Ce chapitre fournit les outils pour étudier localement une fonction (tangente, extremum), puis pour transformer une information sur la dérivée en information globale sur la fonction : monotonie, inégalités, encadrements. Les théorèmes de Rolle et des accroissements finis, la formule de Leibniz et la convexité servent ensuite dans toute l'analyse : développements limités, intégration, équations différentielles, suites récurrentes.
Exercice 1 · Raccord dérivable entre une droite et une racine carrée
application●●●
Étudier la dérivabilité en un point de recollementUtiliser « dérivable implique continue »Calculer des dérivées à gauche et à droite
Soient $a,b \in \mathbb{R}$. On définit $f$ sur $[0,+\infty[$ par
$$f(x)=\begin{cases} ax+b & \text{si } 0 \le x<1,\\ \sqrt{x} & \text{si } x \ge 1.\end{cases}$$
Montrer que si $f$ est dérivable en $1$, alors $a+b=1$.
On suppose $a+b=1$. Calculer la dérivée à gauche et la dérivée à droite de $f$ en $1$.
En déduire l'unique couple $(a,b)$ pour lequel $f$ est dérivable en $1$, et donner $f'(1)$.
Si $f$ est dérivable en $1$, elle est continue en $1$. Or $f(1)=\sqrt{1}=1$ et, pour $0 \le x<1$, $f(x)=ax+b \xrightarrow[x \to 1^-]{} a+b$. La continuité en $1$ impose $a+b=1$.
On suppose $a+b=1$, c'est-à-dire $b=1-a$.
Pour $x>1$ : $\tau_1(x)=\frac{\sqrt{x}-1}{x-1}=\frac{\sqrt{x}-1}{(\sqrt{x}-1)(\sqrt{x}+1)}=\frac{1}{\sqrt{x}+1} \xrightarrow[x \to 1^+]{} \frac{1}{2}$. Donc $f'_d(1)=\frac12$.
Pour $0 \le x<1$ : $\tau_1(x)=\frac{ax+(1-a)-1}{x-1}=\frac{a(x-1)}{x-1}=a$. Donc $f'_g(1)=a$.
Si $a+b \neq 1$, $f$ n'est pas continue en $1$, donc pas dérivable en $1$. Si $a+b=1$, comme $1$ est intérieur à $[0,+\infty[$, $f$ est dérivable en $1$ si et seulement si $f'_g(1)=f'_d(1)$, soit $a=\frac12$, et alors $b=1-a=\frac12$.
Conclusion : $f$ est dérivable en $1$ si et seulement si $a=b=\frac12$, et dans ce cas $f'(1)=\frac12$. La droite $y=\frac{x+1}{2}$ est la tangente en $1$ au graphe de la racine carrée : le raccord se fait le long de cette tangente.
Résultat :
$a=b=\frac12$, $f'(1)=\frac12$
Exercice 2 · Réciproque de $x \mapsto x+e^x$
application●●●
Justifier une bijection par le théorème de la bijectionDériver une réciproque sans expression expliciteCalculer une dérivée seconde de réciproque
Soit $f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}$ définie par $f(x)=x+e^x$.
Montrer que $f$ est une bijection de $\mathbb{R}$ sur $\mathbb{R}$. On note $g=f^{-1}$.
Justifier que $g$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ et exprimer $g'$ en fonction de $g$.
Calculer $g(1)$, puis $g'(1)$.
Justifier que $g$ est deux fois dérivable sur $\mathbb{R}$ et calculer $g''(1)$.
$f$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ et $f'(x)=1+e^x>0$. Donc $f$ est continue et strictement croissante sur l'intervalle $\mathbb{R}$. Quand $x \to -\infty$, $e^x \to 0$ donc $f(x) \to -\infty$ ; quand $x \to +\infty$, $f(x) \to +\infty$. Par le théorème de la bijection, $f$ est une bijection de $\mathbb{R}$ sur $]-\infty,+\infty[=\mathbb{R}$.
$f$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ et $f'$ ne s'annule pas. Par le théorème de dérivation d'une réciproque, $g$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ et, pour tout réel $y$ :
$$g'(y)=\frac{1}{f'(g(y))}=\frac{1}{1+e^{g(y)}}.$$
$f(0)=0+e^0=1$, donc $g(1)=0$ et $g'(1)=\frac{1}{1+e^0}=\frac12$.
$g$ est dérivable, donc $e^{g}$ l'est, et $1+e^{g}$ ne s'annule pas : $g'=\frac{1}{1+e^{g}}$ est dérivable. Ainsi $g$ est deux fois dérivable et
$$g''(y)=-\frac{g'(y)\,e^{g(y)}}{\big(1+e^{g(y)}\big)^2}=-\frac{e^{g(y)}}{\big(1+e^{g(y)}\big)^3}.$$
En $y=1$ : $g(1)=0$, donc $g''(1)=-\frac{1}{2^3}=-\frac18$.
(On pouvait aussi invoquer la propriété du cours : $f$ est $\mathcal{C}^\infty$ et $f'$ ne s'annule pas, donc $g$ est $\mathcal{C}^\infty$.)
Résultat :
$g(1)=0$, $g'(1)=\frac12$, $g''(1)=-\frac18$
Exercice 3 · Racines de la dérivée d'un polynôme à racines connues
application●●●
Appliquer le théorème de RolleDénombrer des racines à l'aide du degréExploiter une symétrie
Soit $f(x)=(x-1)(x-2)(x-3)(x-4)$ pour $x \in \mathbb{R}$.
Montrer, sans calculer $f'$, que $f'$ admet exactement trois racines réelles $c_1<c_2<c_3$, avec $c_1 \in\, ]1,2[$, $c_2 \in\, ]2,3[$ et $c_3 \in\, ]3,4[$.
Vérifier que $f(5-x)=f(x)$ pour tout réel $x$. En déduire la valeur de $c_2$.
$f$ est polynomiale, donc continue et dérivable sur $\mathbb{R}$, et $f(1)=f(2)=f(3)=f(4)=0$. Le théorème de Rolle sur $[1,2]$ fournit $c_1 \in\, ]1,2[$ tel que $f'(c_1)=0$ ; de même sur $[2,3]$ et $[3,4]$, on obtient $c_2 \in\, ]2,3[$ et $c_3 \in\, ]3,4[$. Ces intervalles ouverts sont disjoints, donc $c_1<c_2<c_3$ sont distincts.
$f$ est de degré $4$ et de coefficient dominant $1$, donc $f'$ est de degré $3$ (coefficient dominant $4$) : il a au plus $3$ racines. Ainsi $f'$ a exactement les trois racines $c_1,c_2,c_3$, une dans chaque intervalle.
Pour tout réel $x$ :
$$f(5-x)=(4-x)(3-x)(2-x)(1-x)=(-1)^4(x-4)(x-3)(x-2)(x-1)=f(x).$$
En dérivant (composée avec $x \mapsto 5-x$) : $-f'(5-x)=f'(x)$. En $x=\frac52$ : $-f'(\frac52)=f'(\frac52)$, donc $f'(\frac52)=0$. Comme $\frac52 \in\, ]2,3[$ et que $c_2$ est la seule racine de $f'$ dans cet intervalle, $c_2=\frac52$.
Avec $u=x-\frac52$ : $x-1=u+\frac32$, $x-2=u+\frac12$, $x-3=u-\frac12$, $x-4=u-\frac32$. Donc
$$f(x)=\left(u^2-\frac94\right)\left(u^2-\frac14\right)=u^4-\frac52u^2+\frac{9}{16}.$$
Ainsi $f(x)=h(x-\frac52)$ avec $h(u)=u^4-\frac52u^2+\frac9{16}$, et $f'(x)=h'(x-\frac52)$ où $h'(u)=4u^3-5u=u(4u^2-5)$. Les racines de $h'$ sont $0$ et $\pm\frac{\sqrt5}{2}$. D'où
$$c_1=\frac{5-\sqrt5}{2} \approx 1{,}38, \qquad c_2=\frac52, \qquad c_3=\frac{5+\sqrt5}{2} \approx 3{,}62,$$
ce qui est cohérent avec la localisation de la question 1.
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Exercice 5 · Dérivée $n$-ième d'un produit polynôme-exponentielle
application●●●
Appliquer la formule de LeibnizJustifier qu'une fonction est de classe $\mathcal{C}^\infty$Vérifier une formule sur les premiers rangs
Soit $f(x)=(x^2+x)\,e^{2x}$ pour $x \in \mathbb{R}$.
Justifier que $f$ est de classe $\mathcal{C}^\infty$ sur $\mathbb{R}$.
Pour $n \in \mathbb{N}$, calculer $f^{(n)}(x)$ à l'aide de la formule de Leibniz, sous la forme $2^{n-2}e^{2x}Q_n(x)$ où $Q_n$ est un polynôme à préciser.
Vérifier le résultat pour $n=0$ et $n=1$, puis calculer $f^{(n)}(0)$.
$f$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ avec $f'(x)=(1+x)e^x$, strictement positive sur $]-1,+\infty[$, intérieur de $I$. Comme $f$ est continue sur $I$, elle est strictement croissante sur $I$. De plus $f(-1)=-\frac1e$ et $f(x) \to +\infty$ quand $x \to +\infty$. Par le théorème de la bijection, $f$ est une bijection de $I$ sur $J=\left[-\frac1e,+\infty\right[$.
$f'$ ne s'annule pas sur $]-1,+\infty[$, donc $W$ est dérivable en tout point de $f(]-1,+\infty[)=\left]-\frac1e,+\infty\right[$.
En $-\frac1e=f(-1)$ : $f'(-1)=0$. Si $W$ était dérivable en $-\frac1e$, la dérivation de $W \circ f=\mathrm{id}_I$ en $-1$ donnerait $f'(-1)\,W'(-\frac1e)=1$, soit $0=1$ : absurde. Plus précisément, pour $y \in J$, $y \neq -\frac1e$, on pose $x=W(y) \neq -1$ :
$$\frac{W(y)-W(-\frac1e)}{y+\frac1e}=\frac{x+1}{f(x)-f(-1)}=\frac{1}{\tau_{-1}(x)}.$$
Quand $y \to -\frac1e$, $x \to -1$ par continuité de $W$, et $\tau_{-1}(x) \to f'(-1)=0$ en restant strictement positif ($f$ strictement croissante). Le quotient tend vers $+\infty$ : le graphe de $W$ a une tangente verticale au point $(-\frac1e,-1)$.
Pour $y>-\frac1e$ : $W'(y)=\frac{1}{f'(W(y))}=\frac{1}{(1+W(y))e^{W(y)}}$.
Si de plus $y \neq 0$, alors $W(y) \neq 0$ car $f(0)=0$ et $f$ est injective. La relation $f(W(y))=y$ s'écrit $W(y)e^{W(y)}=y$, donc $e^{W(y)}=\frac{y}{W(y)}$ et
$$W'(y)=\frac{W(y)}{y\,(1+W(y))}.$$
$f(0)=0$ donc $W(0)=0$ et $W'(0)=\frac{1}{(1+0)e^0}=1$. $f(1)=e$ donc $W(e)=1$ et $W'(e)=\frac{1}{2e}$ (la seconde formule donne aussi $\frac{1}{e\cdot 2}$).
Sur $]0,+\infty[$, $f$ est continue comme produit de fonctions continues. En $0$ : $x^2\ln x=x\cdot(x\ln x)$ et $x\ln x \to 0$ quand $x \to 0^+$ (croissances comparées), donc $f(x) \to 0 \times 0=0=f(0)$. Ainsi $f$ est continue sur $[0,+\infty[$.
Sur $]0,+\infty[$, $f$ est $\mathcal{C}^1$ (fonctions usuelles) et
$$f'(x)=2x\ln x+x^2\cdot\frac1x=2x\ln x+x.$$
Quand $x \to 0^+$, $2x\ln x \to 0$ et $x \to 0$, donc $f'(x) \to 0$. La fonction $f$ est continue sur $[0,+\infty[$, de classe $\mathcal{C}^1$ sur $]0,+\infty[$, et $f'$ admet la limite finie $0$ en $0$. Par le théorème de prolongement $\mathcal{C}^1$, $f$ est de classe $\mathcal{C}^1$ sur $[0,+\infty[$ et $f'(0)=0$.
Pour $x>0$ :
$$\frac{f'(x)-f'(0)}{x-0}=\frac{2x\ln x+x}{x}=2\ln x+1 \xrightarrow[x \to 0^+]{} -\infty.$$
Le taux d'accroissement de $f'$ en $0$ n'a pas de limite finie : $f'$ n'est pas dérivable en $0$ (son graphe a une tangente verticale en $0$).
Conclusion : $f$ est de classe $\mathcal{C}^1$ sur $[0,+\infty[$ mais n'y est pas deux fois dérivable. C'est un exemple de fonction de $\mathcal{C}^1 \setminus \mathcal{D}^2$ (elle reste $\mathcal{C}^\infty$ sur $]0,+\infty[$).
Résultat :
$f'(0)=0$ ; $f \in \mathcal{C}^1([0,+\infty[)$ mais $f'$ n'est pas dérivable en $0$
Exercice 9 · Deux limites par les accroissements finis
entrainement●●●
Appliquer l'égalité des accroissements finisContrôler un point intermédiaire inconnuCalculer une limite par encadrement
Calculer, à l'aide de l'égalité des accroissements finis, les limites suivantes :
Soit $x>0$. On a $0<\frac{1}{x+1}<\frac1x$ et $\exp$ est continue et dérivable sur $\mathbb{R}$. Il existe $c_x \in \left]\frac{1}{x+1},\frac1x\right[$ tel que
$$e^{1/x}-e^{1/(x+1)}=e^{c_x}\left(\frac1x-\frac{1}{x+1}\right)=\frac{e^{c_x}}{x(x+1)}.$$
Donc $x^2\left(e^{1/x}-e^{1/(x+1)}\right)=e^{c_x}\cdot\frac{x}{x+1}$. Comme $0<c_x<\frac1x$, $c_x \to 0$ par encadrement, et $e^{c_x} \to 1$ par continuité de $\exp$ en $0$. Enfin $\frac{x}{x+1} \to 1$. La limite vaut $1$.
Soit $\varphi(t)=t\ln t$ sur $]0,+\infty[$, dérivable avec $\varphi'(t)=\ln t+1$. Pour $x>0$, l'égalité des accroissements finis sur $[x,x+1]$ fournit $d_x \in\, ]x,x+1[$ tel que
$$(x+1)\ln(x+1)-x\ln x=\varphi(x+1)-\varphi(x)=\ln d_x+1.$$
L'expression étudiée vaut donc $\ln d_x-\ln x+1=\ln\frac{d_x}{x}+1$. De $x<d_x<x+1$ on tire $1<\frac{d_x}{x}<1+\frac1x$ puis, par croissance de $\ln$,
$$0<\ln\frac{d_x}{x}<\ln\left(1+\frac1x\right) \xrightarrow[x \to +\infty]{} 0.$$
Par encadrement, $\ln\frac{d_x}{x} \to 0$ et la limite cherchée vaut $1$.
Résultat :
$1$ et $1$
Exercice 10 · Suite récurrente contractante et nombre d'or
entrainement●●●
Trouver un intervalle stableMajorer $|f'|$ et appliquer l'inégalité des accroissements finisEstimer une vitesse de convergence
On considère la suite définie par $u_0=1$ et $u_{n+1}=\frac{1}{1+u_n}$, et on pose $f(x)=\frac{1}{1+x}$.
Montrer que $I=\left[\frac12,1\right]$ est stable par $f$ et que $u_n \in I$ pour tout $n$.
Montrer que $f$ admet un unique point fixe $\ell$ dans $I$ et le calculer.
Montrer que pour tout $n \in \mathbb{N}$, $|u_n-\ell| \le \left(\frac49\right)^n|u_0-\ell|$. En déduire que $(u_n)$ converge vers $\ell$.
En utilisant seulement la majoration $|u_0-\ell| \le \frac12$, déterminer un entier $n$ pour lequel on est sûr que $u_n$ approche $\ell$ à $10^{-3}$ près. Calculer ce $u_n$.
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Exercice 13 · Théorème de Darboux : une dérivée vérifie les valeurs intermédiaires
approfondissement●●●
Utiliser le signe d'un taux d'accroissement au voisinage d'un pointExploiter le théorème des bornes atteintes et la condition d'extremumSe ramener à un cas particulier par une fonction auxiliaire
Soient $a<b$ et $f : [a,b] \to \mathbb{R}$ dérivable sur $[a,b]$ (en $a$ et $b$, il s'agit de dérivées à droite et à gauche). On ne suppose pas $f'$ continue.
On suppose $f'(a)<0<f'(b)$. Montrer que ni $f(a)$ ni $f(b)$ n'est le minimum de $f$ sur $[a,b]$, puis qu'il existe $c \in\, ]a,b[$ tel que $f'(c)=0$.
Soit $\lambda$ un réel strictement compris entre $f'(a)$ et $f'(b)$. Montrer qu'il existe $c \in\, ]a,b[$ tel que $f'(c)=\lambda$.
Montrer que la fonction $H$ définie sur $\mathbb{R}$ par $H(x)=0$ si $x<0$ et $H(x)=1$ si $x \ge 0$ n'est la dérivée d'aucune fonction dérivable sur $\mathbb{R}$.
En $a$ : $\tau_a(x)=\frac{f(x)-f(a)}{x-a} \to f'(a)<0$ quand $x \to a^+$. Par définition de la limite, il existe $\eta>0$ tel que $\tau_a(x)<0$ pour tout $x \in\, ]a,a+\eta] \cap [a,b]$. Pour un tel $x$, $x-a>0$ donc $f(x)<f(a)$ : $f(a)$ n'est pas le minimum.
En $b$ : $\tau_b(x) \to f'(b)>0$ quand $x \to b^-$, donc il existe $x \in\, ]a,b[$ proche de $b$ avec $\tau_b(x)>0$. Comme $x-b<0$, on obtient $f(x)-f(b)<0$ : $f(b)$ n'est pas le minimum.
Par le théorème des bornes atteintes, $f$ atteint son minimum sur $[a,b]$ en un point $c$, qui n'est ni $a$ ni $b$ : $c \in\, ]a,b[$ est intérieur. $f$ y admet un minimum (global donc local) et y est dérivable, donc $f'(c)=0$.
On pose $g(x)=f(x)-\lambda x$, dérivable sur $[a,b]$ avec $g'=f'-\lambda$.
Si $f'(a)<\lambda<f'(b)$ : $g'(a)<0<g'(b)$ et la question 1 appliquée à $g$ fournit $c \in\, ]a,b[$ avec $g'(c)=0$, soit $f'(c)=\lambda$.
Si $f'(b)<\lambda<f'(a)$ : on applique la question 1 à $-g$, qui vérifie $(-g)'(a)=\lambda-f'(a)<0$ et $(-g)'(b)=\lambda-f'(b)>0$. On obtient $c \in\, ]a,b[$ avec $g'(c)=0$, soit $f'(c)=\lambda$.
Supposons qu'il existe $F$ dérivable sur $\mathbb{R}$ avec $F'=H$. Sur $[-1,1]$, $F$ est dérivable, $F'(-1)=0$ et $F'(1)=1$. Le réel $\lambda=\frac12$ est strictement compris entre ces valeurs ; la question 2 donne $c \in\, ]-1,1[$ tel que $H(c)=\frac12$. C'est impossible car $H$ ne prend que les valeurs $0$ et $1$. Donc $H$ n'est la dérivée d'aucune fonction.
Bilan : une dérivée n'est pas forcément continue (exemple de $x^2\sin\frac1x$ du cours), mais elle ne peut pas présenter de saut.
Résultat :
Pour tout $\lambda$ strictement entre $f'(a)$ et $f'(b)$, il existe $c \in\, ]a,b[$ avec $f'(c)=\lambda$ ; $H$ n'est pas une dérivée
Exercice 14 · Dérivées successives de l'arctangente en $0$
approfondissement●●●
Dériver $n$ fois une relation à l'aide de la formule de LeibnizÉtablir une relation de récurrence sur des dérivéesRaisonner par récurrence selon la parité
Soit $f=\arctan$ sur $\mathbb{R}$.
Justifier que $f$ est de classe $\mathcal{C}^\infty$ et que $(1+x^2)f'(x)=1$ pour tout réel $x$.
Montrer que pour tout $n \ge 1$ et tout réel $x$ :
$$(1+x^2)f^{(n+1)}(x)+2nx\,f^{(n)}(x)+n(n-1)f^{(n-1)}(x)=0.$$
En déduire, pour tout $p \in \mathbb{N}$, les valeurs de $f^{(2p)}(0)$ et $f^{(2p+1)}(0)$.
Contrôler le résultat en calculant directement $f''$ et $f'''$.
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Exercice 15 · Examen : racines des polynômes de Legendre (esprit CCINP)
examen●●●
Calculer une dérivée $n$-ième d'un polynômeAppliquer la formule de Leibniz en un pointItérer le théorème de RolleConclure par un argument de degré
Soit $n \ge 1$ un entier. On pose $Q_n(x)=(x^2-1)^n$ et $L_n=Q_n^{(n)}$ (dérivée $n$-ième).
Montrer que $L_n$ est un polynôme de degré $n$ et préciser son coefficient dominant.
En écrivant $Q_n=(x-1)^n(x+1)^n$ et en utilisant la formule de Leibniz, montrer que pour tout $k \in \{0,\dots,n-1\}$ : $Q_n^{(k)}(1)=Q_n^{(k)}(-1)=0$. Calculer $L_n(1)$ et $L_n(-1)$.
Montrer par récurrence que pour tout $k \in \{0,\dots,n\}$, $Q_n^{(k)}$ admet au moins $k$ racines distinctes dans $]-1,1[$.
En déduire que $L_n$ admet exactement $n$ racines réelles, toutes simples et situées dans $]-1,1[$.
Expliciter $L_2$ et vérifier sur cet exemple les résultats des questions 1, 2 et 4.
Par la formule du binôme, $Q_n(x)=\sum_{j=0}^{n}\binom nj(-1)^{n-j}x^{2j}=x^{2n}+R(x)$ avec $\deg R<2n$. Pour $m \ge n$, $(x^m)^{(n)}=\frac{m!}{(m-n)!}x^{m-n}$, et pour $m<n$, $(x^m)^{(n)}=0$. La dérivée $n$-ième de $R$ est donc de degré $<n$, et
$$L_n(x)=\frac{(2n)!}{n!}x^n+(\text{termes de degré }<n).$$
$L_n$ est de degré $n$, de coefficient dominant $\frac{(2n)!}{n!}$.
On pose $A(x)=(x-1)^n$ et $B(x)=(x+1)^n$. Pour $0 \le j \le n$ : $A^{(j)}(x)=\frac{n!}{(n-j)!}(x-1)^{n-j}$, donc $A^{(j)}(1)=0$ si $j<n$ et $A^{(n)}=n!$. De même $B^{(i)}(-1)=0$ si $i<n$ et $B^{(n)}=n!$. Pour $0 \le k \le n$, la formule de Leibniz donne
$$Q_n^{(k)}=\sum_{j=0}^{k}\binom kj A^{(j)}B^{(k-j)}.$$
Si $k \le n-1$ : en $1$, chaque terme contient $A^{(j)}(1)$ avec $j \le k<n$, nul ; en $-1$, chaque terme contient $B^{(k-j)}(-1)$ avec $k-j \le k<n$, nul. Donc $Q_n^{(k)}(1)=Q_n^{(k)}(-1)=0$.
Si $k=n$ : en $1$, seul le terme $j=n$ subsiste : $L_n(1)=n!\,B(1)=n!\,2^n$. En $-1$, seul le terme $j=0$ (où $B$ est dérivé $n$ fois) subsiste : $L_n(-1)=A(-1)\,n!=(-2)^n n!=(-1)^n2^nn!$.
Notons $\mathcal{H}_k$ : « $Q_n^{(k)}$ a au moins $k$ racines distinctes dans $]-1,1[$ ». $\mathcal{H}_0$ est vraie (aucune racine exigée).
Soit $k \le n-1$ tel que $\mathcal{H}_k$ est vraie, et $y_1<\dots<y_k$ des racines de $Q_n^{(k)}$ dans $]-1,1[$. Par la question 2, $Q_n^{(k)}(-1)=Q_n^{(k)}(1)=0$. On dispose ainsi de $k+2$ zéros $-1<y_1<\dots<y_k<1$. $Q_n^{(k)}$ est polynomiale, donc continue et dérivable ; le théorème de Rolle sur chacun des $k+1$ segments délimités par ces zéros consécutifs fournit une racine de $Q_n^{(k+1)}$ dans chacun des $k+1$ intervalles ouverts correspondants. Ces intervalles sont disjoints et inclus dans $]-1,1[$ : $\mathcal{H}_{k+1}$ est vraie.
Pour $k=n$, $L_n$ a au moins $n$ racines distinctes dans $]-1,1[$. Comme $L_n$ est de degré $n$ (question 1), il a au plus $n$ racines. Il a donc exactement $n$ racines réelles $x_1,\dots,x_n$, toutes dans $]-1,1[$, et s'écrit $L_n(x)=\frac{(2n)!}{n!}\prod_{i=1}^n(x-x_i)$ avec des $x_i$ distincts : chaque racine est simple.
Exercice 16 · Examen : une fonction plateau de classe $\mathcal{C}^\infty$ (esprit Mines-Ponts)
examen●●●
Établir une formule de dérivée $n$-ième par récurrenceUtiliser les croissances comparéesAppliquer le théorème de prolongement $\mathcal{C}^1$ de façon itéréeUtiliser la formule de Leibniz et la stabilité de $\mathcal{C}^\infty$
Soit $f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}$ définie par $f(x)=e^{-1/x}$ si $x>0$ et $f(x)=0$ si $x \le 0$.
Montrer qu'il existe une suite de polynômes $(P_n)_{n \in \mathbb{N}}$ telle que $P_0=1$, $P_{n+1}(t)=t^2\big(P_n(t)-P_n'(t)\big)$ et, pour tout $n$ et tout $x>0$ : $f^{(n)}(x)=P_n\left(\frac1x\right)e^{-1/x}$.
Calculer $P_1$ et $P_2$. Montrer que $P_n$ est de degré $2n$ et de coefficient dominant $1$.
Montrer que pour tout polynôme $P$ : $P\left(\frac1x\right)e^{-1/x} \xrightarrow[x \to 0^+]{} 0$.
Montrer par récurrence que pour tout $n \in \mathbb{N}$, $f$ est de classe $\mathcal{C}^n$ sur $\mathbb{R}$ et $f^{(n)}(0)=0$. Conclure.
Soit $g(x)=f(x)f(1-x)$. Montrer que $g$ est de classe $\mathcal{C}^\infty$ sur $\mathbb{R}$, nulle en dehors de $]0,1[$, strictement positive sur $]0,1[$, et déterminer son maximum.
À l'aide de la formule de Leibniz, montrer que $g^{(n)}(0)=g^{(n)}(1)=0$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.