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Programme de Terminale › Raisonnement par récurrence
Terminale · spécialité

Raisonnement par récurrence

Ce chapitre fait partie du programme de Terminale.

Le raisonnement par récurrence permet de démontrer qu'une propriété est vraie pour tous les entiers naturels à partir d'un certain rang, alors qu'on ne peut pas vérifier une infinité de cas un par un. On s'en sert pour les suites définies par récurrence, pour les inégalités et pour les formules de sommes.

Prérequis

  • Suites numériques (classe de 1re) : définition explicite et par récurrence, calcul des premiers termes, sens de variation
  • Calcul littéral : développer, factoriser, réduire au même dénominateur
  • Manipulation d'inégalités : ajouter un nombre, multiplier par un nombre positif ou négatif
  • Sens de variation d'une fonction et effet d'une fonction croissante sur une inégalité
  • Puissances : $a^{n+1}=a\times a^n$

À la fin du chapitre, on sait

  • Énoncer le principe de récurrence et comprendre le rôle de chaque étape
  • Rédiger une démonstration par récurrence complète : initialisation, hérédité, conclusion
  • Démontrer par récurrence l'expression explicite, un encadrement ou le sens de variation d'une suite définie par $u_{n+1}=f(u_n)$
  • Démontrer l'inégalité de Bernoulli et d'autres inégalités par récurrence
  • Démontrer des formules de sommes écrites avec le symbole $\sum$
  • Repérer les erreurs de rédaction et les faux raisonnements par récurrence

1.Le principe de récurrence

On veut parfois démontrer qu'une affirmation est vraie pour tous les entiers $n$ : par exemple « $4^n-1$ est divisible par $3$ ». Vérifier $n=0$, $n=1$, $n=2$, … ne suffit jamais : il reste une infinité de cas.

L'idée est celle d'une rangée de dominos. Si le premier tombe, et si chaque domino qui tombe fait tomber le suivant, alors tous les dominos tombent. Le raisonnement par récurrence traduit exactement ces deux conditions.

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Définition

Propriété dépendant d'un entier

Soit $n_0$ un entier naturel. On note $P(n)$ une proposition qui dépend de l'entier $n\geq n_0$ : pour chaque valeur de $n$, elle est soit vraie, soit fausse.

Exemples :

  • $P(n)$ : « $2^n\geq n+1$ » ;
  • $P(n)$ : « $u_n=2^{n+1}-1$ » ;
  • $P(n)$ : « $0\leq u_n\leq 2$ ».

$P(n)$ est une phrase, pas un nombre. On écrit « $P(n)$ : … » et jamais « $P(n)=\ldots$ ».

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Propriété

Principe de récurrence

Soit $n_0\in\mathbb{N}$ et $P(n)$ une proposition définie pour tout entier $n\geq n_0$. On suppose que :

  1. Initialisation : $P(n_0)$ est vraie ;
  2. Hérédité : pour tout entier $n\geq n_0$, si $P(n)$ est vraie, alors $P(n+1)$ est vraie.

Alors $P(n)$ est vraie pour tout entier $n\geq n_0$.

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Remarque

Statut du principe

Ce principe est admis en Terminale. Il traduit une propriété fondamentale de l'ensemble $\mathbb{N}$ : en partant de $n_0$ et en ajoutant $1$ autant de fois que nécessaire, on atteint tout entier $n\geq n_0$.

Dans l'hérédité, la phrase « $P(n)$ est vraie » s'appelle l'hypothèse de récurrence. On l'abrège souvent en HR.

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Attention

Ce que dit vraiment l'hérédité

L'hérédité est une implication : $P(n)\Rightarrow P(n+1)$. Elle n'affirme pas que $P(n)$ est vraie. Elle affirme seulement que, si $P(n)$ l'était, alors $P(n+1)$ le serait aussi.

C'est l'initialisation qui fournit le premier cas vrai. Sans elle, l'hérédité seule ne prouve rien (voir la dernière section).

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2.Rédiger une démonstration par récurrence

Méthode

Le squelette d'une récurrence

Pour démontrer qu'une propriété est vraie pour tout $n\geq n_0$ :

  1. Énoncer la propriété : « Pour tout entier $n\geq n_0$, on note $P(n)$ : … ». Préciser $n_0$.
  2. Initialisation : vérifier $P(n_0)$. Calculer séparément chaque membre, puis comparer.
  3. Hérédité : écrire « Soit $n\geq n_0$ un entier fixé. On suppose $P(n)$ vraie. Montrons que $P(n+1)$ est vraie. » Écrire explicitement ce que dit $P(n+1)$ : c'est le but à atteindre. Partir de la quantité qui apparaît dans $P(n+1)$, la relier à celle de $P(n)$, utiliser l'hypothèse de récurrence en le signalant.
  4. Conclusion : « La propriété est vraie au rang $n_0$ et elle est héréditaire, donc d'après le principe de récurrence, $P(n)$ est vraie pour tout entier $n\geq n_0$. »
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Exemple

Expression explicite d'une suite

Soit $(u_n)$ définie par $u_0=1$ et $u_{n+1}=2u_n+1$ pour tout $n\in\mathbb{N}$. Les premiers termes sont $1,\ 3,\ 7,\ 15$ : on conjecture $u_n=2^{n+1}-1$.

Pour tout $n\in\mathbb{N}$, on note $P(n)$ : « $u_n=2^{n+1}-1$ ».

Initialisation. $u_0=1$ et $2^{0+1}-1=2-1=1$. Donc $P(0)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ fixé. On suppose $u_n=2^{n+1}-1$. Montrons que $u_{n+1}=2^{n+2}-1$. $$u_{n+1}=2u_n+1=2\left(2^{n+1}-1\right)+1=2^{n+2}-2+1=2^{n+2}-1.$$ La deuxième égalité utilise l'hypothèse de récurrence. Donc $P(n+1)$ est vraie.

Conclusion. $P(0)$ est vraie et la propriété est héréditaire, donc pour tout $n\in\mathbb{N}$, $u_n=2^{n+1}-1$.

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Exemple

Une divisibilité

Montrons que, pour tout $n\in\mathbb{N}$, $4^n-1$ est divisible par $3$.

On note $P(n)$ : « il existe un entier $k$ tel que $4^n-1=3k$ ».

Initialisation. $4^0-1=0=3\times 0$. Donc $P(0)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ fixé. On suppose qu'il existe un entier $k$ tel que $4^n-1=3k$, c'est-à-dire $4^n=3k+1$. Alors $$4^{n+1}-1=4\times 4^n-1=4(3k+1)-1=12k+3=3(4k+1).$$ Comme $4k+1$ est un entier, $4^{n+1}-1$ est divisible par $3$ : $P(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Par récurrence, $4^n-1$ est divisible par $3$ pour tout $n\in\mathbb{N}$.

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Remarque

Quand penser à la récurrence

On pense à une récurrence lorsque la propriété porte sur un entier $n$ et que le passage de $n$ à $n+1$ est simple : une suite définie par $u_{n+1}=f(u_n)$, une puissance $a^{n+1}=a\times a^n$, une somme qui s'obtient en ajoutant un terme.

La récurrence ne sert pas à tout. Si $u_n=3n+2$, on a directement $u_{n+1}-u_n=3$ : aucune récurrence n'est nécessaire.

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3.Récurrence et suites définies par récurrence

On considère une suite définie par $u_{n_0}$ donné et $u_{n+1}=f(u_n)$, où $f$ est une fonction. On ne connaît en général pas de formule explicite pour $u_n$. La récurrence permet pourtant d'obtenir des informations : un encadrement, le signe, le sens de variation.

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Méthode

Encadrer une suite et étudier ses variations avec une fonction croissante

Pour une suite $u_{n+1}=f(u_n)$, on cherche souvent à démontrer $P(n)$ : « $a\leq u_n\leq u_{n+1}\leq b$ ».

  1. Étudier $f$ et vérifier qu'elle est croissante sur un intervalle contenant $[a\,;b]$.
  2. Initialisation : calculer $u_{n_0}$ et $u_{n_0+1}$, vérifier l'encadrement.
  3. Hérédité : partir de $a\leq u_n\leq u_{n+1}\leq b$ et appliquer $f$, qui conserve l'ordre : $f(a)\leq u_{n+1}\leq u_{n+2}\leq f(b)$.
  4. Calculer $f(a)$ et $f(b)$ et vérifier que $f(a)\geq a$ et $f(b)\leq b$ pour retrouver $a\leq u_{n+1}\leq u_{n+2}\leq b$.
  5. Conclure : la suite est croissante, minorée par $a$, majorée par $b$.

Si on obtient $u_{n+1}\leq u_n$ à l'initialisation, on démontre de même $a\leq u_{n+1}\leq u_n\leq b$ : la suite est alors décroissante.

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Exemple

Une suite avec une racine carrée

Soit $(u_n)$ définie par $u_0=1$ et $u_{n+1}=\sqrt{u_n+2}$. On pose $f(x)=\sqrt{x+2}$ sur $[-2\,;+\infty[$.

La fonction $f$ est croissante sur $[-2\,;+\infty[$ : c'est la composée de $x\mapsto x+2$, croissante, suivie de la racine carrée, croissante.

Pour tout $n\in\mathbb{N}$, on note $P(n)$ : « $0\leq u_n\leq u_{n+1}\leq 2$ ».

Initialisation. $u_0=1$ et $u_1=\sqrt{3}$. Comme $1\leq 3\leq 4$, on a $1\leq\sqrt{3}\leq 2$, donc $0\leq u_0\leq u_1\leq 2$ : $P(0)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ fixé. On suppose $0\leq u_n\leq u_{n+1}\leq 2$. Ces nombres sont dans $[-2\,;+\infty[$ où $f$ est croissante, donc $$f(0)\leq f(u_n)\leq f(u_{n+1})\leq f(2),\quad\text{soit}\quad \sqrt{2}\leq u_{n+1}\leq u_{n+2}\leq 2.$$ Comme $\sqrt{2}\geq 0$, on obtient $0\leq u_{n+1}\leq u_{n+2}\leq 2$ : $P(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Pour tout $n\in\mathbb{N}$, $0\leq u_n\leq u_{n+1}\leq 2$. La suite $(u_n)$ est croissante et majorée par $2$.

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Exemple

Une suite arithmético-géométrique

Soit $u_0=0$ et $u_{n+1}=0{,}5u_n+3$. Montrons que $u_n\leq 6$ pour tout $n\in\mathbb{N}$.

On note $P(n)$ : « $u_n\leq 6$ ».

Initialisation. $u_0=0\leq 6$.

Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ fixé, on suppose $u_n\leq 6$. En multipliant par $0{,}5>0$ : $0{,}5u_n\leq 3$. En ajoutant $3$ : $u_{n+1}\leq 6$.

Conclusion. Pour tout $n\in\mathbb{N}$, $u_n\leq 6$.

On en déduit le sens de variation sans nouvelle récurrence : $$u_{n+1}-u_n=3-0{,}5u_n=0{,}5(6-u_n)\geq 0.$$ La suite est croissante.

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Attention

Variations de $f$ et variations de la suite

Le sens de variation de $f$ ne donne pas directement celui de $(u_n)$. Avec $f(x)=\dfrac{x}{2}$, croissante :

  • si $u_0=1$, alors $u_1=0{,}5<u_0$ et la suite est décroissante ;
  • si $u_0=-1$, alors $u_1=-0{,}5>u_0$ et la suite est croissante.

C'est la comparaison de $u_0$ et $u_1$, propagée par récurrence, qui donne le sens de variation.

Si $f$ est décroissante, appliquer $f$ renverse les inégalités et la méthode précédente ne s'applique pas telle quelle.

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Remarque

Vers la convergence

Dans l'exemple de la racine carrée, la suite est croissante et majorée. Le théorème de convergence monotone, vu dans le chapitre sur les limites de suites, permet d'en déduire qu'elle converge. La récurrence fournit donc souvent la première étape d'une étude de convergence.

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4.Démontrer des inégalités : l'inégalité de Bernoulli

Théorème

Inégalité de Bernoulli

Soit $a$ un nombre réel positif. Pour tout entier naturel $n$, $$(1+a)^n\geq 1+na.$$

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Démonstration

Démonstration (exigible)

Soit $a\geq 0$ fixé. Pour tout $n\in\mathbb{N}$, on note $P(n)$ : « $(1+a)^n\geq 1+na$ ».

Initialisation. $(1+a)^0=1$ et $1+0\times a=1$. Comme $1\geq 1$, $P(0)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ fixé. On suppose $(1+a)^n\geq 1+na$. Montrons que $(1+a)^{n+1}\geq 1+(n+1)a$.

Comme $a\geq 0$, on a $1+a>0$. On multiplie les deux membres de l'hypothèse de récurrence par $1+a$, ce qui conserve le sens de l'inégalité : $$(1+a)^{n+1}\geq (1+na)(1+a).$$ Or $$(1+na)(1+a)=1+a+na+na^2=1+(n+1)a+na^2.$$ Puisque $n\geq 0$ et $a^2\geq 0$, on a $na^2\geq 0$, donc $(1+na)(1+a)\geq 1+(n+1)a$.

Par transitivité, $(1+a)^{n+1}\geq 1+(n+1)a$ : $P(n+1)$ est vraie.

Conclusion. $P(0)$ est vraie et la propriété est héréditaire. Par récurrence, pour tout $n\in\mathbb{N}$, $(1+a)^n\geq 1+na$.

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Remarque

Une hypothèse plus faible suffit

Dans la démonstration, on a seulement utilisé $1+a\geq 0$ (pour multiplier sans changer le sens) et $na^2\geq 0$, qui est toujours vrai. L'inégalité reste donc vraie pour tout réel $a\geq -1$, avec la même preuve.

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Exemple

Application : limite de $q^n$ pour $q>1$

Soit $q>1$. On pose $a=q-1$, donc $a>0$ et $q=1+a$. D'après l'inégalité de Bernoulli, pour tout $n\in\mathbb{N}$ : $$q^n\geq 1+na.$$ Comme $a>0$, $\lim\limits_{n\to+\infty}(1+na)=+\infty$. Par le théorème de comparaison, $\lim\limits_{n\to+\infty}q^n=+\infty$.

C'est la démonstration attendue de ce résultat du chapitre sur les limites de suites.

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Méthode

Démontrer une inégalité par récurrence

Dans l'hérédité d'une inégalité, on obtient rarement $P(n+1)$ en une seule ligne. On procède en chaîne :

  1. Partir de la quantité de gauche au rang $n+1$ et l'exprimer à l'aide de celle du rang $n$ (par exemple $2^{n+1}=2\times 2^n$).
  2. Utiliser l'hypothèse de récurrence pour obtenir une première inégalité $A\geq B$.
  3. Démontrer à part une seconde inégalité $B\geq C$, où $C$ est la quantité visée. On étudie pour cela le signe de $B-C$.
  4. Conclure par transitivité : $A\geq C$.

À chaque multiplication d'une inégalité, vérifier le signe du facteur.

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Exemple

Comparer $2^n$ et $n^2$

Montrons que, pour tout entier $n\geq 4$, $2^n\geq n^2$. On note $P(n)$ : « $2^n\geq n^2$ ».

Initialisation. Pour $n=4$ : $2^4=16$ et $4^2=16$. Donc $P(4)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\geq 4$ un entier fixé. On suppose $2^n\geq n^2$. Montrons que $2^{n+1}\geq (n+1)^2$.

En multipliant l'hypothèse de récurrence par $2>0$ : $2^{n+1}\geq 2n^2$.

Comparons $2n^2$ et $(n+1)^2$ : $$2n^2-(n+1)^2=n^2-2n-1=(n-1)^2-2.$$ Comme $n\geq 4$, $(n-1)^2\geq 9$, donc $(n-1)^2-2\geq 7>0$. Ainsi $2n^2\geq (n+1)^2$.

Par transitivité, $2^{n+1}\geq (n+1)^2$ : $P(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Pour tout entier $n\geq 4$, $2^n\geq n^2$.

Le rang $n_0=4$ n'est pas un détail : pour $n=3$, $2^3=8<9=3^2$. La propriété est vraie pour $n=0,1,2$ mais fausse pour $n=3$ ; l'hérédité échoue à partir de $n=2$ car $(2-1)^2-2=-1<0$.

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5.Démontrer des formules de sommes

Définition

Le symbole somme

Pour des nombres $u_1,u_2,\ldots,u_n$, on note $$\sum_{k=1}^{n}u_k=u_1+u_2+\cdots+u_n.$$ La lettre $k$ est muette : $\sum_{k=1}^{n}k^2$ et $\sum_{i=1}^{n}i^2$ désignent le même nombre.

Relation clé pour les récurrences : si $S_n=\sum_{k=1}^{n}u_k$, alors $$S_{n+1}=S_n+u_{n+1}.$$

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Propriété

Somme des premiers entiers

Pour tout entier $n\geq 1$, $$\sum_{k=1}^{n}k=1+2+\cdots+n=\frac{n(n+1)}{2}.$$

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Démonstration

Démonstration par récurrence

Pour $n\geq 1$, on note $P(n)$ : « $\sum_{k=1}^{n}k=\dfrac{n(n+1)}{2}$ ».

Initialisation. Pour $n=1$ : la somme vaut $1$ et $\dfrac{1\times 2}{2}=1$. $P(1)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\geq 1$ fixé. On suppose $\sum_{k=1}^{n}k=\dfrac{n(n+1)}{2}$. Montrons que $\sum_{k=1}^{n+1}k=\dfrac{(n+1)(n+2)}{2}$. $$\sum_{k=1}^{n+1}k=\sum_{k=1}^{n}k+(n+1)=\frac{n(n+1)}{2}+(n+1)=\frac{(n+1)(n+2)}{2}.$$ La dernière égalité s'obtient en factorisant par $n+1$ : $(n+1)\left(\dfrac{n}{2}+1\right)=(n+1)\dfrac{n+2}{2}$. $P(n+1)$ est vraie.

Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout $n\geq 1$.

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Exemple

Somme des premiers nombres impairs

Montrons que, pour tout $n\geq 1$, $\sum_{k=1}^{n}(2k-1)=1+3+\cdots+(2n-1)=n^2$.

Initialisation. Pour $n=1$ : $2\times 1-1=1=1^2$.

Hérédité. Soit $n\geq 1$ fixé, on suppose $\sum_{k=1}^{n}(2k-1)=n^2$. Le terme ajouté au rang $n+1$ est $2(n+1)-1=2n+1$. Donc $$\sum_{k=1}^{n+1}(2k-1)=n^2+2n+1=(n+1)^2.$$

Conclusion. Pour tout $n\geq 1$, $1+3+\cdots+(2n-1)=n^2$.

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Exemple

Somme des carrés

Montrons que, pour tout $n\geq 1$, $$\sum_{k=1}^{n}k^2=\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}.$$

Initialisation. Pour $n=1$ : la somme vaut $1$ et $\dfrac{1\times 2\times 3}{6}=1$.

Hérédité. Soit $n\geq 1$ fixé, on suppose la formule vraie au rang $n$. Le but est $\sum_{k=1}^{n+1}k^2=\dfrac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6}$. $$\begin{aligned}\sum_{k=1}^{n+1}k^2&=\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}+(n+1)^2\\&=\frac{(n+1)\left[n(2n+1)+6(n+1)\right]}{6}\\&=\frac{(n+1)(2n^2+7n+6)}{6}.\end{aligned}$$ Or $(n+2)(2n+3)=2n^2+3n+4n+6=2n^2+7n+6$. Donc $\sum_{k=1}^{n+1}k^2=\dfrac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6}$.

Conclusion. La formule est vraie pour tout $n\geq 1$.

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Méthode

Hérédité d'une formule de somme

  1. Écrire le but : la formule au rang $n+1$, avec le membre de droite où $n$ est remplacé par $n+1$.
  2. Isoler le dernier terme : $S_{n+1}=S_n+u_{n+1}$.
  3. Remplacer $S_n$ grâce à l'hypothèse de récurrence.
  4. Factoriser par le facteur commun attendu (souvent $n+1$) plutôt que tout développer.
  5. Comparer avec le but en développant, si besoin, le membre de droite du but.
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Remarque

La récurrence vérifie, elle ne trouve pas

Une récurrence démontre une formule déjà connue ou conjecturée. Pour la conjecturer, on calcule les premières valeurs, souvent à la calculatrice ou avec un programme Python, puis on cherche une régularité.

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6.Erreurs de rédaction et faux raisonnements

Exemple

Une hérédité sans initialisation

On note $P(n)$ : « $10^n+1$ est divisible par $9$ ».

L'hérédité fonctionne : si $10^n+1=9k$ avec $k$ entier, alors $10^n=9k-1$ et $$10^{n+1}+1=10(9k-1)+1=90k-9=9(10k-1).$$ Pourtant $P(n)$ est fausse pour tout $n$ : $10^0+1=2$, et pour $n\geq 1$, l'écriture décimale de $10^n+1$ comporte deux chiffres $1$ et des $0$, donc la somme de ses chiffres vaut $2$, qui n'est pas divisible par $9$.

Sans initialisation, aucun domino ne tombe : l'hérédité seule ne prouve rien.

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Exemple

Des vérifications sans hérédité

On pose $p(n)=n^2-n+41$. On vérifie que $p(n)$ est un nombre premier pour $n=0,1,2,\ldots,40$. On pourrait croire que $p(n)$ est toujours premier.

Or $p(41)=41^2-41+41=41^2$, qui n'est pas premier.

Vérifier un grand nombre de cas ne remplace pas l'hérédité.

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Attention

Ne pas supposer ce qu'on veut démontrer

Écrire « Supposons que $P(n)$ est vraie pour tout $n$ » au début de l'hérédité est faux : c'est la conclusion qu'on cherche. On écrit : « Soit $n\geq n_0$ un entier fixé. On suppose $P(n)$ vraie. »

De même, il ne faut pas partir de $P(n+1)$ et en déduire une égalité vraie : on démontrerait $P(n+1)\Rightarrow\ldots$, ce qui est l'implication dans le mauvais sens.

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Attention

Autres erreurs de forme

  • Écrire « $P(n)=\dfrac{n(n+1)}{2}$ » : $P(n)$ est une phrase, pas un nombre.
  • Initialiser au mauvais rang : si la propriété est demandée pour $n\geq 1$, ou si elle n'est vraie qu'à partir de $n=4$, il faut initialiser à ce rang.
  • Oublier d'utiliser l'hypothèse de récurrence : si elle ne sert pas, soit la récurrence est inutile, soit le calcul est faux.
  • Oublier la conclusion : elle fait partie de la démonstration et rapporte des points au baccalauréat.
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Remarque

Hors programme : d'autres formes de récurrence

Il existe des variantes : la récurrence double (on suppose $P(n)$ et $P(n+1)$ pour obtenir $P(n+2)$, avec deux initialisations) et la récurrence forte (on suppose $P(n_0),\ldots,P(n)$ vraies). Elles sont hors programme en Terminale et étudiées en classes préparatoires. Au baccalauréat, seule la récurrence simple est attendue.

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