Limites de suites
Ce chapitre fait partie du programme de Terminale.
Ce chapitre donne les outils pour savoir ce que deviennent les termes d'une suite quand $n$ devient très grand : tendent-ils vers un nombre, vers l'infini, ou n'ont-ils pas de comportement stable ? Ces outils servent à étudier les suites géométriques, les suites définies par récurrence $u_{n+1}=f(u_n)$ et, plus tard, les limites de fonctions.
Prérequis
- Suites numériques de 1re : définition explicite ou par récurrence, suites arithmétiques et géométriques, sens de variation.
- Raisonnement par récurrence (chapitre de Terminale).
- Manipulation des inégalités : produit par un nombre positif ou négatif, passage à l'inverse.
- Valeur absolue d'un réel, racine carrée, fonctions de référence.
- Continuité d'une fonction (pour la dernière section).
À la fin du chapitre, on sait
- Connaître les définitions de la limite finie ou infinie d'une suite.
- Calculer une limite à l'aide des opérations et lever une forme indéterminée.
- Utiliser les théorèmes de comparaison et le théorème des gendarmes.
- Connaître et démontrer la limite de $(q^n)$ selon les valeurs de $q$.
- Utiliser le théorème de convergence monotone et démontrer qu'une suite croissante non majorée tend vers $+\infty$.
- Étudier une suite définie par $u_{n+1}=f(u_n)$ : monotonie, bornes, convergence et valeur de la limite.
1.1. Limite d'une suite
Dire qu'une suite a une limite, c'est décrire le comportement de $u_n$ lorsque $n$ devient très grand. Les premiers termes ne comptent pas : seul compte ce qui se passe à partir d'un certain rang.
Dans tout le chapitre, $(u_n)$ est une suite réelle définie sur $\mathbb{N}$ (ou à partir d'un certain entier).
Limite infinie
On dit que la suite $(u_n)$ tend vers $+\infty$ si, pour tout réel $A$, l'intervalle $]A\,;+\infty[$ contient tous les termes $u_n$ à partir d'un certain rang. On note $\lim_{n\to+\infty} u_n=+\infty$.
Autrement dit : pour tout réel $A$, il existe un entier $N$ tel que, pour tout $n\ge N$, $u_n>A$.
De même, $(u_n)$ tend vers $-\infty$ si, pour tout réel $A$, l'intervalle $]-\infty\,;A[$ contient tous les termes à partir d'un certain rang.
La suite $(n^2)$ tend vers $+\infty$
Soit $A$ un réel. Si $A<0$, tous les termes $n^2\ge 0>A$ conviennent dès $n=0$.
Si $A\ge 0$ : on a $n^2>A$ dès que $n>\sqrt{A}$. En notant $N$ le premier entier strictement supérieur à $\sqrt{A}$, pour tout $n\ge N$, $n^2\ge N^2>A$.
Par exemple, pour $A=10^6$, tous les termes sont supérieurs à $A$ à partir du rang $N=1001$.
Donc $\lim_{n\to+\infty} n^2=+\infty$.
Limite finie, suite convergente
Soit $\ell$ un réel. On dit que la suite $(u_n)$ converge vers $\ell$ (ou a pour limite $\ell$) si tout intervalle ouvert contenant $\ell$ contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On note $\lim_{n\to+\infty} u_n=\ell$.
Une suite qui converge vers un réel est dite convergente. Une suite qui n'est pas convergente est dite divergente : soit elle tend vers $+\infty$ ou $-\infty$, soit elle n'a pas de limite.
La suite $(1/n)$ converge vers $0$
Pour $n\ge1$, on pose $u_n=\dfrac1n$. Soit $]a\,;b[$ un intervalle ouvert contenant $0$, donc $a<0<b$.
- Pour tout $n\ge1$, $u_n>0>a$.
- $u_n<b \iff n>\dfrac1b$. En notant $N$ le premier entier strictement supérieur à $\dfrac1b$, pour tout $n\ge N$, $u_n\le\dfrac1N<b$.
Ainsi, à partir du rang $N$, tous les termes sont dans $]a\,;b[$. Donc $\lim_{n\to+\infty}\dfrac1n=0$.
Unicité de la limite (admis)
Si une suite a une limite (finie ou infinie), cette limite est unique.
Limites de référence
Pour tout entier $k\ge1$ :
$$\lim_{n\to+\infty} n=+\infty,\quad \lim_{n\to+\infty} n^k=+\infty,\quad \lim_{n\to+\infty}\sqrt n=+\infty$$
$$\lim_{n\to+\infty}\frac1n=0,\quad \lim_{n\to+\infty}\frac1{n^k}=0,\quad \lim_{n\to+\infty}\frac1{\sqrt n}=0$$
Une suite constante égale à $c$ converge vers $c$.
Une suite peut n'avoir aucune limite
La suite $u_n=(-1)^n$ prend alternativement les valeurs $1$ et $-1$. L'intervalle ouvert $]0{,}5\,;1{,}5[$ contient $1$ mais exclut une infinité de termes (ceux de rang impair) : $1$ n'est pas la limite. Le même raisonnement exclut toute autre valeur, et la suite est bornée donc ne tend pas vers l'infini. Elle n'a pas de limite.
De même, $v_n=(-1)^n n$ n'est pas bornée mais n'a pas de limite : ses termes de rang pair tendent vers $+\infty$, ceux de rang impair vers $-\infty$.
2.2. Opérations sur les limites et formes indéterminées
Les tableaux ci-dessous sont admis. Ils permettent d'obtenir la limite d'une somme, d'un produit ou d'un quotient à partir des limites de $(u_n)$ et $(v_n)$. Dans les tableaux, $\ell$ et $\ell'$ sont des réels, $\infty$ désigne $+\infty$ ou $-\infty$, et FI signifie forme indéterminée : les tableaux ne permettent pas de conclure.
Limite d'une somme
| $\lim u_n$ | $\ell$ | $\ell$ | $\ell$ | $+\infty$ | $-\infty$ | $+\infty$ |
|---|---|---|---|---|---|---|
| $\lim v_n$ | $\ell'$ | $+\infty$ | $-\infty$ | $+\infty$ | $-\infty$ | $-\infty$ |
| $\lim (u_n+v_n)$ | $\ell+\ell'$ | $+\infty$ | $-\infty$ | $+\infty$ | $-\infty$ | FI |
Limite d'un produit
| $\lim u_n$ | $\ell$ | $\ell\neq0$ | $\infty$ | $0$ |
|---|---|---|---|---|
| $\lim v_n$ | $\ell'$ | $\infty$ | $\infty$ | $\infty$ |
| $\lim (u_nv_n)$ | $\ell\ell'$ | $\infty$ | $\infty$ | FI |
Lorsque le résultat est $\infty$, son signe s'obtient par la règle des signes. Par exemple, si $\lim u_n=-3$ et $\lim v_n=+\infty$, alors $\lim u_nv_n=-\infty$.
Limite d'un quotient
| $\lim u_n$ | $\ell$ | $\ell$ | $\ell\neq0$ ou $\infty$ | $\infty$ | $\infty$ | $0$ |
|---|---|---|---|---|---|---|
| $\lim v_n$ | $\ell'\neq0$ | $\infty$ | $0$, avec $v_n$ de signe constant | $\ell'$ | $\infty$ | $0$ |
| $\lim \dfrac{u_n}{v_n}$ | $\dfrac{\ell}{\ell'}$ | $0$ | $\infty$ | $\infty$ | FI | FI |
Le signe de l'infini s'obtient encore par la règle des signes. Par exemple, si $\lim u_n=2$ et si $v_n>0$ avec $\lim v_n=0$, alors $\lim \dfrac{u_n}{v_n}=+\infty$.
Les quatre formes indéterminées
Il y a quatre formes indéterminées :
$$\infty-\infty,\qquad 0\times\infty,\qquad \frac{\infty}{\infty},\qquad \frac00$$
« Indéterminée » ne veut pas dire « pas de limite » : cela veut dire que la connaissance des limites de $(u_n)$ et $(v_n)$ ne suffit pas. Avec $u_n=n$, qui tend vers $+\infty$ :
- $n\times\dfrac1n=1$ tend vers $1$ ;
- $n\times\dfrac1{n^2}=\dfrac1n$ tend vers $0$ ;
- $n^2\times\dfrac1n=n$ tend vers $+\infty$.
Les trois sont de la forme $\infty\times0$ et ont des limites différentes. Il faut transformer l'écriture pour conclure.
Lever une indétermination par factorisation du terme dominant
Pour une somme de puissances de $n$ (polynôme) ou un quotient de telles sommes :
- Repérer le terme de plus haut degré, au numérateur et au dénominateur.
- Le mettre en facteur.
- Simplifier, puis appliquer les opérations sur les limites aux facteurs restants, qui ne sont plus indéterminés.
Polynôme : forme $\infty-\infty$
Soit $u_n=3n^2-5n+1$. On a $\lim 3n^2=+\infty$ et $\lim(-5n)=-\infty$ : forme $\infty-\infty$.
Pour $n\ge1$ : $u_n=n^2\left(3-\dfrac5n+\dfrac1{n^2}\right)$.
Or $\lim\dfrac5n=0$ et $\lim\dfrac1{n^2}=0$, donc $\lim\left(3-\dfrac5n+\dfrac1{n^2}\right)=3$. Comme $\lim n^2=+\infty$, par produit $\lim u_n=+\infty$.
Quotient : forme $\infty/\infty$
Soit $v_n=\dfrac{2n^2+1}{n^2+3n}$ pour $n\ge1$. Numérateur et dénominateur tendent vers $+\infty$ : forme $\dfrac{\infty}{\infty}$.
$$v_n=\frac{n^2\left(2+\frac1{n^2}\right)}{n^2\left(1+\frac3n\right)}=\frac{2+\frac1{n^2}}{1+\frac3n}$$
Le numérateur tend vers $2$, le dénominateur vers $1$. Par quotient, $\lim v_n=2$.
Avec la même méthode : $\dfrac{n+1}{n^2+1}=\dfrac{n\left(1+\frac1n\right)}{n^2\left(1+\frac1{n^2}\right)}=\dfrac1n\times\dfrac{1+\frac1n}{1+\frac1{n^2}}$, qui tend vers $0\times1=0$.
Lever une indétermination avec une racine carrée : la quantité conjuguée
Pour une différence de la forme $\sqrt{a_n}-\sqrt{b_n}$ de type $\infty-\infty$ :
- Multiplier et diviser par la quantité conjuguée $\sqrt{a_n}+\sqrt{b_n}$ (qui est strictement positive).
- Utiliser $(\sqrt{a}-\sqrt{b})(\sqrt{a}+\sqrt{b})=a-b$.
- Conclure avec les opérations sur les limites.
La suite $\sqrt{n+1}-\sqrt n$
Soit $w_n=\sqrt{n+1}-\sqrt n$. Forme $\infty-\infty$.
$$w_n=\frac{(\sqrt{n+1}-\sqrt n)(\sqrt{n+1}+\sqrt n)}{\sqrt{n+1}+\sqrt n}=\frac{(n+1)-n}{\sqrt{n+1}+\sqrt n}=\frac1{\sqrt{n+1}+\sqrt n}$$
Le dénominateur tend vers $+\infty$ (somme de deux suites tendant vers $+\infty$). Par quotient, $\lim w_n=0$.
3.3. Théorèmes de comparaison et théorème des gendarmes
Les suites comme $\cos n$, $\sin n$ ou $(-1)^n$ n'ont pas de limite : les opérations ne s'appliquent pas. On encadre alors la suite étudiée par des suites dont on connaît la limite.
Théorème de comparaison (limite infinie)
Soient $(u_n)$ et $(v_n)$ deux suites telles que, à partir d'un certain rang, $u_n\le v_n$.
- Si $\lim u_n=+\infty$, alors $\lim v_n=+\infty$.
- Si $\lim v_n=-\infty$, alors $\lim u_n=-\infty$.
Démonstration (exigible) du premier point
On suppose qu'il existe un entier $N_1$ tel que, pour tout $n\ge N_1$, $u_n\le v_n$, et que $\lim u_n=+\infty$.
Soit $A$ un réel. Comme $(u_n)$ tend vers $+\infty$, il existe un entier $N_2$ tel que, pour tout $n\ge N_2$, $u_n>A$.
Notons $N$ le plus grand des deux entiers $N_1$ et $N_2$. Pour tout $n\ge N$, les deux inégalités sont vraies, donc
$$v_n\ge u_n>A.$$
Ainsi, pour tout réel $A$, l'intervalle $]A\,;+\infty[$ contient tous les termes $v_n$ à partir du rang $N$ : $\lim v_n=+\infty$.
Le second point se démontre de la même façon avec les intervalles $]-\infty\,;A[$.
Utiliser une minoration
Soit $u_n=n+\sin n$. Pour tout $n$, $\sin n\ge-1$, donc $u_n\ge n-1$.
Or $\lim(n-1)=+\infty$. Par comparaison, $\lim u_n=+\infty$.
Théorème des gendarmes (admis)
Soient $(u_n)$, $(v_n)$ et $(w_n)$ trois suites et $\ell$ un réel. Si, à partir d'un certain rang,
$$u_n\le v_n\le w_n$$
et si $\lim u_n=\lim w_n=\ell$, alors $(v_n)$ converge et $\lim v_n=\ell$.
Encadrer un cosinus
Soit, pour $n\ge1$, $v_n=\dfrac{n+\cos n}{n}=1+\dfrac{\cos n}{n}$.
Pour tout $n$, $-1\le\cos n\le1$. En divisant par $n>0$ :
$$1-\frac1n\le v_n\le1+\frac1n.$$
Les suites $\left(1-\frac1n\right)$ et $\left(1+\frac1n\right)$ convergent toutes deux vers $1$. D'après le théorème des gendarmes, $\lim v_n=1$.
Choisir le bon théorème
Devant une suite contenant $\cos n$, $\sin n$, $(-1)^n$ ou une partie entière :
- Encadrer le terme gênant ($-1\le\cos n\le1$, $-1\le(-1)^n\le1$, etc.).
- Reconstruire $u_n$ à partir de cet encadrement, en faisant attention au sens des inégalités (multiplication par un nombre négatif).
- Si on vise $+\infty$, une minoration suffit (comparaison). Si on vise $-\infty$, une majoration suffit. Si on vise une limite finie, il faut un encadrement par deux suites de même limite (gendarmes).
Passage à la limite dans une inégalité (admis)
Si, à partir d'un certain rang, $u_n\le v_n$, et si $(u_n)$ et $(v_n)$ convergent respectivement vers $\ell$ et $\ell'$, alors $\ell\le\ell'$.
En particulier, si à partir d'un certain rang $a\le u_n\le b$ et si $(u_n)$ converge vers $\ell$, alors $a\le\ell\le b$.
Les inégalités strictes deviennent larges
Pour tout $n\ge1$, $\dfrac1n>0$, et pourtant $\lim\dfrac1n=0$. Le passage à la limite transforme une inégalité stricte en inégalité large : de $u_n<v_n$ on déduit seulement $\ell\le\ell'$.
4.4. Limite d'une suite géométrique
Inégalité de Bernoulli
Pour tout réel $a>0$ et tout entier naturel $n$ :
$$(1+a)^n\ge1+na.$$
Démonstration par récurrence (exigible)
Soit $a>0$. Pour $n\in\mathbb{N}$, notons $P(n)$ la propriété « $(1+a)^n\ge1+na$ ».
Initialisation. $(1+a)^0=1$ et $1+0\times a=1$. Donc $P(0)$ est vraie.
Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ tel que $P(n)$ est vraie : $(1+a)^n\ge1+na$. Comme $1+a>0$, on peut multiplier les deux membres par $1+a$ sans changer le sens :
$$(1+a)^{n+1}\ge(1+na)(1+a)=1+a+na+na^2=1+(n+1)a+na^2.$$
Or $na^2\ge0$, donc $(1+a)^{n+1}\ge1+(n+1)a$ : $P(n+1)$ est vraie.
Conclusion. Par récurrence, pour tout $n\in\mathbb{N}$, $(1+a)^n\ge1+na$.
Limite de $(q^n)$
Soit $q$ un réel.
| Valeur de $q$ | $q\le-1$ | $-1<q<1$ | $q=1$ | $q>1$ |
|---|---|---|---|---|
| $\lim q^n$ | pas de limite | $0$ | $1$ | $+\infty$ |
Démonstration (exigible)
Cas $q>1$. Posons $a=q-1>0$. D'après l'inégalité de Bernoulli, pour tout $n$ :
$$q^n=(1+a)^n\ge1+na.$$
Comme $a>0$, $\lim(1+na)=+\infty$. Par comparaison, $\lim q^n=+\infty$.
Cas $q=1$. La suite est constante égale à $1$.
Cas $-1<q<1$. Si $q=0$, la suite est nulle à partir du rang $1$. Sinon, $0<|q|<1$, donc $\dfrac1{|q|}>1$. D'après le premier cas, $\lim\left(\dfrac1{|q|}\right)^n=+\infty$, donc par quotient $\lim|q|^n=\lim\dfrac{1}{\left(\frac1{|q|}\right)^n}=0$.
Pour tout $n$, $-|q|^n\le q^n\le|q|^n$. Les deux suites qui encadrent tendent vers $0$ ; par le théorème des gendarmes, $\lim q^n=0$.
Cas $q\le-1$. Les termes de rang pair $q^{2k}=(q^2)^k$ sont supérieurs ou égaux à $1$, ceux de rang impair sont inférieurs ou égaux à $-1$ : la suite ne peut converger ni tendre vers l'infini, elle n'a pas de limite.
Suite géométrique de premier terme $u_0$
Si $u_n=u_0\,q^n$ avec $u_0\neq0$ :
- si $-1<q<1$, $\lim u_n=0$ ;
- si $q>1$, $\lim u_n=+\infty$ si $u_0>0$, et $\lim u_n=-\infty$ si $u_0<0$ ;
- si $q\le-1$, $(u_n)$ n'a pas de limite.
Calculs directs
- $u_n=5\times0{,}8^n$ : $-1<0{,}8<1$, donc $\lim u_n=0$.
- $v_n=-2\times3^n$ : $3>1$ et $-2<0$, donc $\lim v_n=-\infty$.
- $w_n=\dfrac{3^n-2^n}{3^n+1}$ : forme $\dfrac{\infty}{\infty}$. On divise numérateur et dénominateur par $3^n$ :
$$w_n=\frac{1-\left(\frac23\right)^n}{1+\left(\frac13\right)^n}.$$
Comme $\frac23$ et $\frac13$ sont dans $]-1\,;1[$, le numérateur tend vers $1$ et le dénominateur vers $1$ : $\lim w_n=1$.
Limite d'une somme de termes géométriques
Pour $q\neq1$ : $1+q+q^2+\cdots+q^n=\dfrac{1-q^{n+1}}{1-q}$.
Avec $q=\frac12$ : $S_n=1+\dfrac12+\dfrac14+\cdots+\left(\dfrac12\right)^n=\dfrac{1-\left(\frac12\right)^{n+1}}{1-\frac12}=2\left(1-\left(\frac12\right)^{n+1}\right)$.
Comme $\lim\left(\frac12\right)^{n+1}=0$, $\lim S_n=2$.
Plus généralement, si $-1<q<1$, $\lim(1+q+\cdots+q^n)=\dfrac1{1-q}$.
Suite arithmético-géométrique
Soit $u_0=0$ et $u_{n+1}=0{,}5\,u_n+3$. On pose $v_n=u_n-6$ (le nombre $6$ est la solution de $x=0{,}5x+3$).
$$v_{n+1}=u_{n+1}-6=0{,}5\,u_n-3=0{,}5\,(u_n-6)=0{,}5\,v_n.$$
$(v_n)$ est géométrique de raison $0{,}5$ et de premier terme $v_0=-6$. Donc $v_n=-6\times0{,}5^n$ et $u_n=6-6\times0{,}5^n$.
Comme $-1<0{,}5<1$, $\lim0{,}5^n=0$, donc $\lim u_n=6$. Vérification : $u_1=3=6-6\times0{,}5$.
5.5. Suites monotones
Suite majorée, minorée, bornée (rappel)
- $(u_n)$ est majorée s'il existe un réel $M$ tel que, pour tout $n$, $u_n\le M$.
- $(u_n)$ est minorée s'il existe un réel $m$ tel que, pour tout $n$, $u_n\ge m$.
- $(u_n)$ est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Théorème de convergence monotone (admis)
- Toute suite croissante et majorée est convergente.
- Toute suite décroissante et minorée est convergente.
Ce que le théorème ne dit pas
Le théorème donne l'existence d'une limite, pas sa valeur. Si $(u_n)$ est croissante et majorée par $M$, sa limite $\ell$ vérifie $\ell\le M$ (passage à la limite), mais n'est pas forcément égale à $M$.
Exemple : $u_n=1-\dfrac1n$ ($n\ge1$) est croissante et majorée par $2$, mais sa limite est $1$.
Suite croissante non majorée
Toute suite croissante non majorée tend vers $+\infty$.
De même, toute suite décroissante non minorée tend vers $-\infty$.
Démonstration (exigible)
Soit $(u_n)$ une suite croissante et non majorée. Soit $A$ un réel.
Comme $(u_n)$ n'est pas majorée, $A$ n'est pas un majorant : il existe un entier $N$ tel que $u_N>A$.
Comme $(u_n)$ est croissante, pour tout $n\ge N$, $u_n\ge u_N$, donc $u_n>A$.
Ainsi, tous les termes à partir du rang $N$ appartiennent à $]A\,;+\infty[$. Ceci étant vrai pour tout réel $A$, $\lim u_n=+\infty$.
Position des termes par rapport à la limite
Si $(u_n)$ est croissante et converge vers $\ell$, alors pour tout $n$, $u_n\le\ell$.
Si $(u_n)$ est décroissante et converge vers $\ell$, alors pour tout $n$, $u_n\ge\ell$.
Démonstration (par l'absurde)
Soit $(u_n)$ croissante, convergeant vers $\ell$. Supposons qu'il existe un entier $p$ tel que $u_p>\ell$.
Par croissance, pour tout $n\ge p$, $u_n\ge u_p$. L'intervalle ouvert $]\ell-1\,;u_p[$ contient $\ell$, mais ne contient aucun terme $u_n$ pour $n\ge p$. Cela contredit la définition de la convergence vers $\ell$.
Donc pour tout $n$, $u_n\le\ell$.
Prouver une convergence sans connaître la limite
Soit, pour $n\ge1$, $u_n=\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\frac1{k^2}=1+\frac14+\cdots+\frac1{n^2}$.
Monotonie. $u_{n+1}-u_n=\dfrac1{(n+1)^2}>0$ : la suite est croissante.
Majoration. Pour $k\ge2$, $k^2\ge k(k-1)>0$, donc $\dfrac1{k^2}\le\dfrac1{k(k-1)}=\dfrac1{k-1}-\dfrac1k$. En sommant de $k=2$ à $k=n$, les termes se simplifient deux à deux :
$$u_n\le1+\left(1-\frac12\right)+\left(\frac12-\frac13\right)+\cdots+\left(\frac1{n-1}-\frac1n\right)=2-\frac1n<2.$$
Conclusion. $(u_n)$ est croissante et majorée par $2$, donc elle converge, vers une limite $\ell\le2$.
Hors programme
On peut démontrer que la limite de la suite précédente vaut $\dfrac{\pi^2}{6}\approx1{,}645$. Ce résultat est hors programme ; seule l'existence de la limite est accessible ici.
6.6. Suites définies par $u_{n+1}=f(u_n)$
Limite et point fixe
Soit $f$ une fonction définie sur un intervalle $I$ et $(u_n)$ une suite à valeurs dans $I$ telle que $u_{n+1}=f(u_n)$ pour tout $n$.
Si $(u_n)$ converge vers un réel $\ell$ de $I$ et si $f$ est continue en $\ell$, alors
$$f(\ell)=\ell.$$
Justification
La suite $(u_{n+1})$ a la même limite que $(u_n)$ : $\lim u_{n+1}=\ell$.
Par ailleurs, $\lim u_n=\ell$ et $f$ est continue en $\ell$, donc $\lim f(u_n)=f(\ell)$ (propriété vue dans le chapitre sur la continuité).
Comme $u_{n+1}=f(u_n)$, les suites $(u_{n+1})$ et $(f(u_n))$ sont égales ; par unicité de la limite, $f(\ell)=\ell$.
La convergence d'abord
L'égalité $f(\ell)=\ell$ ne s'écrit qu'après avoir prouvé que la suite converge. Exemple : avec $u_0=1$ et $u_{n+1}=2u_n$, l'équation $\ell=2\ell$ donne $\ell=0$, alors que $u_n=2^n$ tend vers $+\infty$.
Étudier une suite $u_{n+1}=f(u_n)$
- Étudier les variations de $f$ sur un intervalle $I$ adapté, et calculer les premiers termes pour conjecturer le comportement.
- Démontrer par récurrence un encadrement et le sens de variation en une seule propriété, par exemple $a\le u_n\le u_{n+1}\le b$. Quand $f$ est croissante sur $[a\,;b]$, l'hérédité s'obtient en appliquant $f$ à chaque membre.
- Conclure à la convergence par le théorème de convergence monotone.
- Justifier la continuité de $f$, résoudre $f(x)=x$, et garder la solution compatible avec l'encadrement : si $a\le u_n\le b$ pour tout $n$, alors $a\le\ell\le b$.
Exemple complet : $u_{n+1}=\sqrt{u_n+6}$
Soit $u_0=1$ et $u_{n+1}=f(u_n)$ avec $f(x)=\sqrt{x+6}$, définie et croissante sur $[-6\,;+\infty[$.
Récurrence. Notons $P(n)$ : « $0\le u_n\le u_{n+1}\le3$ ».
- Initialisation : $u_0=1$ et $u_1=\sqrt7\approx2{,}65$. On a bien $0\le1\le\sqrt7\le3$ car $7\le9$. $P(0)$ est vraie.
- Hérédité : supposons $0\le u_n\le u_{n+1}\le3$. Comme $f$ est croissante sur $[0\,;3]$ :
$$f(0)\le f(u_n)\le f(u_{n+1})\le f(3),\ \text{soit}\ \sqrt6\le u_{n+1}\le u_{n+2}\le3.$$
Comme $\sqrt6\ge0$, $P(n+1)$ est vraie.
- Conclusion : pour tout $n$, $0\le u_n\le u_{n+1}\le3$.
Convergence. $(u_n)$ est croissante et majorée par $3$ : elle converge vers un réel $\ell$. Comme $1=u_0\le u_n\le3$, on a $1\le\ell\le3$.
Valeur de la limite. $f$ est continue sur $[-6\,;+\infty[$, donc en $\ell$, et $f(\ell)=\ell$ :
$$\sqrt{\ell+6}=\ell\ \Longrightarrow\ \ell+6=\ell^2\ \Longrightarrow\ \ell^2-\ell-6=0\ \Longrightarrow\ (\ell-3)(\ell+2)=0.$$
Donc $\ell=3$ ou $\ell=-2$. Comme $\ell\ge1$, $\ell=3$.
Conclusion : $\lim u_n=3$.
Utiliser le point fixe pour prouver une divergence
Soit $u_0=1$ et $u_{n+1}=u_n+\dfrac1{u_n}$.
- Par récurrence, $u_n\ge1$ pour tout $n$ : c'est vrai pour $n=0$, et si $u_n\ge1$ alors $u_{n+1}=u_n+\dfrac1{u_n}>u_n\ge1$.
- $u_{n+1}-u_n=\dfrac1{u_n}>0$ : la suite est croissante.
- Supposons que $(u_n)$ converge vers $\ell$. Alors $\ell\ge1$ et $f:x\mapsto x+\dfrac1x$ est continue sur $]0\,;+\infty[$, donc $\ell=\ell+\dfrac1\ell$, soit $\dfrac1\ell=0$ : impossible.
La suite ne converge donc pas. Si elle était majorée, étant croissante, elle convergerait : elle n'est donc pas majorée. Croissante et non majorée, elle tend vers $+\infty$.
Fonction décroissante
Si $f$ est décroissante, la suite $(u_n)$ n'est en général pas monotone (ses termes oscillent autour de la limite). La méthode par récurrence ci-dessus ne s'applique pas directement ; un énoncé de bac guide alors l'étude, souvent par un encadrement et le théorème des gendarmes.