et sera démontrée dans l'enseignement supérieur.
6.Nombre de parties d'un ensemble
Ensemble des parties
Soit $E$ un ensemble. Une partie (ou sous-ensemble) de $E$ est un ensemble $A$ tel que $A\subset E$. L'ensemble vide $\emptyset$ et $E$ lui-même sont des parties de $E$.
L'ensemble de toutes les parties de $E$ se note $\mathcal{P}(E)$.
Parties de {a ; b ; c}
Les parties de $E=\{a;b;c\}$ sont :
- à 0 élément : $\emptyset$ ;
- à 1 élément : $\{a\}$, $\{b\}$, $\{c\}$ ;
- à 2 éléments : $\{a;b\}$, $\{a;c\}$, $\{b;c\}$ ;
- à 3 éléments : $\{a;b;c\}$.
Il y en a $1+3+3+1=8=2^3$.
Nombre de parties
Si $E$ est un ensemble fini à $n$ éléments, alors $E$ possède $2^n$ parties : $$\mathrm{card}\big(\mathcal{P}(E)\big)=2^n.$$
Nombre de parties (par dénombrement)
Si $n=0$, $E=\emptyset$ a une seule partie, $\emptyset$, et $2^0=1$.
Soit $n\geqslant1$ et $E=\{x_1;x_2;\ldots;x_n\}$. À toute partie $A$ de $E$, on associe le $n$-uplet $(\varepsilon_1;\ldots;\varepsilon_n)\in\{0;1\}^n$ défini par $$\varepsilon_i=\begin{cases}1 & \text{si } x_i\in A\\ 0 & \text{si } x_i\notin A.\end{cases}$$ Réciproquement, tout $n$-uplet de $\{0;1\}^n$ définit une unique partie de $E$ : celle formée des $x_i$ pour lesquels $\varepsilon_i=1$.
Cette correspondance est donc une bijection entre $\mathcal{P}(E)$ et $\{0;1\}^n$. Ces deux ensembles ont le même cardinal, et d'après le nombre de k-uplets : $$\mathrm{card}\big(\mathcal{P}(E)\big)=\mathrm{card}\big(\{0;1\}^n\big)=2^n.$$ Autrement dit : pour construire une partie, on décide, pour chacun des $n$ éléments, s'il est dedans ou non, soit 2 choix à chaque fois.
Somme d'une ligne du triangle de Pascal
Pour tout entier naturel $n$ : $$\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=\binom{n}{0}+\binom{n}{1}+\cdots+\binom{n}{n}=2^n.$$
Somme d'une ligne du triangle de Pascal
Soit $E$ un ensemble à $n$ éléments. Pour $0\leqslant k\leqslant n$, on note $\mathcal{P}_k$ l'ensemble des parties de $E$ à $k$ éléments ; $\mathrm{card}(\mathcal{P}_k)=\binom{n}{k}$.
Toute partie de $E$ a un nombre d'éléments compris entre $0$ et $n$, et un seul : les ensembles $\mathcal{P}_0,\ldots,\mathcal{P}_n$ sont deux à deux disjoints et leur réunion est $\mathcal{P}(E)$. Par le principe additif : $$\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=\mathrm{card}\big(\mathcal{P}(E)\big)=2^n.$$
Garnitures d'une pizza
Une pizzeria propose 10 garnitures. Un client compose sa pizza avec une ou plusieurs garnitures, toutes différentes. Une composition est une partie non vide de l'ensemble des 10 garnitures : il y en a $2^{10}-1=1024-1=1023$.
Vérification sur la ligne 4 du triangle : $1+4+6+4+1=16=2^4$.
7.Choisir le bon modèle de dénombrement
Deux questions à se poser
Devant un problème de dénombrement où l'on choisit $k$ objets parmi $n$, on se pose deux questions.
- L'ordre compte-t-il ? (tirages successifs, places, rôles, positions différentes)
- Les répétitions sont-elles possibles ? (avec remise ou sans remise)
| Situation | Modèle | Nombre |
|---|---|---|
| Ordre, répétitions possibles | k-uplets | $n^k$ |
| Ordre, sans répétition | k-uplets d'éléments distincts | $\dfrac{n!}{(n-k)!}$ |
| Ordonner les $n$ objets | permutations | $n!$ |
| Sans ordre, sans répétition | combinaisons | $\binom{n}{k}$ |
| Toutes les parties | parties de $E$ | $2^n$ |
Si le problème combine plusieurs étapes indépendantes, on multiplie ; s'il se découpe en cas disjoints, on additionne.
Dénombrer « au moins un »
Pour compter les objets possédant au moins une fois une propriété :
- compter le total $\mathrm{card}(E)$ ;
- compter les objets qui ne la possèdent aucune fois (le complémentaire), souvent plus simple ;
- faire la différence.
Ne jamais « choisir d'abord l'élément imposé, puis compléter librement » : cela compte plusieurs fois les objets qui possèdent la propriété plusieurs fois.
Mains de 5 cartes et as
On tire simultanément 5 cartes d'un jeu de 32 cartes, qui contient 4 as. Il y a $\binom{32}{5}=201\,376$ mains.
Mains contenant exactement 2 as. On choisit les 2 as parmi 4, puis les 3 autres cartes parmi les 28 cartes qui ne sont pas des as : $$\binom{4}{2}\times\binom{28}{3}=6\times\frac{28\times27\times26}{6}=6\times3276=19\,656.$$
Mains contenant au moins un as. Les mains sans as sont les parties à 5 éléments des 28 cartes qui ne sont pas des as : $$\binom{28}{5}=\frac{28\times27\times26\times25\times24}{120}=98\,280.$$ Donc il y a $201\,376-98\,280=103\,096$ mains contenant au moins un as.
Lien avec les probabilités. Les mains étant équiprobables, la probabilité d'obtenir exactement 2 as vaut $\dfrac{19\,656}{201\,376}\approx0{,}098$.
Le faux raisonnement pour « au moins un as »
Raisonnement faux : « on choisit un as (4 choix), puis 4 cartes quelconques parmi les 31 restantes », ce qui donne $4\times\binom{31}{4}=4\times31\,465=125\,860$.
Ce nombre dépasse le bon résultat $103\,096$. La main $\{\text{as de cœur};\ \text{as de pique};\ldots\}$ est comptée une fois en choisissant d'abord l'as de cœur, une autre fois en choisissant d'abord l'as de pique : les mains à plusieurs as sont comptées plusieurs fois.
Chemins sur un quadrillage
Sur un quadrillage, on va du point $(0;0)$ au point $(4;3)$ en ne faisant que des pas d'une unité vers la droite (D) ou vers le haut (H).
Un chemin comporte 7 pas : 4 pas D et 3 pas H. Il est entièrement déterminé par les positions des 3 pas H parmi les 7 pas, c'est-à-dire une partie à 3 éléments de $\{1;2;\ldots;7\}$. Le nombre de chemins est $$\binom{7}{3}=\frac{7\times6\times5}{6}=35.$$
Anagrammes avec lettres répétées
Le mot ANANAS comporte 6 lettres : 3 A, 2 N et 1 S. Une anagramme est déterminée par :
- les positions des 3 A parmi les 6 places : $\binom{6}{3}=20$ choix ;
- puis les positions des 2 N parmi les 3 places restantes : $\binom{3}{2}=3$ choix ;
- le S occupe la dernière place.
Par le principe multiplicatif : $20\times3=60$ anagrammes.
On ne compte pas $6!=720$ : permuter entre eux les A, ou les N, ne change pas le mot. On retrouve $\dfrac{6!}{3!\times2!\times1!}=\dfrac{720}{12}=60$.
Tirages et probabilités
En probabilités, le choix du modèle dépend de l'expérience :
- tirages successifs avec remise de $k$ boules parmi $n$ : $n^k$ issues ;
- tirages successifs sans remise : $\dfrac{n!}{(n-k)!}$ issues ;
- tirage simultané : $\binom{n}{k}$ issues.
Pour un même événement, on doit utiliser le même modèle au numérateur et au dénominateur de $P(A)=\dfrac{\mathrm{card}(A)}{\mathrm{card}(\Omega)}$.