Arithmétique dans $\mathbb{Z}$
Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.
Ce chapitre étudie la divisibilité dans $\mathbb{Z}$ : division euclidienne, PGCD et PPCM, nombres premiers, congruences. Ces outils servent à résoudre des équations en nombres entiers, à calculer des restes de grandes puissances, et ils préparent l'étude des anneaux $\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}$ et de l'arithmétique des polynômes.
Prérequis
- Toute partie non vide de $\mathbb{N}$ admet un plus petit élément ; toute partie non vide et majorée de $\mathbb{Z}$ admet un plus grand élément.
- Raisonnement par récurrence simple et forte, raisonnement par l'absurde. — Revoir Raisonnement par récurrence
- Partie entière d'un réel : $\lfloor x \rfloor \leqslant x < \lfloor x \rfloor + 1$.
- Coefficients binomiaux, formule du binôme de Newton, relation $k\binom{n}{k} = n\binom{n-1}{k-1}$.
À la fin du chapitre, on sait
- Effectuer une division euclidienne dans $\mathbb{Z}$, y compris avec un dividende négatif, et en démontrer l'existence et l'unicité.
- Calculer un PGCD par l'algorithme d'Euclide et obtenir des coefficients de Bézout par l'algorithme d'Euclide étendu.
- Utiliser le théorème de Bézout et le lemme de Gauss, résoudre une équation $ax+by=c$ dans $\mathbb{Z}^2$.
- Relier PGCD et PPCM, et les exprimer à l'aide de la décomposition en facteurs premiers et des valuations $p$-adiques.
- Démontrer l'infinitude des nombres premiers et le théorème fondamental de l'arithmétique.
- Calculer avec des congruences, déterminer un inverse modulo $n$, appliquer le petit théorème de Fermat.
1.Divisibilité et division euclidienne
Divisibilité
Soient $a, b \in \mathbb{Z}$. On dit que $a$ divise $b$, et on note $a \mid b$, s'il existe $k \in \mathbb{Z}$ tel que $b = ka$. On dit aussi que $a$ est un diviseur de $b$, ou que $b$ est un multiple de $a$.
On note $a\mathbb{Z} = \{ka,\ k \in \mathbb{Z}\}$ l'ensemble des multiples de $a$ et $\mathcal{D}(a)$ l'ensemble des diviseurs de $a$ dans $\mathbb{Z}$.
Cas particuliers :
- tout entier divise $0$ ; $0$ ne divise que $0$ ;
- $1$ et $-1$ divisent tout entier ;
- si $a \mid b$ et $b \neq 0$, alors $|a| \leqslant |b|$. En particulier, un entier non nul n'a qu'un nombre fini de diviseurs.
Règles de calcul
Soient $a, b, c, d \in \mathbb{Z}$.
- $a \mid a$ ; si $a \mid b$ et $b \mid c$, alors $a \mid c$.
- Si $a \mid b$ et $a \mid c$, alors pour tous $u, v \in \mathbb{Z}$, $a \mid bu + cv$.
- Si $a \mid b$ et $c \mid d$, alors $ac \mid bd$. En particulier $a \mid b \Rightarrow a^n \mid b^n$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.
- Si $c \neq 0$ : $a \mid b \Leftrightarrow ac \mid bc$.
- Entiers associés : $(a \mid b \text{ et } b \mid a) \Leftrightarrow |a| = |b|$.
Caractérisation des entiers associés
Le sens réciproque est immédiat : si $b = \pm a$, alors $a \mid b$ et $b \mid a$.
Supposons $a \mid b$ et $b \mid a$. Si $b = 0$, alors $b \mid a$ impose $a = 0$, d'où $|a| = |b|$. Sinon, il existe $k, l \in \mathbb{Z}$ tels que $b = ka$ et $a = lb$. Alors $b = klb$, et comme $b \neq 0$, $kl = 1$. Les seuls entiers dont le produit vaut $1$ sont $k = l = 1$ ou $k = l = -1$. Donc $b = \pm a$, c'est-à-dire $|a| = |b|$.
Division euclidienne
Soient $a \in \mathbb{Z}$ et $b \in \mathbb{N}^*$. Il existe un unique couple $(q, r) \in \mathbb{Z} \times \mathbb{N}$ tel que $$a = bq + r \quad \text{et} \quad 0 \leqslant r < b.$$ L'entier $q$ est le quotient, $r$ est le reste de la division euclidienne de $a$ par $b$. On a $q = \left\lfloor \dfrac{a}{b} \right\rfloor$.
Existence et unicité
Existence. Posons $q = \lfloor a/b \rfloor$. Par définition de la partie entière, $q \leqslant \dfrac{a}{b} < q + 1$. Comme $b > 0$, on multiplie par $b$ : $bq \leqslant a < bq + b$. Posons $r = a - bq$. Alors $r \in \mathbb{Z}$ et $0 \leqslant r < b$.
Unicité. Supposons $a = bq + r = bq' + r'$ avec $0 \leqslant r, r' < b$. Alors $b(q - q') = r' - r$, et $-b < r' - r < b$. Donc $b|q - q'| < b$, puis $|q - q'| < 1$. Comme $q - q'$ est un entier, $q = q'$, puis $r = r'$.
Avec un dividende négatif
- Division de $47$ par $5$ : $47 = 5 \times 9 + 2$, donc $q = 9$, $r = 2$.
- Division de $-17$ par $5$ : $-17/5 = -3{,}4$, donc $q = \lfloor -3{,}4 \rfloor = -4$ et $r = -17 - 5 \times (-4) = 3$. On écrit $-17 = 5 \times (-4) + 3$.
L'écriture $-17 = 5 \times (-3) - 2$ est exacte mais n'est pas la division euclidienne : le reste doit être positif ou nul.
Divisibilité et reste
Pour $a \in \mathbb{Z}$ et $b \in \mathbb{N}^*$, on a $b \mid a$ si et seulement si le reste de la division euclidienne de $a$ par $b$ est nul.
En effet, si $a = bk$, le couple $(k, 0)$ convient, et par unicité c'est le couple quotient-reste. La réciproque est immédiate.
Diviseur négatif
Si $b \in \mathbb{Z}^*$ est négatif, on obtient de même l'existence et l'unicité de $(q, r)$ avec $a = bq + r$ et $0 \leqslant r < |b|$ : il suffit de diviser $a$ par $|b|$ et de changer le signe du quotient. Dans la pratique, on divise presque toujours par un entier strictement positif.
2.PGCD, algorithme d'Euclide, relation de Bézout
PGCD de deux entiers
Soient $a, b \in \mathbb{Z}$ non tous deux nuls. L'ensemble $\mathcal{D}(a) \cap \mathcal{D}(b)$ des diviseurs communs à $a$ et $b$ contient $1$ ; il est majoré (si par exemple $a \neq 0$, tout diviseur $c$ de $a$ vérifie $c \leqslant |a|$). Il admet donc un plus grand élément, appelé plus grand commun diviseur de $a$ et $b$, noté $a \wedge b$.
Par convention, $0 \wedge 0 = 0$.
Propriétés immédiates : $a \wedge b = b \wedge a$, $a \wedge b = |a| \wedge |b|$, $a \wedge 0 = |a|$, et $a \wedge b = |b|$ si $b \mid a$ avec $b \neq 0$.
Lemme d'Euclide (version algorithmique)
Soient $a, b, q, r \in \mathbb{Z}$ tels que $a = bq + r$. Alors $a$ et $b$ ont les mêmes diviseurs communs que $b$ et $r$ : $$\mathcal{D}(a) \cap \mathcal{D}(b) = \mathcal{D}(b) \cap \mathcal{D}(r).$$ En particulier, si $(a, b) \neq (0,0)$, alors $a \wedge b = b \wedge r$.
Preuve du lemme
Si $c$ divise $a$ et $b$, alors $c$ divise $a - qb = r$, donc $c$ divise $b$ et $r$.
Si $c$ divise $b$ et $r$, alors $c$ divise $bq + r = a$, donc $c$ divise $a$ et $b$.
Les deux ensembles sont égaux, donc ils ont le même plus grand élément.
Algorithme d'Euclide
Pour calculer $a \wedge b$ avec $a, b \in \mathbb{N}$ et $b \neq 0$ :
- Poser $r_0 = a$, $r_1 = b$.
- Tant que $r_k \neq 0$, effectuer la division euclidienne $r_{k-1} = q_k r_k + r_{k+1}$ avec $0 \leqslant r_{k+1} < r_k$.
- Le PGCD est le dernier reste non nul.
Justification : la suite des restes est une suite strictement décroissante d'entiers naturels, donc elle atteint $0$ en un nombre fini d'étapes. Par le lemme, $r_{k-1} \wedge r_k = r_k \wedge r_{k+1}$ à chaque étape ; si $r_N \neq 0$ et $r_{N+1} = 0$, alors $a \wedge b = r_N \wedge 0 = r_N$.
Calcul de $1071 \wedge 462$
$$\begin{aligned} 1071 &= 2 \times 462 + 147 \\\\ 462 &= 3 \times 147 + 21 \\\\ 147 &= 7 \times 21 + 0 \end{aligned}$$ Le dernier reste non nul est $21$, donc $1071 \wedge 462 = 21$.
Relation de Bézout et diviseurs communs
Soient $a, b \in \mathbb{Z}$ non tous deux nuls et $d = a \wedge b$.
- Relation de Bézout : il existe $(u, v) \in \mathbb{Z}^2$ tel que $au + bv = d$.
- Les diviseurs communs à $a$ et $b$ sont exactement les diviseurs de $d$ : $$\mathcal{D}(a) \cap \mathcal{D}(b) = \mathcal{D}(a \wedge b).$$
Preuve par le plus petit élément
Soit $S = \{au + bv \,;\, (u,v) \in \mathbb{Z}^2,\ au + bv > 0\}$. C'est une partie de $\mathbb{N}^*$, non vide car $a \cdot a + b \cdot b = a^2 + b^2 > 0$. Elle admet un plus petit élément $\delta = au_0 + bv_0$.
$\delta$ divise $a$. Écrivons $a = \delta q + r$ avec $0 \leqslant r < \delta$. Alors $r = a - q(au_0 + bv_0) = a(1 - qu_0) + b(-qv_0)$. Si $r > 0$, alors $r \in S$ et $r < \delta$, ce qui contredit la minimalité de $\delta$. Donc $r = 0$ et $\delta \mid a$. De même, $\delta \mid b$.
Inclusions. Si $c$ divise $a$ et $b$, alors $c$ divise $au_0 + bv_0 = \delta$. Donc $\mathcal{D}(a) \cap \mathcal{D}(b) \subset \mathcal{D}(\delta)$. Réciproquement, comme $\delta$ divise $a$ et $b$, tout diviseur de $\delta$ divise $a$ et $b$. D'où l'égalité $\mathcal{D}(a) \cap \mathcal{D}(b) = \mathcal{D}(\delta)$.
Conclusion. Le plus grand élément de $\mathcal{D}(\delta)$ est $\delta$, donc $a \wedge b = \delta = au_0 + bv_0$. Les deux points sont démontrés.
Non-unicité et ensemble $a\mathbb{Z} + b\mathbb{Z}$
- Le couple $(u,v)$ n'est pas unique : si $au + bv = d$, alors pour tout $k \in \mathbb{Z}$, $a\left(u + k\dfrac{b}{d}\right) + b\left(v - k\dfrac{a}{d}\right) = d$.
- La preuve montre que $a\mathbb{Z} + b\mathbb{Z} = \{au + bv\} = d\mathbb{Z}$ : les entiers de la forme $au + bv$ sont exactement les multiples de $a \wedge b$. Ce point de vue sera repris avec les idéaux de $\mathbb{Z}$.
Algorithme d'Euclide étendu
Pour obtenir $(u, v)$ tel que $au + bv = a \wedge b$ :
- On mène l'algorithme d'Euclide en tenant à jour, pour chaque reste, une écriture $r_k = a u_k + b v_k$.
- Initialisation : $(r_0, u_0, v_0) = (a, 1, 0)$ et $(r_1, u_1, v_1) = (b, 0, 1)$.
- Si $q_k$ est le quotient de $r_{k-1}$ par $r_k$, on calcule la ligne suivante par la même opération sur les trois colonnes : $$r_{k+1} = r_{k-1} - q_k r_k, \quad u_{k+1} = u_{k-1} - q_k u_k, \quad v_{k+1} = v_{k-1} - q_k v_k.$$
- La ligne du dernier reste non nul fournit $(u, v)$.
On peut aussi « remonter » les divisions à la main, en exprimant chaque reste à partir des précédents.
Coefficients de Bézout pour $1071$ et $462$
| $k$ | $r_k$ | $u_k$ | $v_k$ | $q_k$ |
|---|---|---|---|---|
| 0 | 1071 | 1 | 0 | |
| 1 | 462 | 0 | 1 | 2 |
| 2 | 147 | 1 | $-2$ | 3 |
| 3 | 21 | $-3$ | 7 | 7 |
| 4 | 0 |
On obtient $1071 \times (-3) + 462 \times 7 = 21$. Vérification : $462 \times 7 = 3234$ et $1071 \times 3 = 3213$, différence $21$.
En remontant : $21 = 462 - 3 \times 147 = 462 - 3(1071 - 2 \times 462) = 7 \times 462 - 3 \times 1071$.
Homogénéité du PGCD
Pour $a, b \in \mathbb{Z}$ et $k \in \mathbb{Z}$ : $(ka) \wedge (kb) = |k|\,(a \wedge b)$.
Preuve. Le cas $k = 0$ ou $a = b = 0$ est immédiat. Sinon, soient $d = a \wedge b$ et $\delta = (ka) \wedge (kb)$. Comme $kd$ divise $ka$ et $kb$, il divise $\delta$ (diviseurs communs = diviseurs du PGCD). Avec $d = au + bv$, on a $kd = (ka)u + (kb)v$, donc $\delta \mid kd$. Les entiers $\delta > 0$ et $kd$ sont associés : $\delta = |k| d$.
PGCD de plusieurs entiers
Pour $a_1, \dots, a_n$ non tous nuls, on définit $a_1 \wedge \dots \wedge a_n$ comme le plus grand diviseur commun. On a $a_1 \wedge a_2 \wedge a_3 = (a_1 \wedge a_2) \wedge a_3$, les diviseurs communs sont les diviseurs du PGCD, et il existe $u_1, \dots, u_n \in \mathbb{Z}$ tels que $a_1 u_1 + \dots + a_n u_n = a_1 \wedge \dots \wedge a_n$.
3.Entiers premiers entre eux, lemme de Gauss, PPCM
Entiers premiers entre eux
Deux entiers $a, b$ sont premiers entre eux si $a \wedge b = 1$, c'est-à-dire si leurs seuls diviseurs communs sont $1$ et $-1$.
Des entiers $a_1, \dots, a_n$ sont :
- premiers entre eux dans leur ensemble si $a_1 \wedge \dots \wedge a_n = 1$ ;
- premiers entre eux deux à deux si $a_i \wedge a_j = 1$ pour tous $i \neq j$.
Deux à deux implique dans leur ensemble, mais la réciproque est fausse : $6, 10, 15$ sont premiers entre eux dans leur ensemble, alors que $6 \wedge 10 = 2$.
Théorème de Bézout
Soient $a, b \in \mathbb{Z}$. Alors $$a \wedge b = 1 \iff \exists (u, v) \in \mathbb{Z}^2,\ au + bv = 1.$$
Preuve
Si $a \wedge b = 1$, la relation de Bézout fournit $(u,v)$ tel que $au + bv = 1$.
Réciproquement, si $au + bv = 1$, alors $a$ et $b$ ne sont pas tous deux nuls, et tout diviseur commun positif $c$ de $a$ et $b$ divise $au + bv = 1$, donc $c = 1$. Ainsi $a \wedge b = 1$.
Montrer que deux expressions sont premières entre elles
Pour tout $n \in \mathbb{Z}$ :
- $(n+1) - n = 1$, donc $n \wedge (n+1) = 1$ ;
- $3(2n+1) - 2(3n+1) = 1$, donc $(2n+1) \wedge (3n+1) = 1$.
On cherche une combinaison à coefficients entiers qui élimine $n$ et donne $1$.
Forme réduite d'un couple
Soient $a, b$ non tous deux nuls et $d = a \wedge b$. Il existe $a', b' \in \mathbb{Z}$ tels que $$a = da', \quad b = db', \quad a' \wedge b' = 1.$$ Preuve. $d$ divise $a$ et $b$, d'où $a'$ et $b'$. Avec $au + bv = d$, on obtient $d(a'u + b'v) = d$, puis $a'u + b'v = 1$ car $d \neq 0$. Le théorème de Bézout donne $a' \wedge b' = 1$.
Lemme de Gauss
Soient $a, b, c \in \mathbb{Z}$. Si $a \mid bc$ et $a \wedge b = 1$, alors $a \mid c$.
Preuve du lemme de Gauss
Comme $a \wedge b = 1$, il existe $u, v \in \mathbb{Z}$ tels que $au + bv = 1$. En multipliant par $c$ : $$c = acu + bcv.$$ Or $a \mid acu$ et $a \mid bc$, donc $a \mid bcv$. Ainsi $a$ divise la somme, c'est-à-dire $a \mid c$.
Conséquences du lemme de Gauss
Soient $a, b, c, n \in \mathbb{Z}$.
- Si $a \mid n$, $b \mid n$ et $a \wedge b = 1$, alors $ab \mid n$.
- Si $a \wedge b = 1$ et $a \wedge c = 1$, alors $a \wedge bc = 1$. Par récurrence, si $a \wedge b = 1$, alors $a^m \wedge b^k = 1$ pour tous $m, k \in \mathbb{N}$.
- Si $a_1, \dots, a_r$ sont premiers entre eux deux à deux et divisent tous $n$, alors $a_1 \cdots a_r \mid n$.
Preuve de 1. On écrit $n = ak$. Alors $b \mid ak$ et $b \wedge a = 1$, donc $b \mid k$ par Gauss : $k = bl$ et $n = abl$.
Preuve de 2. Avec $au + bv = 1$ et $au' + cw = 1$, le produit donne $a(auu' + uc w + bvu') + bc(vw) = 1$, donc $a \wedge bc = 1$ par Bézout.
Forme irréductible d'un rationnel
Tout $x \in \mathbb{Q}$ s'écrit de manière unique $x = \dfrac{p}{q}$ avec $p \in \mathbb{Z}$, $q \in \mathbb{N}^*$ et $p \wedge q = 1$.
Existence. On part de $x = a/b$ avec $b > 0$ ; on divise $a$ et $b$ par $d = a \wedge b$.
Unicité. Si $p/q = p'/q'$ sous cette forme, alors $pq' = p'q$. Donc $q \mid pq'$ avec $q \wedge p = 1$, d'où $q \mid q'$ par Gauss. De même $q' \mid q$. Comme $q, q' > 0$, $q = q'$, puis $p = p'$.
Résoudre $ax + by = c$ dans $\mathbb{Z}^2$
Soient $a, b$ non nuls.
- Calculer $d = a \wedge b$. Si $d \nmid c$, il n'y a aucune solution, car $d$ divise $ax + by$ pour tous $x, y$.
- Sinon, diviser par $d$ : $a'x + b'y = c'$ avec $a' \wedge b' = 1$.
- Trouver une solution particulière $(x_0, y_0)$, à vue ou par Euclide étendu (une relation $a'u + b'v = 1$ multipliée par $c'$).
- Soustraire : $a'(x - x_0) = b'(y_0 - y)$. Par Gauss, $b' \mid x - x_0$, donc $x = x_0 + kb'$, puis $y = y_0 - ka'$.
- Vérifier que ces couples conviennent pour tout $k \in \mathbb{Z}$ (réciproque), puis conclure.
Équation $21x + 15y = 9$
On a $21 \wedge 15 = 3$ et $3 \mid 9$. L'équation équivaut à $7x + 5y = 3$, avec $7 \wedge 5 = 1$.
Solution particulière : $7 \times (-1) + 5 \times 2 = 3$, donc $(x_0, y_0) = (-1, 2)$.
Si $(x, y)$ est solution, $7(x + 1) = 5(2 - y)$. Donc $5 \mid 7(x+1)$ et $5 \wedge 7 = 1$, d'où $5 \mid x + 1$ par Gauss : $x = -1 + 5k$ avec $k \in \mathbb{Z}$. Alors $5(2 - y) = 35k$, soit $y = 2 - 7k$.
Réciproquement, $7(-1 + 5k) + 5(2 - 7k) = -7 + 10 = 3$.
Ensemble des solutions : $\{(-1 + 5k,\ 2 - 7k),\ k \in \mathbb{Z}\}$.
En revanche, $21x + 15y = 10$ n'a aucune solution, car $3 \nmid 10$.
PPCM
Soient $a, b \in \mathbb{Z}^*$. L'ensemble $a\mathbb{Z} \cap b\mathbb{Z} \cap \mathbb{N}^*$ des multiples communs strictement positifs contient $|ab|$ ; il admet un plus petit élément, appelé plus petit commun multiple de $a$ et $b$, noté $a \vee b$.
Par convention, $a \vee 0 = 0$ pour tout $a \in \mathbb{Z}$.
Multiples communs et lien avec le PGCD
Soient $a, b \in \mathbb{Z}^*$.
- Les multiples communs à $a$ et $b$ sont exactement les multiples de $a \vee b$ : $a\mathbb{Z} \cap b\mathbb{Z} = (a \vee b)\mathbb{Z}$.
- $(a \wedge b)(a \vee b) = |ab|$.
Preuve
Point 1. Soit $m = a \vee b$. Tout multiple de $m$ est multiple de $a$ et de $b$. Réciproquement, soit $M$ un multiple commun ; écrivons $M = mq + r$ avec $0 \leqslant r < m$. Alors $r = M - mq$ est un multiple commun de $a$ et $b$. S'il était strictement positif, il contredirait la minimalité de $m$. Donc $r = 0$ et $m \mid M$.
Point 2. Les deux membres ne dépendent que de $|a|$ et $|b|$ ; on suppose $a, b > 0$. Soit $d = a \wedge b$, avec $a = da'$, $b = db'$ et $a' \wedge b' = 1$. Posons $m = da'b' = ab' = a'b$ : c'est un multiple commun strictement positif.
Soit $M$ un multiple commun : $M = ak = da'k$. Comme $b \mid M$, $db' \mid da'k$, donc $b' \mid a'k$. Par Gauss ($a' \wedge b' = 1$), $b' \mid k$, donc $k = b'l$ et $M = ml$. Tout multiple commun est un multiple de $m$, donc $m$ est le plus petit multiple commun strictement positif : $m = a \vee b$. Enfin $dm = d \cdot da'b' = (da')(db') = ab$.
PPCM de $1071$ et $462$
Comme $1071 \wedge 462 = 21$ : $$1071 \vee 462 = \frac{1071 \times 462}{21} = 51 \times 462 = 23562.$$ En particulier, si $a \wedge b = 1$, alors $a \vee b = |ab|$.
4.Nombres premiers et décomposition en facteurs premiers
Nombre premier
Un entier $p \in \mathbb{N}$ est premier si $p \geqslant 2$ et si ses seuls diviseurs positifs sont $1$ et $p$. On note $\mathcal{P}$ l'ensemble des nombres premiers. Un entier $n \geqslant 2$ non premier est dit composé.
Les premiers nombres premiers sont $2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29$. Par convention, $1$ n'est pas premier.
Existence d'un diviseur premier
Soit $n \geqslant 2$.
- Le plus petit diviseur $p \geqslant 2$ de $n$ est un nombre premier. En particulier, $n$ admet au moins un diviseur premier.
- Si $n$ est composé, ce plus petit diviseur vérifie $p \leqslant \sqrt{n}$.
Preuve. L'ensemble des diviseurs $d \geqslant 2$ de $n$ contient $n$, il admet un plus petit élément $p$. Si $p$ n'était pas premier, il aurait un diviseur $d$ avec $1 < d < p$ ; alors $d \mid n$, ce qui contredit la minimalité de $p$.
Si $n$ est composé, $n = pm$ avec $m \geqslant 2$ ; $m$ est un diviseur de $n$ supérieur ou égal à $2$, donc $m \geqslant p$. Ainsi $n = pm \geqslant p^2$, soit $p \leqslant \sqrt{n}$.
Tester la primalité d'un entier
Pour savoir si $n \geqslant 2$ est premier :
- Lister les nombres premiers $p \leqslant \sqrt{n}$.
- Tester si l'un d'eux divise $n$.
- Si aucun ne divise $n$, alors $n$ est premier ; sinon $n$ est composé.
Exemple : $\sqrt{223} \approx 14{,}9$. On teste $2, 3, 5, 7, 11, 13$ : $223$ est impair, la somme de ses chiffres $7$ n'est pas multiple de $3$, il ne finit ni par $0$ ni par $5$, et $7 \times 31 = 217$, $11 \times 20 = 220$, $13 \times 17 = 221$ montrent que $7, 11, 13$ ne le divisent pas. Donc $223$ est premier. En revanche $221 = 13 \times 17$ est composé.
Le crible d'Ératosthène liste les premiers jusqu'à $N$ : on barre les multiples stricts de $2$, puis de $3$, puis du plus petit nombre non barré, et ainsi de suite jusqu'à $\sqrt{N}$.
Infinitude des nombres premiers
L'ensemble $\mathcal{P}$ des nombres premiers est infini.
Preuve d'Euclide
Supposons par l'absurde que $\mathcal{P}$ est fini : $\mathcal{P} = \{p_1, \dots, p_k\}$. Posons $N = p_1 p_2 \cdots p_k + 1 \geqslant 3$. D'après la propriété précédente, $N$ admet un diviseur premier, donc il existe $i$ tel que $p_i \mid N$. Comme $p_i \mid p_1 \cdots p_k$, on obtient $p_i \mid N - p_1 \cdots p_k = 1$, ce qui est absurde car $p_i \geqslant 2$.
Nombre premier et divisibilité
Soient $p$ un nombre premier et $a, b \in \mathbb{Z}$.
- Soit $p \mid a$, soit $p \wedge a = 1$.
- Lemme d'Euclide : si $p \mid ab$, alors $p \mid a$ ou $p \mid b$.
- Si $p$ divise un produit $q_1 \cdots q_s$ de nombres premiers, alors $p$ est égal à l'un des $q_j$.
- Deux nombres premiers distincts sont premiers entre eux.
Preuve
-
$p \wedge a$ est un diviseur positif de $p$, donc vaut $1$ ou $p$. S'il vaut $p$, alors $p \mid a$.
-
Si $p \nmid a$, alors $p \wedge a = 1$ d'après 1, et le lemme de Gauss donne $p \mid b$.
-
Par récurrence sur $s$ à partir de 2, $p$ divise l'un des $q_j$. Or les diviseurs positifs de $q_j$ sont $1$ et $q_j$, et $p \geqslant 2$, donc $p = q_j$.
-
Si $p \neq q$ sont premiers, $p \nmid q$ (sinon $p = q$), donc $p \wedge q = 1$ d'après 1.
Théorème fondamental de l'arithmétique
Tout entier $n \geqslant 2$ s'écrit comme produit de nombres premiers : $$n = p_1^{\alpha_1} p_2^{\alpha_2} \cdots p_r^{\alpha_r},$$ avec $p_1 < p_2 < \dots < p_r$ premiers et $\alpha_1, \dots, \alpha_r \in \mathbb{N}^*$. Cette écriture est unique.
Existence et unicité
Existence, par récurrence forte sur $n \geqslant 2$. Si $n$ est premier, l'écriture $n = n$ convient. Sinon, $n = ab$ avec $2 \leqslant a, b < n$ ; par hypothèse de récurrence, $a$ et $b$ sont des produits de nombres premiers, donc $n$ aussi. On regroupe ensuite les facteurs égaux.
Unicité. Il suffit de montrer que si $p_1 p_2 \cdots p_r = q_1 q_2 \cdots q_s$ avec des premiers rangés dans l'ordre croissant au sens large ($p_1 \leqslant \dots \leqslant p_r$, $q_1 \leqslant \dots \leqslant q_s$), alors $r = s$ et $p_i = q_i$ pour tout $i$. On raisonne par récurrence forte sur $n$, la valeur commune des deux produits.
$p_1$ divise $q_1 \cdots q_s$, donc $p_1 = q_j$ pour un certain $j$, d'où $p_1 \geqslant q_1$. Symétriquement, $q_1 = p_i$ pour un certain $i$, d'où $q_1 \geqslant p_1$. Ainsi $p_1 = q_1$. En simplifiant : $p_2 \cdots p_r = q_2 \cdots q_s = n/p_1$.
Si $n/p_1 = 1$, les deux produits sont vides : $r = s = 1$. Sinon $2 \leqslant n/p_1 < n$, et l'hypothèse de récurrence donne $r - 1 = s - 1$ et $p_i = q_i$ pour $i \geqslant 2$.
Décompositions
- $360 = 2^3 \times 3^2 \times 5$.
- $1071 = 9 \times 119 = 3^2 \times 7 \times 17$.
- $462 = 2 \times 231 = 2 \times 3 \times 7 \times 11$.
Pour décomposer, on divise successivement par $2$ tant que c'est possible, puis par $3$, $5$, $7$, etc., en s'arrêtant quand le quotient restant est premier (aucun premier $\leqslant$ sa racine ne le divise).
5.Valuation $p$-adique
Valuation $p$-adique
Soient $p$ un nombre premier et $n \in \mathbb{Z}^*$. L'ensemble $\{k \in \mathbb{N} \,;\, p^k \mid n\}$ contient $0$ et est majoré (car $p^k \leqslant |n|$). Son plus grand élément est la valuation $p$-adique de $n$, notée $v_p(n)$.
Ainsi $v_p(n) = \alpha$ signifie : $p^\alpha \mid n$ et $p^{\alpha+1} \nmid n$, ou encore $n = p^\alpha m$ avec $p \nmid m$.
Le théorème fondamental se réécrit : pour tout $n \in \mathbb{Z}^*$, $$n = \pm \prod_{p \in \mathcal{P}} p^{v_p(n)},$$ où seul un nombre fini de $v_p(n)$ sont non nuls.
Exemple : $v_2(360) = 3$, $v_3(360) = 2$, $v_5(360) = 1$, $v_7(360) = 0$.
Règles de calcul
Soient $p$ premier et $a, b \in \mathbb{Z}^*$.
- $v_p(ab) = v_p(a) + v_p(b)$ ; en particulier $v_p(a^k) = k\,v_p(a)$.
- $a \mid b \iff \forall p \in \mathcal{P},\ v_p(a) \leqslant v_p(b)$.
- $v_p(a \wedge b) = \min(v_p(a), v_p(b))$ et $v_p(a \vee b) = \max(v_p(a), v_p(b))$ : $$a \wedge b = \prod_{p} p^{\min(v_p(a), v_p(b))}, \qquad a \vee b = \prod_{p} p^{\max(v_p(a), v_p(b))}.$$
Preuve
1. Écrivons $a = p^\alpha a'$ et $b = p^\beta b'$ avec $\alpha = v_p(a)$, $\beta = v_p(b)$, $p \nmid a'$, $p \nmid b'$. Alors $ab = p^{\alpha+\beta} a'b'$ et, par le lemme d'Euclide, $p \nmid a'b'$. Si $p^{\alpha+\beta+1}$ divisait $ab$, on aurait $p \mid a'b'$ après simplification. Donc $v_p(ab) = \alpha + \beta$.
2. Si $b = ka$, alors $k \neq 0$ et $v_p(b) = v_p(k) + v_p(a) \geqslant v_p(a)$. Réciproquement, si $v_p(a) \leqslant v_p(b)$ pour tout $p$, l'entier $k = \prod_p p^{v_p(b) - v_p(a)}$ vérifie $|b| = k|a|$, donc $a \mid b$.
3. Soit $\delta = \prod_p p^{\min(v_p(a), v_p(b))}$. D'après 2, $\delta$ divise $a$ et $b$. Si $c > 0$ divise $a$ et $b$, alors $v_p(c) \leqslant \min(v_p(a), v_p(b))$ pour tout $p$, donc $c \mid \delta$ et $c \leqslant \delta$. Ainsi $\delta = a \wedge b$. Le raisonnement est analogue pour le PPCM avec le $\max$.
Retour sur $1071$ et $462$
Avec $1071 = 3^2 \times 7 \times 17$ et $462 = 2 \times 3 \times 7 \times 11$ :
- $1071 \wedge 462 = 2^0 \times 3^1 \times 7^1 \times 11^0 \times 17^0 = 21$ ;
- $1071 \vee 462 = 2 \times 3^2 \times 7 \times 11 \times 17 = 23562$.
Comme $\min(x,y) + \max(x,y) = x + y$, on retrouve $(a \wedge b)(a \vee b) = |ab|$.
Nombre de diviseurs
Si $n = p_1^{\alpha_1} \cdots p_r^{\alpha_r}$, les diviseurs positifs de $n$ sont les entiers $p_1^{\beta_1} \cdots p_r^{\beta_r}$ avec $0 \leqslant \beta_i \leqslant \alpha_i$ (d'après le point 2 et l'unicité de la décomposition). Leur nombre est donc $$(\alpha_1 + 1)(\alpha_2 + 1) \cdots (\alpha_r + 1).$$ Exemple : $360 = 2^3 \times 3^2 \times 5$ a $4 \times 3 \times 2 = 24$ diviseurs positifs.
Irrationalité de $\sqrt{2}$ par les valuations
Supposons $\sqrt{2} = a/b$ avec $a, b \in \mathbb{N}^*$. Alors $a^2 = 2b^2$. Or $v_2(a^2) = 2v_2(a)$ est pair, tandis que $v_2(2b^2) = 1 + 2v_2(b)$ est impair. Contradiction : $\sqrt{2} \notin \mathbb{Q}$.
Le même argument montre que si $n \in \mathbb{N}$ n'est pas le carré d'un entier, alors $\sqrt{n}$ est irrationnel.
Formule de Legendre (hors programme, classique)
Pour $p$ premier et $n \in \mathbb{N}^*$ : $$v_p(n!) = \sum_{k \geqslant 1} \left\lfloor \frac{n}{p^k} \right\rfloor,$$ la somme étant finie. Idée : $v_p(n!) = \sum_{j=1}^n v_p(j)$, et parmi $1, \dots, n$ il y a exactement $\lfloor n/p^k \rfloor$ multiples de $p^k$ ; chaque $j$ est compté $v_p(j)$ fois.
Exemple : $v_5(100!) = 20 + 4 = 24$ et $v_2(100!) = 50 + 25 + 12 + 6 + 3 + 1 = 97$. Le nombre de zéros terminant l'écriture décimale de $100!$ est $\min(v_2, v_5) = 24$. Cette formule se redémontre en exercice.
Convention utile : $v_p(0) = +\infty$, ce qui prolonge les règles de calcul.
6.Congruences et petit théorème de Fermat
Congruence modulo $n$
Soient $n \in \mathbb{N}^*$ et $a, b \in \mathbb{Z}$. On dit que $a$ est congru à $b$ modulo $n$, et on note $a \equiv b \;[n]$, si $n \mid b - a$.
De façon équivalente, $a$ et $b$ ont le même reste dans la division euclidienne par $n$. En particulier, tout entier est congru modulo $n$ à son reste, qui appartient à $\{0, 1, \dots, n-1\}$, et $a \equiv 0 \;[n] \iff n \mid a$.
Opérations sur les congruences
Soit $n \in \mathbb{N}^*$.
- La congruence modulo $n$ est une relation d'équivalence sur $\mathbb{Z}$ (réflexive, symétrique, transitive).
- Si $a \equiv b \;[n]$ et $c \equiv d \;[n]$, alors $$a + c \equiv b + d \;[n] \quad \text{et} \quad ac \equiv bd \;[n].$$
- Si $a \equiv b \;[n]$, alors $a^k \equiv b^k \;[n]$ pour tout $k \in \mathbb{N}$.
Preuve du produit. $ac - bd = a(c - d) + d(a - b)$, et $n$ divise $c - d$ et $a - b$. Les puissances s'en déduisent par récurrence sur $k$.
On ne divise pas une congruence
$2 \times 3 \equiv 2 \times 0 \;[6]$, mais $3 \not\equiv 0 \;[6]$. On ne peut pas simplifier par $2$.
La simplification est permise si le facteur est premier avec le module : si $ka \equiv kb \;[n]$ et $k \wedge n = 1$, alors $n \mid k(a - b)$ et le lemme de Gauss donne $a \equiv b \;[n]$.
Calculer le reste d'une grande puissance
Pour trouver le reste de $a^N$ modulo $n$ :
- Remplacer $a$ par son reste modulo $n$.
- Chercher une petite puissance $a^k$ congrue à $1$ (ou à $-1$) modulo $n$, à la main ou grâce au petit théorème de Fermat si $n$ est premier.
- Écrire la division euclidienne $N = kq + r$, puis $a^N = (a^k)^q a^r \equiv a^r \;[n]$.
Exemple : $2^3 = 8 \equiv 1 \;[7]$ et $2024 = 3 \times 674 + 2$, donc $2^{2024} = (2^3)^{674} \times 2^2 \equiv 4 \;[7]$. Le reste de $2^{2024}$ modulo $7$ est $4$.
Critères de divisibilité par $9$ et par $11$
Soit $N = \sum_{i=0}^{m} c_i 10^i$ l'écriture décimale de $N$.
- $10 \equiv 1 \;[9]$, donc $N \equiv \sum c_i \;[9]$ : $N$ et la somme de ses chiffres ont le même reste modulo $9$ (et modulo $3$).
- $10 \equiv -1 \;[11]$, donc $N \equiv \sum (-1)^i c_i \;[11]$ : on fait la somme alternée des chiffres en partant des unités.
Pour $N = 918082$ : $2 - 8 + 0 - 8 + 1 - 9 = -22 \equiv 0 \;[11]$, donc $11 \mid 918082$. En effet $918082 = 11 \times 83462$.
Inverse modulo $n$
Soient $n \geqslant 2$ et $a \in \mathbb{Z}$. Il existe $u \in \mathbb{Z}$ tel que $au \equiv 1 \;[n]$ si et seulement si $a \wedge n = 1$. Un tel $u$ est appelé inverse de $a$ modulo $n$.
Preuve. $au \equiv 1 \;[n]$ équivaut à l'existence de $k \in \mathbb{Z}$ tel que $au - 1 = kn$, c'est-à-dire $au + n(-k) = 1$. Par le théorème de Bézout, un tel couple existe si et seulement si $a \wedge n = 1$.
En particulier, si $p$ est premier, tout entier non divisible par $p$ est inversible modulo $p$.
Résoudre $ax \equiv b \;[n]$ lorsque $a \wedge n = 1$
- Déterminer un inverse $u$ de $a$ modulo $n$ par l'algorithme d'Euclide étendu ($au + nv = 1$).
- Multiplier par $u$ : $ax \equiv b \;[n] \iff x \equiv ub \;[n]$ (l'équivalence vient de ce que l'on peut remultiplier par $a$).
- Donner les solutions sous la forme $x = x_0 + kn$, $k \in \mathbb{Z}$.
Exemple : $7x \equiv 3 \;[26]$. Euclide : $26 = 3 \times 7 + 5$, $7 = 1 \times 5 + 2$, $5 = 2 \times 2 + 1$. En remontant : $1 = 5 - 2 \times 2 = 3 \times 5 - 2 \times 7 = 3 \times 26 - 11 \times 7$. Donc $7 \times (-11) \equiv 1 \;[26]$, et l'inverse de $7$ est $-11 \equiv 15 \;[26]$ (vérification : $7 \times 15 = 105 = 4 \times 26 + 1$). Alors $x \equiv 15 \times 3 = 45 \equiv 19 \;[26]$. Vérification : $7 \times 19 = 133 = 5 \times 26 + 3$. Les solutions sont les $x = 19 + 26k$, $k \in \mathbb{Z}$.
Lemme : $p$ divise $\binom{p}{k}$
Soient $p$ premier et $k \in \{1, \dots, p-1\}$. Alors $p \mid \dbinom{p}{k}$.
Preuve. On a $k\dbinom{p}{k} = p\dbinom{p-1}{k-1}$, donc $p \mid k\dbinom{p}{k}$. Comme $1 \leqslant k \leqslant p - 1$, $p \nmid k$, donc $p \wedge k = 1$. Le lemme de Gauss donne $p \mid \dbinom{p}{k}$.
Petit théorème de Fermat
Soit $p$ un nombre premier.
- Pour tout $a \in \mathbb{Z}$ : $a^p \equiv a \;[p]$.
- Pour tout $a \in \mathbb{Z}$ non divisible par $p$ : $a^{p-1} \equiv 1 \;[p]$.
Preuve par le binôme
Cas $a \in \mathbb{N}$, par récurrence sur $a$. Pour $a = 0$ : $0^p = 0$. Supposons $a^p \equiv a \;[p]$. Par la formule du binôme, $$(a+1)^p = a^p + 1 + \sum_{k=1}^{p-1} \binom{p}{k} a^k.$$ D'après le lemme, chaque terme de la somme est divisible par $p$. Donc $(a+1)^p \equiv a^p + 1 \equiv a + 1 \;[p]$.
Cas $a \in \mathbb{Z}$ quelconque. Soit $r \in \{0, \dots, p-1\}$ le reste de $a$ modulo $p$. Alors $a^p \equiv r^p \equiv r \equiv a \;[p]$, en utilisant le cas précédent pour $r \in \mathbb{N}$.
Point 2. On a $p \mid a^p - a = a(a^{p-1} - 1)$. Si $p \nmid a$, alors $p \wedge a = 1$, et le lemme de Gauss donne $p \mid a^{p-1} - 1$.
Utilisations du petit théorème de Fermat
- Reste de $3^{100}$ modulo $13$. $13$ est premier et ne divise pas $3$, donc $3^{12} \equiv 1 \;[13]$. Comme $100 = 12 \times 8 + 4$, $3^{100} \equiv 3^4 = 81 = 6 \times 13 + 3 \equiv 3 \;[13]$. On peut aussi remarquer directement que $3^3 = 27 \equiv 1 \;[13]$ et $100 = 3 \times 33 + 1$.
- $13$ divise $2^{70} + 3^{70}$. Par Fermat, $2^{12} \equiv 1 \;[13]$ et $70 = 12 \times 5 + 10$, donc $2^{70} \equiv 2^{10} \;[13]$. Or $2^4 = 16 \equiv 3$, $2^8 \equiv 9$, $2^{10} \equiv 9 \times 4 = 36 \equiv 10 \;[13]$. Par ailleurs $3^{70} = (3^3)^{23} \times 3 \equiv 3 \;[13]$. Donc $2^{70} + 3^{70} \equiv 13 \equiv 0 \;[13]$.
Réciproque fausse et hypothèse de primalité
- L'hypothèse « $p$ premier » est indispensable : $3^{3} = 27 \equiv 3 \;[4]$, donc $3^{4-1} \not\equiv 1 \;[4]$.
- La réciproque est fausse (hors programme) : $561 = 3 \times 11 \times 17$ n'est pas premier, et pourtant $a^{561} \equiv a \;[561]$ pour tout $a \in \mathbb{Z}$. De tels entiers sont appelés nombres de Carmichael.
- Le point 2 se généralise par le théorème d'Euler, qui sera vu avec les groupes $(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^\times$.