Analyse asymptotique
Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.
Ce chapitre fournit les outils pour décrire le comportement d'une suite ou d'une fonction au voisinage d'un point ou de l'infini : comparer, trouver un équivalent, développer à un ordre donné. Ces outils servent ensuite partout, du calcul de limites à l'étude des séries, des intégrales et des équations différentielles.
Prérequis
- Limites de suites et de fonctions, opérations sur les limites, théorèmes de comparaison — Revoir Limites de suites
- Continuité, dérivabilité, fonctions de classe $\mathcal C^n$
- Théorème des accroissements finis
- Fonctions usuelles : $\exp$, $\ln$, puissances, fonctions trigonométriques et hyperboliques, $\arctan$ et leurs dérivées
- Croissances comparées des fonctions usuelles
- Sommes géométriques, raisonnement par récurrence
À la fin du chapitre, on sait
- Manipuler les relations $o$, $O$ et $\sim$ pour les suites et les fonctions, en connaissant les opérations permises et interdites
- Connaître et utiliser les équivalents usuels et les croissances comparées
- Connaître la définition d'un développement limité, son unicité, la troncature, le lien avec la continuité et la dérivabilité
- Démontrer la primitivation d'un développement limité et la formule de Taylor-Young
- Connaître par cœur les développements limités usuels en $0$
- Calculer un développement limité par somme, produit, composition, quotient, en choisissant les bons ordres
- Utiliser les développements limités pour calculer des limites, des équivalents, étudier tangentes, asymptotes et positions relatives, et obtenir des développements asymptotiques de suites
1.Relations de comparaison pour les suites
Dans cette section, $(u_n)$, $(v_n)$, $(w_n)$ sont des suites à valeurs dans $\mathbb K=\mathbb R$ ou $\mathbb C$. Toutes les relations portent sur le comportement quand $n\to+\infty$ : elles ne concernent que les termes à partir d'un certain rang.
Domination, négligeabilité, équivalence
On dit que :
- $(u_n)$ est dominée par $(v_n)$, et on note $u_n=O(v_n)$, s'il existe une suite bornée $(B_n)$ et un rang $N$ tels que $u_n=B_nv_n$ pour tout $n\geq N$ ;
- $(u_n)$ est négligeable devant $(v_n)$, et on note $u_n=o(v_n)$, s'il existe une suite $(\varepsilon_n)$ de limite nulle et un rang $N$ tels que $u_n=\varepsilon_nv_n$ pour tout $n\geq N$ ;
- $(u_n)$ est équivalente à $(v_n)$, et on note $u_n\sim v_n$, si $u_n-v_n=o(v_n)$.
Caractérisation par le quotient
Si $v_n\neq0$ à partir d'un certain rang, alors : $$u_n=O(v_n)\iff\left(\frac{u_n}{v_n}\right)\text{ est bornée à partir d'un certain rang},$$ $$u_n=o(v_n)\iff\frac{u_n}{v_n}\xrightarrow[n\to+\infty]{}0,\qquad u_n\sim v_n\iff\frac{u_n}{v_n}\xrightarrow[n\to+\infty]{}1.$$ En pratique, c'est presque toujours ainsi que l'on vérifie une relation de comparaison.
Lecture des notations
$o(v_n)$ désigne une suite quelconque négligeable devant $(v_n)$. Le signe $=$ se lit « est » et n'est pas symétrique : on écrit $\frac1{n^2}=o\left(\frac1n\right)$, jamais $o\left(\frac1n\right)=\frac1{n^2}$.
Deux cas particuliers : $u_n=o(1)\iff u_n\to0$, et $u_n=O(1)\iff(u_n)$ est bornée.
Enfin $o(v_n)-o(v_n)$ vaut $o(v_n)$ et non $0$ : les deux suites désignées par le même symbole n'ont aucune raison d'être égales.
Règles de calcul sur $o$ et $O$
- $o(v_n)+o(v_n)=o(v_n)$ et $\lambda\,o(v_n)=o(v_n)$ pour $\lambda\in\mathbb K$ ; de même avec $O$.
- $w_n\,o(v_n)=o(w_nv_n)$ et $o(v_n)\,o(w_n)=o(v_nw_n)$.
- Transitivité : si $u_n=o(v_n)$ et $v_n=o(w_n)$, alors $u_n=o(w_n)$ ; de même avec $O$.
- Si $u_n=o(v_n)$, alors $u_n=O(v_n)$.
- Si $u_n=O(v_n)$ et $v_n=o(w_n)$, ou si $u_n=o(v_n)$ et $v_n=O(w_n)$, alors $u_n=o(w_n)$.
Deux règles
Les autres points se traitent de la même façon.
Transitivité de $o$ : à partir d'un rang $N$, $u_n=\varepsilon_nv_n$ et $v_n=\varepsilon'_nw_n$ avec $\varepsilon_n\to0$ et $\varepsilon'_n\to0$. Donc $u_n=(\varepsilon_n\varepsilon'_n)w_n$ et $\varepsilon_n\varepsilon'_n\to0$.
Cas $u_n=O(v_n)$ et $v_n=o(w_n)$ : à partir d'un rang, $u_n=B_nv_n=(B_n\varepsilon_n)w_n$. Le produit d'une suite bornée par une suite de limite nulle tend vers $0$, donc $u_n=o(w_n)$.
Propriétés de l'équivalence
- $\sim$ est une relation d'équivalence (réflexive, symétrique, transitive).
- $u_n\sim v_n\iff u_n=v_n+o(v_n)$.
- Si $u_n\sim v_n$ et $v_n\to\ell$, avec $\ell\in\mathbb K$ ou $\ell=\pm\infty$ dans le cas réel, alors $u_n\to\ell$.
- Si $\ell\in\mathbb K^*$ : $u_n\to\ell\iff u_n\sim\ell$.
- Cas réel : si $u_n\sim v_n$, alors à partir d'un certain rang, $u_n$ et $v_n$ sont de même signe strict ou simultanément nuls.
Propriétés de l'équivalence
Écrivons $u_n=(1+\varepsilon_n)v_n$ à partir d'un rang $N$, avec $\varepsilon_n\to0$ : c'est la traduction de $u_n-v_n=\varepsilon_nv_n$.
Symétrie : il existe $N'\geq N$ tel que $|\varepsilon_n|\leq\frac12$ pour $n\geq N'$. Alors $1+\varepsilon_n\neq0$ et $v_n=\frac1{1+\varepsilon_n}u_n=(1+\varepsilon'_n)u_n$ avec $\varepsilon'_n=\frac{-\varepsilon_n}{1+\varepsilon_n}\to0$.
Transitivité : si de plus $v_n=(1+\eta_n)w_n$ avec $\eta_n\to0$, alors $u_n=(1+\varepsilon_n)(1+\eta_n)w_n$ et $(1+\varepsilon_n)(1+\eta_n)-1=\varepsilon_n+\eta_n+\varepsilon_n\eta_n\to0$.
Limite : $u_n=(1+\varepsilon_n)v_n$ avec $1+\varepsilon_n\to1$, donc $u_n$ a la même limite que $v_n$ par produit.
Signe (cas réel) : pour $n\geq N'$, $1+\varepsilon_n\geq\frac12>0$, donc $u_n$ et $v_n$ ont le même signe.
Opérations compatibles avec l'équivalence
Si $u_n\sim v_n$ et $u'_n\sim v'_n$, alors :
- $u_nu'_n\sim v_nv'_n$ ;
- si $v'_n\neq0$ à partir d'un certain rang, $\dfrac{u_n}{u'_n}\sim\dfrac{v_n}{v'_n}$ ;
- si $u_n>0$, $v_n>0$ et si $\alpha\in\mathbb R$ est fixé (indépendant de $n$), $u_n^\alpha\sim v_n^\alpha$.
Produit, quotient, puissance
Avec $u_n=(1+\varepsilon_n)v_n$ et $u'_n=(1+\varepsilon'_n)v'_n$ :
- $u_nu'_n=(1+\varepsilon_n)(1+\varepsilon'_n)v_nv'_n$ et le facteur tend vers $1$ ;
- à partir d'un rang, $1+\varepsilon'_n\neq0$, et $\dfrac{u_n}{u'_n}=\dfrac{1+\varepsilon_n}{1+\varepsilon'_n}\cdot\dfrac{v_n}{v'_n}$, le facteur tend vers $1$ ;
- $\left(\dfrac{u_n}{v_n}\right)^\alpha=(1+\varepsilon_n)^\alpha\to1$ par continuité de $t\mapsto t^\alpha$ en $1$.
Ni somme, ni composition
L'équivalence ne s'additionne pas : $n+1\sim n$ et $-n\sim-n$, mais $(n+1)+(-n)=1$ n'est pas équivalent à $n+(-n)=0$. Écrire $u_n\sim0$ signifie que $u_n$ est nul à partir d'un certain rang : c'est presque toujours une erreur.
L'équivalence ne se compose pas à gauche par une fonction : $n^2+n\sim n^2$, mais $\dfrac{e^{n^2+n}}{e^{n^2}}=e^n\to+\infty$, donc $e^{n^2+n}\not\sim e^{n^2}$.
L'exposant doit être fixe : $1+\frac1n\sim1$, mais $\left(1+\frac1n\right)^n\to e$ et non $1$.
Équivalent et logarithme
Si $u_n\sim v_n$, $v_n>0$ et $v_n\to\ell\in[0,+\infty]$ avec $\ell\neq1$, alors $\ln u_n\sim\ln v_n$.
En effet, $u_n>0$ à partir d'un rang et $\ln u_n=\ln v_n+\ln\frac{u_n}{v_n}$, avec $\ln\frac{u_n}{v_n}\to0$. Or $\ln v_n$ tend vers $\ln\ell\neq0$ ou vers $\pm\infty$ : il ne tend pas vers $0$, donc $\ln\frac{u_n}{v_n}=o(\ln v_n)$. Ce résultat se redémontre à chaque usage plutôt que de s'appliquer comme une règle.
Croissances comparées
Pour $\alpha>0$, $\beta>0$ et $a>1$ : $$(\ln n)^\alpha=o(n^\beta),\qquad n^\beta=o(a^n),\qquad a^n=o(n!),\qquad n!=o(n^n).$$
Croissances comparées
Les deux premières relations découlent des croissances comparées des fonctions : $\frac{(\ln x)^\alpha}{x^\beta}\to0$ et $\frac{x^\beta}{e^{x\ln a}}\to0$ en $+\infty$ (car $\ln a>0$).
Troisième relation : posons $r_n=\frac{a^n}{n!}>0$. On a $\frac{r_{n+1}}{r_n}=\frac a{n+1}$. Soit $N$ un entier tel que $N\geq2a$. Pour $n\geq N$, $n+1>2a$ donc $\frac{r_{n+1}}{r_n}\leq\frac12$, et par récurrence $0<r_n\leq r_N\left(\frac12\right)^{n-N}$. Le majorant tend vers $0$, donc $r_n\to0$.
Quatrième relation : $\frac{n!}{n^n}=\frac1n\cdot\frac2n\cdots\frac nn\leq\frac1n$, car chaque facteur après le premier est au plus égal à $1$.
Équivalents de suites
-
$u_n=\dfrac{3n^2-n+5}{2n^3+\ln n}$. Au numérateur, $-n+5=o(n^2)$, donc $3n^2-n+5\sim3n^2$. Au dénominateur, $\ln n=o(n^3)$, donc $2n^3+\ln n\sim2n^3$. Par quotient, $u_n\sim\dfrac{3n^2}{2n^3}=\dfrac3{2n}$.
-
$u_n=\sqrt{n+1}-\sqrt n$. Les deux termes sont équivalents à $\sqrt n$ et se compensent. Avec la quantité conjuguée, $u_n=\dfrac1{\sqrt{n+1}+\sqrt n}$. Or $\sqrt{n+1}+\sqrt n=\sqrt n\left(\sqrt{1+\frac1n}+1\right)$ et la parenthèse tend vers $2$, donc $\sqrt{n+1}+\sqrt n\sim2\sqrt n$ et $u_n\sim\dfrac1{2\sqrt n}$.
-
$u_n=2^n+n^5-n!$. Comme $n^5=o(2^n)$ et $2^n=o(n!)$, on a $u_n=-n!\,(1+o(1))$, donc $u_n\sim-n!$.
Trouver un équivalent simple d'une suite
- Dans une somme, repérer le terme prépondérant grâce aux croissances comparées, puis factoriser par ce terme : la parenthèse restante doit tendre vers une constante non nulle.
- Dans un produit ou un quotient, remplacer chaque facteur par un équivalent simple.
- Si les termes prépondérants se compensent (différence de deux quantités équivalentes), utiliser une quantité conjuguée ou un développement limité (section 6) : il faut aller chercher le terme suivant.
- Ne jamais additionner des équivalents ni composer un équivalent par une fonction.
2.Relations de comparaison pour les fonctions
Soit $I$ un intervalle de $\mathbb R$ et $a\in\overline{\mathbb R}$ adhérent à $I$ : $a$ est un point de $I$, une extrémité réelle de $I$, ou $+\infty$ (resp. $-\infty$) si $I$ n'est pas majoré (resp. minoré). Les fonctions $f$, $g$, $h$ sont définies sur $I$ à valeurs dans $\mathbb K$.
Un voisinage de $a$ est un intervalle $]a-\eta,a+\eta[$ avec $\eta>0$ si $a$ est réel, $]A,+\infty[$ si $a=+\infty$, $]-\infty,A[$ si $a=-\infty$.
Relations de comparaison au voisinage de $a$
On dit que :
- $f=O_a(g)$ s'il existe un voisinage $V$ de $a$ et une fonction $B$ bornée sur $V\cap I$ tels que $f=Bg$ sur $V\cap I$ ;
- $f=o_a(g)$ s'il existe un voisinage $V$ de $a$ et une fonction $\varepsilon$ définie sur $V\cap I$, de limite nulle en $a$, tels que $f=\varepsilon g$ sur $V\cap I$ ;
- $f\sim_ag$ si $f-g=o_a(g)$.
On écrit aussi $f(x)\underset{x\to a}{=}o(g(x))$ et $f(x)\underset{x\to a}{\sim}g(x)$.
Caractérisation et règles de calcul
Si $g$ ne s'annule pas sur $V\cap I$ privé de $a$, pour un voisinage $V$ de $a$, alors, pour $x\neq a$ : $$f=o_a(g)\iff\frac{f(x)}{g(x)}\xrightarrow[x\to a]{}0,\qquad f\sim_ag\iff\frac{f(x)}{g(x)}\xrightarrow[x\to a]{}1.$$ Toutes les propriétés vues pour les suites restent vraies : règles de calcul sur $o$ et $O$, $\sim$ relation d'équivalence, conservation de la limite et du signe au voisinage de $a$, compatibilité de $\sim$ avec le produit, le quotient et les puissances fixes. Les mêmes interdits s'appliquent : pas de somme, pas de composition à gauche.
Substitution (composition à droite)
Soit $\varphi$ définie sur un intervalle $J$, à valeurs dans $I$, et $b$ adhérent à $J$ tel que $\varphi(t)\xrightarrow[t\to b]{}a$. Si $f=o_a(g)$, alors $f\circ\varphi=o_b(g\circ\varphi)$. Il en est de même pour $O$ et $\sim$.
Cette règle vaut aussi avec une suite : si $f\sim_ag$ et $x_n\to a$, alors $f(x_n)\sim g(x_n)$.
Substitution
On a $f=\varepsilon g$ sur $V\cap I$, avec $\varepsilon\to0$ en $a$. Comme $\varphi(t)\to a$ quand $t\to b$, il existe un voisinage $W$ de $b$ tel que $\varphi(t)\in V$ pour tout $t\in W\cap J$. Alors, sur $W\cap J$, $f(\varphi(t))=\varepsilon(\varphi(t))\,g(\varphi(t))$, et $\varepsilon(\varphi(t))\to0$ quand $t\to b$ par composition des limites.
Équivalents usuels en $0$
$$\sin x\sim x,\quad\tan x\sim x,\quad\arcsin x\sim x,\quad\arctan x\sim x,\quad\operatorname{sh}x\sim x,$$ $$\ln(1+x)\sim x,\qquad e^x-1\sim x,\qquad(1+x)^\alpha-1\sim\alpha x\quad(\alpha\in\mathbb R^*),$$ $$1-\cos x\sim\frac{x^2}2,\qquad\operatorname{ch}x-1\sim\frac{x^2}2.$$
Équivalents usuels
Si $\varphi$ est dérivable en $0$ avec $\varphi'(0)\neq0$, alors $\frac{\varphi(x)-\varphi(0)}x\to\varphi'(0)$ (taux d'accroissement), donc $\varphi(x)-\varphi(0)\sim\varphi'(0)\,x$. On l'applique à $\sin$, $\tan$, $\arcsin$, $\arctan$, $\operatorname{sh}$, $x\mapsto\ln(1+x)$ et $\exp$, qui ont toutes une dérivée égale à $1$ en $0$, et à $x\mapsto(1+x)^\alpha$, de dérivée $\alpha$ en $0$.
Pour le cosinus : $1-\cos x=2\sin^2\frac x2$ et, par substitution, $\sin\frac x2\sim\frac x2$. Par produit, $1-\cos x\sim2\cdot\frac{x^2}4=\frac{x^2}2$. De même, $\operatorname{ch}x-1=2\operatorname{sh}^2\frac x2\sim\frac{x^2}2$.
Polynômes et croissances comparées
Un polynôme non nul est équivalent en $\pm\infty$ à son terme de plus haut degré, et en $0$ à son terme non nul de plus bas degré. Une fraction rationnelle est équivalente au quotient des équivalents du numérateur et du dénominateur.
Pour $\alpha>0$, $\beta>0$, $\gamma>0$ : $$(\ln x)^\alpha\underset{+\infty}{=}o(x^\beta),\qquad x^\beta\underset{+\infty}{=}o(e^{\gamma x}),\qquad|\ln x|^\alpha\underset{0^+}{=}o\left(\frac1{x^\beta}\right).$$
Calculs d'équivalents et de limites
-
Limite en $0$ de $f(x)=\dfrac{(e^{2x}-1)\ln(1+3x)}{1-\cos x}$. Par substitution, $e^{2x}-1\sim2x$ et $\ln(1+3x)\sim3x$ ; de plus $1-\cos x\sim\frac{x^2}2$. Par produit et quotient, $f(x)\sim\dfrac{2x\cdot3x}{x^2/2}=12$, donc $f(x)\to12$.
-
En $+\infty$ : $\ln\left(1+\frac1{x^2}\right)\sim\frac1{x^2}$ (substitution $u=\frac1{x^2}\to0$), et $x^3\sin\frac1x\sim x^3\cdot\frac1x=x^2$.
-
Le polynôme $x^3-2x^2+5x$ est équivalent à $5x$ en $0$ et à $x^3$ en $+\infty$.
Le point fait partie de la relation
Une relation de comparaison n'a de sens qu'avec son point : $x^2=o(x)$ en $0$, mais $x=o(x^2)$ en $+\infty$. On précise le point dès qu'une ambiguïté est possible. De même, $\sin x\sim x$ est vrai en $0$ et faux en $+\infty$.
3.Développements limités : définition et premières propriétés
Un équivalent ne donne que le premier terme du comportement local. Quand deux termes se compensent, ce premier terme disparaît et l'équivalent ne dit plus rien. Un développement limité donne plusieurs termes, avec un reste contrôlé : c'est l'outil qui permet de lever les compensations.
Développement limité
Soit $f:I\to\mathbb R$, $a$ un point de $I$ ou une extrémité réelle de $I$, et $n\in\mathbb N$. On dit que $f$ admet un développement limité à l'ordre $n$ en $a$, noté $\mathrm{DL}_n(a)$, s'il existe des réels $a_0,\dots,a_n$ tels que $$f(x)\underset{x\to a}{=}\sum_{k=0}^na_k(x-a)^k+o\big((x-a)^n\big).$$ Le polynôme $\sum_{k=0}^na_k(x-a)^k$ est la partie régulière du développement.
Se ramener en $0$
En posant $x=a+h$, $f$ admet un $\mathrm{DL}_n(a)$ si et seulement si $h\mapsto f(a+h)$ admet un $\mathrm{DL}_n(0)$ : $$f(a+h)\underset{h\to0}{=}\sum_{k=0}^na_kh^k+o(h^n).$$ Les énoncés suivants sont écrits en $0$ quand cela allège l'écriture.
La fonction $x\mapsto\frac1{1-x}$
Pour $x\neq1$ et $n\in\mathbb N$, la somme géométrique donne $\sum_{k=0}^nx^k=\frac{1-x^{n+1}}{1-x}$, donc $$\frac1{1-x}=\sum_{k=0}^nx^k+\frac{x^{n+1}}{1-x}.$$ Or $\frac{x^{n+1}}{1-x}=x^n\cdot\frac x{1-x}$ et $\frac x{1-x}\to0$ quand $x\to0$. Donc $$\frac1{1-x}\underset{x\to0}{=}1+x+x^2+\dots+x^n+o(x^n).$$
Unicité
Si $f$ admet un $\mathrm{DL}_n(a)$, les coefficients $a_0,\dots,a_n$ sont uniques.
Unicité
On se place en $0$. Supposons $\sum_{k=0}^na_kh^k+o(h^n)=\sum_{k=0}^nb_kh^k+o(h^n)$, d'où $\sum_{k=0}^n(a_k-b_k)h^k=o(h^n)$.
Par l'absurde, supposons que les deux familles de coefficients diffèrent et notons $p$ le plus petit indice tel que $a_p\neq b_p$. En divisant par $h^p$, pour $h\neq0$ : $$(a_p-b_p)+\sum_{k=p+1}^n(a_k-b_k)h^{k-p}=o(h^{n-p}).$$ Comme $n-p\geq0$, le membre de droite tend vers $0$ quand $h\to0$, et la somme de gauche aussi. Donc $a_p-b_p=0$, ce qui est contradictoire.
Troncature
Si $f(x)=\sum_{k=0}^na_k(x-a)^k+o\big((x-a)^n\big)$, alors pour tout $p\leq n$ : $$f(x)=\sum_{k=0}^pa_k(x-a)^k+o\big((x-a)^p\big).$$
Troncature
Pour $k>p$, $(x-a)^k=(x-a)^{k-p}(x-a)^p=o\big((x-a)^p\big)$ car $(x-a)^{k-p}\to0$. Par ailleurs $(x-a)^n=O\big((x-a)^p\big)$, donc $o\big((x-a)^n\big)=o\big((x-a)^p\big)$. On somme ces termes négligeables.
Parité
Soit $f$ définie sur un intervalle centré en $0$, admettant un $\mathrm{DL}_n(0)$ de coefficients $a_0,\dots,a_n$.
- Si $f$ est paire, $a_k=0$ pour tout $k$ impair.
- Si $f$ est impaire, $a_k=0$ pour tout $k$ pair.
Parité
Par substitution $x\mapsto-x$ : $f(-x)=\sum_{k=0}^n(-1)^ka_kx^k+o(x^n)$. Si $f$ est paire, $f(-x)=f(x)$ et l'unicité du DL donne $(-1)^ka_k=a_k$ pour tout $k$, d'où $a_k=0$ pour $k$ impair. Si $f$ est impaire, $f(-x)=-f(x)$ donne $(-1)^ka_k=-a_k$, d'où $a_k=0$ pour $k$ pair.
DL d'ordre $0$ et d'ordre $1$
Soit $a\in I$.
- $f$ admet un $\mathrm{DL}_0(a)$ si et seulement si $f$ est continue en $a$, et alors $a_0=f(a)$.
- $f$ admet un $\mathrm{DL}_1(a)$ si et seulement si $f$ est dérivable en $a$, et alors $f(x)=f(a)+f'(a)(x-a)+o(x-a)$.
Si $a$ est une extrémité de $I$ qui n'appartient pas à $I$, l'existence d'un $\mathrm{DL}_0(a)$ équivaut à ce que $f$ soit prolongeable par continuité en $a$.
Ordres $0$ et $1$
Ordre $0$ : $f(x)=a_0+o(1)$ signifie $f(x)\to a_0$ quand $x\to a$. Comme $a\in I$, cette limite vaut nécessairement $f(a)$ : c'est la continuité en $a$.
Ordre $1$ : si $f(x)=a_0+a_1(x-a)+o(x-a)$, la troncature et le point précédent donnent $a_0=f(a)$. Pour $x\neq a$, $\frac{f(x)-f(a)}{x-a}=a_1+o(1)\to a_1$ : $f$ est dérivable en $a$ et $f'(a)=a_1$.
Réciproquement, si $f$ est dérivable en $a$, posons $\varepsilon(x)=\frac{f(x)-f(a)}{x-a}-f'(a)$ pour $x\neq a$ et $\varepsilon(a)=0$. Alors $\varepsilon\to0$ en $a$ et $f(x)=f(a)+f'(a)(x-a)+\varepsilon(x)(x-a)$.
Un DL d'ordre 2 ne donne pas de dérivée seconde
Soit $f(x)=x^3\sin\frac1x$ pour $x\neq0$ et $f(0)=0$. Comme $|f(x)|\leq|x|^3$, on a $f(x)=o(x^2)$ : $f$ admet le $\mathrm{DL}_2(0)$ de partie régulière nulle.
Pourtant, $f'(0)=0$ et, pour $x\neq0$, $f'(x)=3x^2\sin\frac1x-x\cos\frac1x$. Le quotient $\frac{f'(x)-f'(0)}x=3x\sin\frac1x-\cos\frac1x$ n'a pas de limite en $0$ : $f$ n'est pas deux fois dérivable en $0$.
Forme normalisée et équivalent
Si $f(x)=\sum_{k=p}^na_k(x-a)^k+o\big((x-a)^n\big)$ avec $p\leq n$ et $a_p\neq0$, alors $$f(x)=(x-a)^p\Big(a_p+a_{p+1}(x-a)+\dots+a_n(x-a)^{n-p}+o\big((x-a)^{n-p}\big)\Big)$$ et $f(x)\underset{x\to a}{\sim}a_p(x-a)^p$. En particulier, au voisinage de $a$, $f(x)$ a le signe de $a_p(x-a)^p$.
Forme normalisée
La factorisation est immédiate, avec $o\big((x-a)^n\big)=(x-a)^p\,o\big((x-a)^{n-p}\big)$. La parenthèse tend vers $a_p\neq0$, donc $\frac{f(x)}{a_p(x-a)^p}\to1$ pour $x\neq a$. La conservation du signe par équivalence donne la dernière affirmation.
4.Formule de Taylor-Young et développements limités usuels
Primitivation d'un développement limité
Soit $f:I\to\mathbb R$ dérivable sur $I$ et $a\in I$. Si $f'$ admet un $\mathrm{DL}_n(a)$ : $$f'(x)=\sum_{k=0}^na_k(x-a)^k+o\big((x-a)^n\big),$$ alors $f$ admet un $\mathrm{DL}_{n+1}(a)$, obtenu en primitivant terme à terme sans oublier la constante $f(a)$ : $$f(x)=f(a)+\sum_{k=0}^n\frac{a_k}{k+1}(x-a)^{k+1}+o\big((x-a)^{n+1}\big).$$
Primitivation
Posons $g(x)=f(x)-f(a)-\sum_{k=0}^n\frac{a_k}{k+1}(x-a)^{k+1}$. La fonction $g$ est dérivable sur $I$, $g(a)=0$ et $g'(x)=f'(x)-\sum_{k=0}^na_k(x-a)^k=o\big((x-a)^n\big)$.
Soit $\varepsilon>0$. Il existe $\eta>0$ tel que $|g'(t)|\leq\varepsilon|t-a|^n$ pour tout $t\in I$ vérifiant $|t-a|\leq\eta$. Soit $x\in I$ avec $x\neq a$ et $|x-a|\leq\eta$. Le théorème des accroissements finis, appliqué à $g$ entre $a$ et $x$, fournit $c$ strictement compris entre $a$ et $x$ (donc $c\in I$) tel que $g(x)=g(x)-g(a)=g'(c)(x-a)$. Comme $|c-a|\leq|x-a|\leq\eta$ : $$|g(x)|\leq\varepsilon|c-a|^n|x-a|\leq\varepsilon|x-a|^{n+1}.$$ Ainsi $\frac{g(x)}{(x-a)^{n+1}}\to0$ quand $x\to a$, c'est-à-dire $g(x)=o\big((x-a)^{n+1}\big)$.
Dérivation d'un DL
On ne dérive pas un DL sans hypothèse. Pour $f(x)=x^3\sin\frac1x$ (et $f(0)=0$), le $\mathrm{DL}_2(0)$ est nul, mais $f'$ n'admet pas de $\mathrm{DL}_1(0)$ puisque $f'$ n'est pas dérivable en $0$.
En revanche, si $f$ admet un $\mathrm{DL}_n(a)$ et si l'on sait que $f'$ admet un $\mathrm{DL}_{n-1}(a)$ (par exemple parce que $f$ est de classe $\mathcal C^n$), la primitivation et l'unicité montrent que le DL de $f'$ s'obtient en dérivant la partie régulière de celui de $f$.
Formule de Taylor-Young
Soit $n\in\mathbb N$, $f:I\to\mathbb R$ de classe $\mathcal C^n$ sur $I$ et $a\in I$. Alors $f$ admet un $\mathrm{DL}_n(a)$, donné par $$f(x)\underset{x\to a}{=}\sum_{k=0}^n\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^k+o\big((x-a)^n\big).$$
Taylor-Young
Récurrence sur $n$. Notons $\mathcal P(n)$ : « pour toute fonction $f$ de classe $\mathcal C^n$ sur $I$, la formule est vraie à l'ordre $n$ ».
Initialisation : si $f$ est de classe $\mathcal C^0$, elle est continue en $a$, donc $f(x)=f(a)+o(1)$.
Hérédité : supposons $\mathcal P(n)$ et soit $f$ de classe $\mathcal C^{n+1}$ sur $I$. Alors $f'$ est de classe $\mathcal C^n$ et, par $\mathcal P(n)$ appliquée à $f'$ : $$f'(x)=\sum_{k=0}^n\frac{f^{(k+1)}(a)}{k!}(x-a)^k+o\big((x-a)^n\big).$$ Comme $f$ est dérivable sur $I$, le théorème de primitivation donne $$f(x)=f(a)+\sum_{k=0}^n\frac{f^{(k+1)}(a)}{(k+1)\,k!}(x-a)^{k+1}+o\big((x-a)^{n+1}\big)=\sum_{j=0}^{n+1}\frac{f^{(j)}(a)}{j!}(x-a)^j+o\big((x-a)^{n+1}\big),$$ où l'on a posé $j=k+1$ et utilisé $(k+1)\,k!=(k+1)!$. C'est $\mathcal P(n+1)$.
Usage de Taylor-Young
La formule de Taylor-Young est avant tout un résultat d'existence. Pour calculer un DL, dériver $n$ fois est rarement efficace : on combine les DL usuels (section suivante). Dans l'autre sens, si $f$ est de classe $\mathcal C^n$, l'unicité donne $f^{(k)}(a)=k!\,a_k$ : un DL calculé par opérations fournit les dérivées successives en $a$.
Hors programme : la formule reste vraie si $f$ est seulement $n$ fois dérivable en $a$.
Développements limités usuels en $0$
Pour $n\in\mathbb N$ et $\alpha\in\mathbb R$, quand $x\to0$ : $$e^x=\sum_{k=0}^n\frac{x^k}{k!}+o(x^n)=1+x+\frac{x^2}2+\dots+\frac{x^n}{n!}+o(x^n)$$ $$\operatorname{ch}x=\sum_{k=0}^n\frac{x^{2k}}{(2k)!}+o(x^{2n+1}),\qquad\operatorname{sh}x=\sum_{k=0}^n\frac{x^{2k+1}}{(2k+1)!}+o(x^{2n+2})$$ $$\cos x=\sum_{k=0}^n(-1)^k\frac{x^{2k}}{(2k)!}+o(x^{2n+1}),\qquad\sin x=\sum_{k=0}^n(-1)^k\frac{x^{2k+1}}{(2k+1)!}+o(x^{2n+2})$$ $$\frac1{1-x}=\sum_{k=0}^nx^k+o(x^n),\qquad\frac1{1+x}=\sum_{k=0}^n(-1)^kx^k+o(x^n)$$ $$\ln(1+x)=\sum_{k=1}^n(-1)^{k-1}\frac{x^k}k+o(x^n)=x-\frac{x^2}2+\frac{x^3}3-\dots+o(x^n)\quad(n\geq1)$$ $$(1+x)^\alpha=1+\alpha x+\frac{\alpha(\alpha-1)}{2!}x^2+\dots+\frac{\alpha(\alpha-1)\cdots(\alpha-n+1)}{n!}x^n+o(x^n)$$ $$\arctan x=\sum_{k=0}^n(-1)^k\frac{x^{2k+1}}{2k+1}+o(x^{2n+2})$$ $$\tan x=x+\frac{x^3}3+\frac{2x^5}{15}+o(x^5)$$
Justification des développements usuels
- $\exp$ est de classe $\mathcal C^\infty$ et $\exp^{(k)}(0)=1$ : on applique Taylor-Young.
- $\cos$ et $\sin$ sont de classe $\mathcal C^\infty$. Les dérivées successives de $\cos$ en $0$ valent cycliquement $1,0,-1,0$, d'où $\cos^{(2k)}(0)=(-1)^k$ et $\cos^{(2k+1)}(0)=0$. Taylor-Young à l'ordre $2n+1$ donne le DL annoncé, le terme de degré $2n+1$ étant nul ; c'est pourquoi le reste est $o(x^{2n+1})$. Même raisonnement pour $\sin$ à l'ordre $2n+2$, et pour $\operatorname{ch}$, $\operatorname{sh}$, dont les dérivées en $0$ valent alternativement $1$ et $0$, sans signe.
- $\frac1{1-x}$ : exemple de la section 3. $\frac1{1+x}$ s'en déduit par substitution $x\mapsto-x$.
- $x\mapsto\ln(1+x)$ est dérivable sur $]-1,+\infty[$, s'annule en $0$, et sa dérivée vérifie $\frac1{1+x}=\sum_{k=0}^{n-1}(-1)^kx^k+o(x^{n-1})$. Par primitivation, $\ln(1+x)=\sum_{k=0}^{n-1}(-1)^k\frac{x^{k+1}}{k+1}+o(x^n)$ ; en posant $j=k+1$, on obtient la formule annoncée.
- Sur $]-1,+\infty[$, la dérivée $k$-ième de $x\mapsto(1+x)^\alpha$ est $\alpha(\alpha-1)\cdots(\alpha-k+1)(1+x)^{\alpha-k}$ (récurrence immédiate) ; on applique Taylor-Young.
- Par substitution $u=x^2$ dans le $\mathrm{DL}_{n+1}(0)$ de $\frac1{1+u}$ : $\frac1{1+x^2}=\sum_{k=0}^n(-1)^kx^{2k}+(-1)^{n+1}x^{2n+2}+o(x^{2n+2})=\sum_{k=0}^n(-1)^kx^{2k}+o(x^{2n+1})$. On primitive, avec $\arctan0=0$.
- $\tan$ : calcul détaillé dans la section suivante.
Racines carrées
Avec $\alpha=\frac12$ : $\frac{\alpha(\alpha-1)}2=\frac{\frac12\cdot(-\frac12)}2=-\frac18$ et $\frac{\alpha(\alpha-1)(\alpha-2)}6=\frac{\frac12\cdot(-\frac12)\cdot(-\frac32)}6=\frac1{16}$, d'où $$\sqrt{1+x}=1+\frac x2-\frac{x^2}8+\frac{x^3}{16}+o(x^3).$$ Avec $\alpha=-\frac12$ : $\frac{(-\frac12)(-\frac32)}2=\frac38$ et $\frac{(-\frac12)(-\frac32)(-\frac52)}6=-\frac5{16}$, d'où $$\frac1{\sqrt{1+x}}=1-\frac x2+\frac{3x^2}8-\frac{5x^3}{16}+o(x^3).$$
DL en un point $a\neq0$ ou en $\pm\infty$
- Pour un DL en $a\in\mathbb R$, poser $x=a+h$ et chercher le DL de $h\mapsto f(a+h)$ en $0$.
- Faire apparaître une forme usuelle en factorisant : $\sqrt{a+h}=\sqrt a\sqrt{1+\frac ha}$, $e^{a+h}=e^ae^h$, $\ln(a+h)=\ln a+\ln\left(1+\frac ha\right)$ pour $a>0$.
- Revenir à $x$ en remplaçant $h$ par $x-a$, sans développer les puissances de $x-a$.
- En $\pm\infty$, poser $h=\frac1x$, qui tend vers $0$ : on obtient un développement suivant les puissances de $\frac1x$, appelé développement asymptotique.
DL de $\sqrt x$ à l'ordre 2 en $4$
On pose $x=4+h$. Alors $\sqrt{4+h}=2\sqrt{1+\frac h4}$ et, par substitution $u=\frac h4\to0$ dans le DL de $\sqrt{1+u}$ : $$\sqrt{4+h}=2\left(1+\frac h8-\frac{h^2}{128}+o(h^2)\right)=2+\frac h4-\frac{h^2}{64}+o(h^2).$$ Donc $\sqrt x=2+\frac{x-4}4-\frac{(x-4)^2}{64}+o\big((x-4)^2\big)$. Contrôle : la dérivée de $\sqrt x$ en $4$ vaut $\frac1{2\sqrt4}=\frac14$, ce qui est cohérent avec le coefficient de $x-4$.
5.Opérations sur les développements limités
Dans cette section, les DL sont pris en $0$. On calcule avec les parties régulières et on supprime au fur et à mesure tout terme négligeable devant $x^n$. Toute la difficulté est de choisir, avant de calculer, l'ordre auquel développer chaque morceau.
Somme et produit
Si $f(x)=P(x)+o(x^n)$ et $g(x)=Q(x)+o(x^n)$ avec $P$, $Q$ polynômes de degré au plus $n$, alors :
- $f+g$ admet un $\mathrm{DL}_n(0)$ de partie régulière $P+Q$ ;
- $fg$ admet un $\mathrm{DL}_n(0)$ dont la partie régulière est le polynôme $PQ$ tronqué au degré $n$ (on supprime les termes de degré strictement supérieur à $n$).
Produit
On a $f(x)g(x)=P(x)Q(x)+P(x)\,o(x^n)+Q(x)\,o(x^n)+o(x^n)\,o(x^n)$. Les polynômes $P$ et $Q$ sont bornés au voisinage de $0$, donc $P(x)\,o(x^n)=o(x^n)$ et $Q(x)\,o(x^n)=o(x^n)$. De plus $o(x^n)\,o(x^n)=o(x^{2n})=o(x^n)$. Enfin, les termes de $PQ$ de degré strictement supérieur à $n$ sont des $o(x^n)$.
Choisir les ordres dans un produit
Si le premier terme non nul de $f$ est de degré $p$ et celui de $g$ de degré $q$, on écrit $f(x)=x^pA(x)$ et $g(x)=x^qB(x)$. Alors $fg=x^{p+q}AB$ : pour obtenir $fg$ à l'ordre $n$, il suffit d'avoir $A$ et $B$ à l'ordre $n-p-q$, c'est-à-dire $f$ à l'ordre $n-q$ et $g$ à l'ordre $n-p$.
Développer trop loin n'est pas faux mais alourdit ; développer trop peu donne un résultat faux ou incomplet.
$e^x\sin x$ à l'ordre 3
Ici $p=0$ pour $e^x$ et $q=1$ pour $\sin x$ : il faut $e^x$ à l'ordre $2$ et $\sin x$ à l'ordre $3$. $$e^x\sin x=\left(1+x+\frac{x^2}2+o(x^2)\right)\left(x-\frac{x^3}6+o(x^3)\right).$$ Le produit $o(x^2)\cdot x$ est un $o(x^3)$. On garde les produits de degré au plus $3$ : $x+x^2+\frac{x^3}2-\frac{x^3}6$. Donc $$e^x\sin x=x+x^2+\frac{x^3}3+o(x^3).$$
Composition
Soit $u$ admettant un $\mathrm{DL}_n(0)$ avec $u(x)\xrightarrow[x\to0]{}0$ (coefficient constant nul), et $g$ admettant un $\mathrm{DL}_n(0)$ : $g(y)=\sum_{k=0}^nb_ky^k+o(y^n)$. Alors $g\circ u$ admet un $\mathrm{DL}_n(0)$, obtenu en remplaçant $y$ par le DL de $u(x)$ dans $\sum_{k=0}^nb_ky^k$, puis en tronquant au degré $n$.
Composition
Écrivons $g(y)=\sum_{k=0}^nb_ky^k+\varepsilon(y)y^n$ avec $\varepsilon(y)\to0$ quand $y\to0$. Comme $u(x)\to0$, on a $\varepsilon(u(x))\to0$ quand $x\to0$. Le coefficient constant du DL de $u$ étant nul, $u(x)=O(x)$ (pour $n\geq1$), donc $u(x)^n=O(x^n)$ et $\varepsilon(u(x))\,u(x)^n=o(x^n)$. Il reste $\sum_{k=0}^nb_ku(x)^k$, dont chaque terme se développe à l'ordre $n$ par produits.
Condition $u\to0$
On ne substitue $u(x)$ dans un DL en $0$ que si $u(x)\to0$. Pour $e^{\cos x}$, on a $\cos x\to1$ : on écrit d'abord $e^{\cos x}=e\cdot e^{\cos x-1}$, puis on substitue $u=\cos x-1$, qui tend vers $0$. Remplacer $y$ par $\cos x$ dans $1+y+\frac{y^2}2+\dots$ donne un résultat faux.
$e^{\sin x}$ à l'ordre 3
On pose $u=\sin x=x-\frac{x^3}6+o(x^3)$ : $u\to0$ et $u=O(x)$. Alors $e^u=1+u+\frac{u^2}2+\frac{u^3}6+o(u^3)$ avec $o(u^3)=o(x^3)$, et $$u^2=x^2+o(x^3),\qquad u^3=x^3+o(x^3).$$ Donc $$e^{\sin x}=1+\left(x-\frac{x^3}6\right)+\frac{x^2}2+\frac{x^3}6+o(x^3)=1+x+\frac{x^2}2+o(x^3).$$ Le coefficient de $x^3$ est nul.
$e^{\cos x}$ à l'ordre 4
$e^{\cos x}=e\cdot e^u$ avec $u=\cos x-1=-\frac{x^2}2+\frac{x^4}{24}+o(x^4)$. Comme $u=O(x^2)$, il suffit de $e^u=1+u+\frac{u^2}2+o(u^2)$, avec $o(u^2)=o(x^4)$ et $u^2=\frac{x^4}4+o(x^4)$. Donc $$e^{\cos x}=e\left(1-\frac{x^2}2+\frac{x^4}{24}+\frac{x^4}8\right)+o(x^4)=e-\frac e2x^2+\frac e6x^4+o(x^4).$$
Inverse et quotient
Si $g(0)\neq0$ et si $g$ admet un $\mathrm{DL}_n(0)$, on écrit $$\frac1{g(x)}=\frac1{g(0)}\cdot\frac1{1+v(x)},\qquad v(x)=\frac{g(x)}{g(0)}-1\xrightarrow[x\to0]{}0,$$ puis on compose avec $\frac1{1+v}=1-v+v^2-\dots+(-1)^nv^n+o(v^n)$. Ainsi $\frac1g$ admet un $\mathrm{DL}_n(0)$, et $\frac fg=f\cdot\frac1g$ s'obtient par produit.
Si $g(0)=0$, on met en facteur au numérateur et au dénominateur la plus grande puissance de $x$ possible (forme normalisée), puis on simplifie. On perd alors des ordres : il faut partir de DL plus précis.
$\frac1{\cos x}$ à l'ordre 4, puis $\tan x$ à l'ordre 5
$\cos x=1-v$ avec $v=\frac{x^2}2-\frac{x^4}{24}+o(x^4)$, $v\to0$ et $v=O(x^2)$. Donc $\frac1{1-v}=1+v+v^2+o(v^2)$, avec $o(v^2)=o(x^4)$ et $v^2=\frac{x^4}4+o(x^4)$ : $$\frac1{\cos x}=1+\frac{x^2}2-\frac{x^4}{24}+\frac{x^4}4+o(x^4)=1+\frac{x^2}2+\frac{5x^4}{24}+o(x^4).$$ Ensuite $\sin x=x\left(1-\frac{x^2}6+\frac{x^4}{120}+o(x^4)\right)$, donc $$\tan x=x\left(1-\frac{x^2}6+\frac{x^4}{120}\right)\left(1+\frac{x^2}2+\frac{5x^4}{24}\right)+o(x^5).$$ Coefficient de $x^2$ dans le produit des parenthèses : $-\frac16+\frac12=\frac13$. Coefficient de $x^4$ : $\frac1{120}-\frac1{12}+\frac5{24}=\frac{1-10+25}{120}=\frac{16}{120}=\frac2{15}$. Donc $$\tan x=x+\frac{x^3}3+\frac{2x^5}{15}+o(x^5).$$ Contrôle : $\tan$ est impaire, seuls des degrés impairs apparaissent. Comme $\tan$ est de classe $\mathcal C^\infty$, elle admet un $\mathrm{DL}_6(0)$ dont le coefficient de $x^6$ est nul par imparité : le reste est même $o(x^6)$.
$\frac x{\sin x}$ à l'ordre 2 : la perte d'ordre
$\sin x=x\left(1-\frac{x^2}6+o(x^2)\right)$ : il a fallu le DL de $\sin$ à l'ordre $3$ pour obtenir la parenthèse à l'ordre $2$. Pour $x\neq0$ : $$\frac x{\sin x}=\frac1{1-w},\qquad w=\frac{x^2}6+o(x^2).$$ Comme $w^2=O(x^4)=o(x^2)$, $\frac1{1-w}=1+w+o(x^2)$, d'où $\frac x{\sin x}=1+\frac{x^2}6+o(x^2)$.
Calculer un DL : démarche complète
- Se ramener en $0$ (poser $x=a+h$, ou $h=\frac1x$ en $\pm\infty$).
- Repérer la structure : somme, produit, composée, quotient.
- Déterminer l'ordre nécessaire pour chaque morceau, en tenant compte des premiers termes non nuls (produits, quotients par une puissance de $x$).
- Écrire les DL usuels à ces ordres et effectuer les opérations en tronquant au fur et à mesure.
- Contrôler : parité, premier terme cohérent avec l'équivalent connu, valeur en $0$, dérivée en $0$.
6.Applications
Calculer une limite ou un équivalent par DL
- Se ramener en $0$.
- Repérer les compensations : si les termes prépondérants s'annulent, développer chaque terme jusqu'au premier ordre où il reste un coefficient non nul.
- Écrire le résultat sous la forme $c\,x^p(1+o(1))$ avec $c\neq0$ : la quantité est alors équivalente à $cx^p$.
- Dans un quotient, développer numérateur et dénominateur jusqu'à leur premier terme non nul.
Limite en $0$ de $\frac1{\sin^2x}-\frac1{x^2}$
Pour $x\neq0$ voisin de $0$ : $\dfrac1{\sin^2x}-\dfrac1{x^2}=\dfrac{x^2-\sin^2x}{x^2\sin^2x}$.
Dénominateur : $x^2\sin^2x\sim x^4$. Numérateur : $\sin x=x-\frac{x^3}6+o(x^3)$, donc $\sin^2x=x^2-\frac{x^4}3+o(x^4)$ et $x^2-\sin^2x=\frac{x^4}3+o(x^4)\sim\frac{x^4}3$.
Par quotient d'équivalents, l'expression est équivalente à $\frac13$ : sa limite en $0$ est $\frac13$.
Limite en $+\infty$ de $x^2\left(e^{1/x}-1\right)-x$
On pose $h=\frac1x\to0^+$. Alors $e^{1/x}-1=\frac1x+\frac1{2x^2}+o\left(\frac1{x^2}\right)$, donc $$x^2\left(e^{1/x}-1\right)-x=x+\frac12+o(1)-x=\frac12+o(1).$$ La limite vaut $\frac12$. Un simple équivalent $e^{1/x}-1\sim\frac1x$ aurait donné une forme indéterminée $x-x$.
Tangente et position relative
Soit $a$ intérieur à $I$ et $f(x)=a_0+a_1(x-a)+a_p(x-a)^p+o\big((x-a)^p\big)$ avec $p\geq2$ et $a_p\neq0$ (premier coefficient non nul après le degré $1$).
- La tangente en $a$ a pour équation $y=a_0+a_1(x-a)$, car $a_0=f(a)$ et $a_1=f'(a)$.
- $f(x)-\big(a_0+a_1(x-a)\big)\sim a_p(x-a)^p$ : au voisinage de $a$, cette différence a le signe de $a_p(x-a)^p$.
- Si $p$ est pair, la courbe reste localement d'un seul côté de la tangente : au-dessus si $a_p>0$, en dessous si $a_p<0$. Si $p$ est impair, la courbe traverse sa tangente : point d'inflexion.
- Cas $f'(a)=0$ avec $p$ pair : $f$ admet en $a$ un minimum local si $a_p>0$, un maximum local si $a_p<0$.
$f(x)=e^x\cos x$ au voisinage de $0$
$$e^x\cos x=\left(1+x+\frac{x^2}2+\frac{x^3}6+o(x^3)\right)\left(1-\frac{x^2}2+o(x^3)\right).$$ Coefficients : degré $2$ : $\frac12-\frac12=0$ ; degré $3$ : $\frac16-\frac12=-\frac13$. Donc $$e^x\cos x=1+x-\frac{x^3}3+o(x^3).$$ La tangente en $0$ est $y=1+x$, et $f(x)-(1+x)\sim-\frac{x^3}3$. Cette quantité est négative pour $x>0$ et positive pour $x<0$ : la courbe traverse sa tangente, le point d'abscisse $0$ est un point d'inflexion.
Asymptote oblique et position
Si, quand $x\to+\infty$, $f(x)=\alpha x+\beta+\frac\gamma{x^k}+o\left(\frac1{x^k}\right)$ avec $k\geq1$ et $\gamma\neq0$, alors la droite $y=\alpha x+\beta$ est asymptote à la courbe en $+\infty$, et $f(x)-(\alpha x+\beta)\sim\frac\gamma{x^k}$ donne la position relative.
Pour obtenir ce développement : mettre en facteur le terme dominant (souvent $x$), poser $h=\frac1x$, développer en $0$, revenir à $x$. Même démarche en $-\infty$, où $\frac1x$ est négatif.
$f(x)=xe^{1/x}$ sur $\mathbb R^*$
Quand $x\to\pm\infty$, $\frac1x\to0$ et $e^{1/x}=1+\frac1x+\frac1{2x^2}+o\left(\frac1{x^2}\right)$. Donc $$f(x)=x+1+\frac1{2x}+o\left(\frac1x\right).$$ La droite $y=x+1$ est asymptote en $+\infty$ et en $-\infty$. De plus $f(x)-(x+1)\sim\frac1{2x}$ : la courbe est au-dessus de l'asymptote au voisinage de $+\infty$ et en dessous au voisinage de $-\infty$.
Développements asymptotiques
Un développement suivant des fonctions de référence de plus en plus négligeables (par exemple $n$, $1$, $\frac1n$, $\frac1{n^2}$) s'appelle un développement asymptotique. Le programme présente cette notion sur des exemples : aucune théorie générale n'est exigible, mais la technique est classique aux concours.
Développement de $\left(1+\frac1n\right)^n$
On écrit $u_n=\left(1+\frac1n\right)^n=\exp\left(n\ln\left(1+\frac1n\right)\right)$. Par substitution $x=\frac1n\to0$ : $$n\ln\left(1+\frac1n\right)=n\left(\frac1n-\frac1{2n^2}+\frac1{3n^3}+o\left(\frac1{n^3}\right)\right)=1-\frac1{2n}+\frac1{3n^2}+o\left(\frac1{n^2}\right).$$ Donc $u_n=e\cdot e^{w_n}$ avec $w_n=-\frac1{2n}+\frac1{3n^2}+o\left(\frac1{n^2}\right)\to0$. Comme $w_n=O\left(\frac1n\right)$, $e^{w_n}=1+w_n+\frac{w_n^2}2+o\left(\frac1{n^2}\right)$ et $w_n^2=\frac1{4n^2}+o\left(\frac1{n^2}\right)$. D'où $$u_n=e-\frac e{2n}+\left(\frac13+\frac18\right)\frac e{n^2}+o\left(\frac1{n^2}\right)=e-\frac e{2n}+\frac{11e}{24n^2}+o\left(\frac1{n^2}\right).$$ En particulier $u_n-e\sim-\dfrac e{2n}$ : la suite tend vers $e$ par valeurs inférieures, lentement.
Suite définie implicitement : $\tan x=x$
Pour $n\geq1$, soit $I_n=\left]n\pi-\frac\pi2,n\pi+\frac\pi2\right[$ et $g(x)=\tan x-x$ sur $I_n$.
Existence et unicité : $g$ est continue, $g'(x)=\tan^2x\geq0$ ne s'annule qu'en $n\pi$, donc $g$ est strictement croissante ; ses limites aux bornes de $I_n$ sont $-\infty$ et $+\infty$. Par le théorème de la bijection, l'équation $\tan x=x$ a une unique solution $x_n\in I_n$.
Premier terme : $n\pi-\frac\pi2<x_n<n\pi+\frac\pi2$, donc $x_n\sim n\pi$ et $x_n\to+\infty$.
Deuxième terme : $x_n-n\pi\in\left]-\frac\pi2,\frac\pi2\right[$ et $\tan(x_n-n\pi)=\tan x_n=x_n$, donc $x_n-n\pi=\arctan x_n$. Comme $x_n\to+\infty$, $\arctan x_n\to\frac\pi2$ : $x_n=n\pi+\frac\pi2+o(1)$.
Troisième terme : pour $t>0$, $\arctan t=\frac\pi2-\arctan\frac1t$. Avec $\frac1{x_n}\to0$ et $\arctan y=y+o(y)$ : $$x_n=n\pi+\frac\pi2-\frac1{x_n}+o\left(\frac1{x_n}\right).$$ Or $x_n\sim n\pi$ donne $\frac1{x_n}=\frac1{n\pi}+o\left(\frac1n\right)$ et $o\left(\frac1{x_n}\right)=o\left(\frac1n\right)$. Finalement $$x_n=n\pi+\frac\pi2-\frac1{n\pi}+o\left(\frac1n\right).$$
Développement asymptotique d'une suite implicite
- Établir l'existence et l'unicité de $x_n$ (monotonie stricte, théorème de la bijection).
- Obtenir un premier terme par encadrement.
- Réécrire l'équation sous la forme $x_n=\text{(terme connu)}+\varphi(x_n)$ où $\varphi(x_n)$ se développe grâce au terme déjà obtenu.
- Réinjecter le développement obtenu pour gagner un terme, et recommencer autant que demandé.