Structures algébriques usuelles
Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.
Groupes, anneaux et corps sont les cadres communs à des objets déjà rencontrés : nombres, fonctions, permutations, polynômes, matrices. Les reconnaître permet de démontrer une seule fois des règles de calcul valables partout, puis de transporter des résultats d'un ensemble à un autre grâce aux morphismes.
Prérequis
- Ensembles et applications : injection, surjection, bijection, composée, application réciproque, image directe et image réciproque d'une partie
- Nombres complexes : module, exponentielle $e^{i\theta}$, racines $n$-ièmes de l'unité — Revoir Nombres complexes
- Division euclidienne dans $\mathbb Z$
- Raisonnement par récurrence, coefficients binomiaux et formule de Pascal
- Irrationalité de $\sqrt 2$
À la fin du chapitre, on sait
- Reconnaître une loi de composition interne et vérifier associativité, commutativité, existence d'un neutre et de symétriques
- Connaître la définition d'un groupe et les exemples de référence : $(\mathbb Z,+)$, $(\mathbb C^*,\times)$, $(\mathbb U,\times)$, $(\mathbb U_n,\times)$, $(S(E),\circ)$
- Montrer qu'une partie est un sous-groupe à l'aide de la caractérisation
- Connaître les sous-groupes de $\mathbb Z$
- Manipuler les morphismes de groupes, calculer un noyau et une image, utiliser le critère d'injectivité par le noyau
- Connaître les définitions d'anneau, de sous-anneau, d'anneau intègre, de morphisme d'anneaux et de corps
- Déterminer le groupe des inversibles d'un anneau
- Utiliser la formule du binôme et la factorisation de $a^n-b^n$ en vérifiant l'hypothèse de commutation
1.Lois de composition interne
Loi de composition interne
Soit $E$ un ensemble. Une loi de composition interne sur $E$ est une application $$E\times E\to E,\qquad (x,y)\mapsto x\star y.$$ Le mot « interne » signifie que $x\star y$ appartient à $E$ pour tous $x,y\in E$. Le couple $(E,\star)$ est appelé ensemble muni d'une loi.
Lois usuelles
- L'addition et la multiplication sont des lois internes sur $\mathbb N$, $\mathbb Z$, $\mathbb Q$, $\mathbb R$, $\mathbb C$.
- La soustraction est une loi interne sur $\mathbb Z$, mais pas sur $\mathbb N$ : $2-3\notin\mathbb N$.
- La composition $\circ$ est une loi interne sur l'ensemble $E^E=\mathcal F(E,E)$ des applications de $E$ dans $E$.
- L'intersection $\cap$ et la réunion $\cup$ sont des lois internes sur $\mathcal P(E)$.
- La division n'est pas une loi interne sur $\mathbb R$ (division par $0$), mais elle l'est sur $\mathbb R^*$.
Associativité, commutativité, élément neutre
Soit $\star$ une loi interne sur $E$.
- $\star$ est associative si $\forall x,y,z\in E,\ (x\star y)\star z=x\star(y\star z)$.
- $\star$ est commutative si $\forall x,y\in E,\ x\star y=y\star x$.
- $e\in E$ est élément neutre si $\forall x\in E,\ e\star x=x\star e=x$.
Lorsque la loi est associative, on peut écrire $x\star y\star z$ sans parenthèses.
Unicité du neutre
Si une loi admet un élément neutre, celui-ci est unique.
Unicité du neutre
Soient $e$ et $e'$ deux éléments neutres. Comme $e'$ est neutre, $e\star e'=e$. Comme $e$ est neutre, $e\star e'=e'$. Donc $e=e'$.
Élément symétrisable
On suppose $\star$ associative et munie d'un neutre $e$. Un élément $x\in E$ est symétrisable s'il existe $y\in E$ tel que $$x\star y=y\star x=e.$$ Un tel $y$ est appelé symétrique de $x$. En notation multiplicative, on dit « inversible » et on note $x^{-1}$ ; en notation additive, on dit « opposé » et on note $-x$.
Unicité et symétrique d'un produit
On suppose $\star$ associative avec neutre $e$.
- Si $x$ est symétrisable, son symétrique est unique.
- Si $x$ et $y$ sont symétrisables, de symétriques $x'$ et $y'$, alors $x\star y$ est symétrisable, de symétrique $y'\star x'$.
- Si $x$ est symétrisable de symétrique $x'$, alors $x'$ est symétrisable de symétrique $x$.
Unicité et symétrique d'un produit
- Soient $y$ et $z$ deux symétriques de $x$. Par associativité, $$y=y\star e=y\star(x\star z)=(y\star x)\star z=e\star z=z.$$
- Par associativité, $(x\star y)\star(y'\star x')=x\star(y\star y')\star x'=x\star e\star x'=x\star x'=e$. De même $(y'\star x')\star(x\star y)=y'\star(x'\star x)\star y=y'\star y=e$.
- Les égalités $x\star x'=x'\star x=e$ sont symétriques en $x$ et $x'$.
Symétrisables dans quelques cas
- Dans $(\mathbb N,+)$, le neutre est $0$ et seul $0$ est symétrisable.
- Dans $(\mathbb Z,\times)$, le neutre est $1$ et les symétrisables sont $1$ et $-1$.
- Dans $(E^E,\circ)$, le neutre est $\mathrm{id}_E$ ; les symétrisables sont exactement les bijections, et le symétrique de $f$ est sa réciproque $f^{-1}$.
- Dans $(\mathcal P(E),\cup)$, le neutre est $\varnothing$ ; seul $\varnothing$ est symétrisable, car $A\cup B=\varnothing$ impose $A=\varnothing$.
Vérifier les deux côtés
Si la loi n'est pas commutative, l'égalité $x\star y=e$ ne suffit pas. Dans $(\mathbb N^{\mathbb N},\circ)$, soient $s(n)=n+1$ et $g(n)=\max(n-1,0)$. Alors $g\circ s=\mathrm{id}_{\mathbb N}$, mais $s\circ g(0)=s(0)=1\neq 0$, donc $s\circ g\neq\mathrm{id}_{\mathbb N}$. L'application $s$ n'est pas symétrisable : elle n'est pas surjective.
Partie stable, loi induite, distributivité
- Une partie $F\subset E$ est stable par $\star$ si $\forall x,y\in F,\ x\star y\in F$. La restriction de $\star$ à $F\times F$ est alors une loi interne sur $F$, appelée loi induite.
- Si $\star$ et $\top$ sont deux lois sur $E$, $\star$ est distributive sur $\top$ si pour tous $x,y,z\in E$ : $$x\star(y\top z)=(x\star y)\top(x\star z)\quad\text{et}\quad (y\top z)\star x=(y\star x)\top(z\star x).$$ Exemple : $\times$ est distributive sur $+$ dans $\mathbb R$ ; $\cap$ est distributive sur $\cup$ dans $\mathcal P(E)$.
Étudier une loi donnée par une formule
- Vérifier que la loi est interne : $x\star y$ reste dans l'ensemble.
- Commutativité : comparer $x\star y$ et $y\star x$.
- Associativité : calculer $(x\star y)\star z$ et $x\star(y\star z)$. Une identité algébrique qui « factorise » la loi simplifie souvent le calcul.
- Neutre : résoudre $x\star e=x$ pour tout $x$, puis vérifier $e\star x=x$.
- Symétrique : pour $x$ fixé, résoudre $x\star y=e$ en $y$, puis vérifier $y\star x=e$.
La loi $x\star y=x+y-xy$ sur $\mathbb R$
La loi est interne sur $\mathbb R$ et commutative. L'identité clé est $$1-x\star y=1-x-y+xy=(1-x)(1-y).$$ Associativité. $1-(x\star y)\star z=(1-x\star y)(1-z)=(1-x)(1-y)(1-z)$, et de même $1-x\star(y\star z)=(1-x)(1-y)(1-z)$. Donc $(x\star y)\star z=x\star(y\star z)$.
Neutre. $x\star 0=x+0-0=x$ : le neutre est $0$.
Symétriques. $x\star y=0\iff(1-x)(1-y)=1$. Si $x=1$, c'est impossible : d'ailleurs $1\star y=1$ pour tout $y$. Si $x\neq 1$, on obtient $1-y=\dfrac{1}{1-x}$, soit $$y=\frac{x}{x-1}.$$ Conclusion : $0$ est neutre, et les éléments symétrisables sont les réels $x\neq 1$.
2.Groupes
Groupe
Un groupe est un ensemble $G$ muni d'une loi interne $\star$ telle que :
- $\star$ est associative ;
- $\star$ admet un élément neutre $e$ ;
- tout élément de $G$ est symétrisable.
Le groupe est abélien (ou commutatif) si de plus $\star$ est commutative.
En notation multiplicative, on écrit $xy$, $e$ ou $1$, $x^{-1}$. La notation additive $x+y$, $0$, $-x$ est réservée aux groupes abéliens.
Groupes de référence
| Groupe | Neutre | Symétrique de $x$ | Abélien |
|---|---|---|---|
| $(\mathbb Z,+)$, $(\mathbb Q,+)$, $(\mathbb R,+)$, $(\mathbb C,+)$ | $0$ | $-x$ | oui |
| $(\mathbb Q^*,\times)$, $(\mathbb R^*,\times)$, $(\mathbb R_+^*,\times)$, $(\mathbb C^*,\times)$ | $1$ | $1/x$ | oui |
| $(\mathbb U,\times)$ | $1$ | $\bar x=1/x$ | oui |
| $(\mathbb U_n,\times)$ | $1$ | $\bar x$ | oui |
| $(S(E),\circ)$ | $\mathrm{id}_E$ | $x^{-1}$ (réciproque) | non si $E$ a au moins 3 éléments |
Ici $\mathbb U=\{z\in\mathbb C,\ |z|=1\}$, $\mathbb U_n=\{e^{2ik\pi/n},\ k\in\{0,\dots,n-1\}\}$ (qui a $n$ éléments) et $S(E)$ est l'ensemble des bijections de $E$ dans $E$. Pour $E=\{1,\dots,n\}$, on note $S_n$ le groupe symétrique, qui a $n!$ éléments.
Ce ne sont pas des groupes : $(\mathbb N,+)$ ($1$ n'a pas d'opposé), $(\mathbb Z,\times)$ ($2$ n'est pas inversible), $(\mathbb R,\times)$ ($0$ n'est pas inversible), $(\mathbb Z,-)$ (la soustraction n'est pas associative : $(1-1)-1=-1$ et $1-(1-1)=1$).
$S_3$ n'est pas abélien
Soient $\tau_1$ la permutation qui échange $1$ et $2$, et $\tau_2$ celle qui échange $2$ et $3$. Alors $\tau_1\circ\tau_2(1)=\tau_1(1)=2$ et $\tau_2\circ\tau_1(1)=\tau_2(2)=3$. Donc $\tau_1\circ\tau_2\neq\tau_2\circ\tau_1$. Le même argument, appliqué à trois éléments distincts, montre que $S(E)$ n'est pas abélien dès que $E$ a au moins 3 éléments.
Règles de calcul dans un groupe
Soit $(G,\cdot)$ un groupe de neutre $e$. Pour tous $a,b,x,y,z\in G$ :
- Simplification : $xy=xz\Rightarrow y=z$ et $yx=zx\Rightarrow y=z$.
- L'équation $ax=b$ a une unique solution $x=a^{-1}b$ ; l'équation $xa=b$ a une unique solution $x=ba^{-1}$.
- $(xy)^{-1}=y^{-1}x^{-1}$ et $(x^{-1})^{-1}=x$.
Règles de calcul
- Si $xy=xz$, on multiplie à gauche par $x^{-1}$ : $x^{-1}(xy)=x^{-1}(xz)$, donc par associativité $ey=ez$, soit $y=z$. Même raisonnement à droite.
- $x=a^{-1}b$ convient : $a(a^{-1}b)=eb=b$. Si $ax=b$, alors en multipliant à gauche par $a^{-1}$, $x=a^{-1}b$. D'où existence et unicité.
- C'est la propriété du symétrique d'un produit, vue dans la section précédente.
Puissances
Dans un groupe $(G,\cdot)$, pour $x\in G$ on pose $x^0=e$, $x^{n+1}=x^n x$ pour $n\in\mathbb N$, et $x^{-n}=(x^{-1})^n$ pour $n\in\mathbb N^*$.
En notation additive, on écrit $n\cdot x$ ou $nx$ : par exemple $3x=x+x+x$ et $(-2)x=-x-x$.
Règles sur les puissances
Pour $x\in G$ et $m,n\in\mathbb Z$ : $$x^{m+n}=x^m x^n,\qquad (x^m)^n=x^{mn},\qquad (x^n)^{-1}=x^{-n}.$$ Si de plus $xy=yx$, alors $(xy)^n=x^ny^n$ pour tout $n\in\mathbb Z$.
$(xy)^n\neq x^ny^n$ en général
Dans un groupe non abélien, $(xy)^2=xyxy$, qui n'a aucune raison de valoir $xxyy$. Dans $S_3$, avec les transpositions $\tau_1,\tau_2$ ci-dessus : $\tau_1^2=\tau_2^2=\mathrm{id}$, donc $\tau_1^2\tau_2^2=\mathrm{id}$, alors que $(\tau_1\tau_2)^2\neq\mathrm{id}$ ($\tau_1\tau_2$ est la permutation $1\mapsto 2\mapsto 3\mapsto 1$, et son carré envoie $1$ sur $3$).
Groupe produit
Si $(G,\cdot)$ et $(G',*)$ sont deux groupes, $G\times G'$ muni de la loi $$(x,x')\,(y,y')=(x\cdot y,\ x'*y')$$ est un groupe, de neutre $(e,e')$, le symétrique de $(x,x')$ étant $(x^{-1},x'^{-1})$. Exemples : $(\mathbb R^2,+)$, $((\mathbb R^*)^n,\times)$.
Un groupe défini par une formule
On reprend $x\star y=x+y-xy$ et on pose $G=\mathbb R\setminus\{1\}$.
- Loi interne sur $G$ : si $x\neq1$ et $y\neq1$, alors $1-x\star y=(1-x)(1-y)\neq0$, donc $x\star y\in G$.
- Associativité : déjà établie sur $\mathbb R$, elle reste vraie sur $G$.
- Neutre : $0\in G$.
- Symétrique : pour $x\in G$, le symétrique $\dfrac{x}{x-1}$ est dans $G$, car $\dfrac{x}{x-1}=1$ donnerait $x=x-1$.
Donc $(G,\star)$ est un groupe abélien.
Montrer qu'un ensemble muni d'une loi est un groupe
Trois stratégies, de la plus directe à la plus efficace :
- Vérifier les axiomes un par un : loi interne, associativité, neutre, symétriques.
- Montrer que l'ensemble est un sous-groupe d'un groupe connu (section suivante). L'associativité est alors héritée, et il reste peu de choses à vérifier.
- Trouver une bijection vers un groupe connu qui transforme une loi en l'autre (section sur les morphismes). Dans l'exemple précédent, $\varphi:x\mapsto1-x$ est une bijection de $\mathbb R\setminus\{1\}$ sur $\mathbb R^*$ telle que $\varphi(x\star y)=\varphi(x)\varphi(y)$.
3.Sous-groupes
Sous-groupe
Soit $(G,\cdot)$ un groupe de neutre $e$. Une partie $H\subset G$ est un sous-groupe de $G$ si :
- $e\in H$ ;
- $\forall x,y\in H,\ xy\in H$ (stabilité par la loi) ;
- $\forall x\in H,\ x^{-1}\in H$ (stabilité par passage au symétrique).
Alors $H$, muni de la loi induite, est un groupe. Son neutre est $e$ et le symétrique d'un élément est le même dans $H$ et dans $G$.
Caractérisation des sous-groupes
Une partie $H$ de $G$ est un sous-groupe de $G$ si et seulement si $$H\neq\varnothing\qquad\text{et}\qquad\forall x,y\in H,\ xy^{-1}\in H.$$ En notation additive, la condition devient : $H\neq\varnothing$ et $\forall x,y\in H,\ x-y\in H$.
Caractérisation des sous-groupes
Sens direct. Si $H$ est un sous-groupe, $e\in H$ donc $H\neq\varnothing$. Pour $x,y\in H$, on a $y^{-1}\in H$ par le point 3, puis $xy^{-1}\in H$ par le point 2.
Réciproque. Soit $a\in H$ (il en existe un car $H\neq\varnothing$).
- Avec $x=y=a$ : $aa^{-1}=e\in H$.
- Pour $y\in H$, avec $x=e$ : $ey^{-1}=y^{-1}\in H$.
- Pour $x,y\in H$ : $y^{-1}\in H$, donc $x(y^{-1})^{-1}=xy\in H$.
Les trois conditions de la définition sont vérifiées.
Sous-groupes classiques
- $\{e\}$ et $G$ sont des sous-groupes de $G$, dits triviaux.
- Pour $n\in\mathbb N$, $n\mathbb Z=\{nk,\ k\in\mathbb Z\}$ est un sous-groupe de $(\mathbb Z,+)$ : il contient $0$, et $nk-nk'=n(k-k')\in n\mathbb Z$.
- $\mathbb U$ est un sous-groupe de $(\mathbb C^*,\times)$ : $1\in\mathbb U$, et pour $z,w\in\mathbb U$, $|zw^{-1}|=|z|/|w|=1$.
- $\mathbb U_n$ est un sous-groupe de $\mathbb U$ : $1^n=1$, et pour $z,w\in\mathbb U_n$, $(zw^{-1})^n=z^n(w^n)^{-1}=1$ (le groupe est abélien).
- $\mathbb R_+^*$ est un sous-groupe de $(\mathbb R^*,\times)$, mais $\mathbb R_-^*$ n'en est pas un : $1\notin\mathbb R_-^*$, et $(-1)\times(-1)=1\notin\mathbb R_-^*$.
- $\mathbb Z[\sqrt2]=\{a+b\sqrt2,\ a,b\in\mathbb Z\}$ est un sous-groupe de $(\mathbb R,+)$ : $0=0+0\sqrt2$, et $(a+b\sqrt2)-(c+d\sqrt2)=(a-c)+(b-d)\sqrt2$.
Montrer qu'une partie est un sous-groupe
- Identifier le groupe ambiant $G$ et vérifier que $H\subset G$.
- Montrer que $e\in H$ (c'est la façon la plus simple de prouver $H\neq\varnothing$).
- Prendre $x,y\in H$ quelconques et montrer que $xy^{-1}\in H$ (ou $x-y\in H$ en notation additive).
- Conclure : $H$ est un sous-groupe de $G$, donc un groupe pour la loi induite.
Pour montrer qu'une partie n'est pas un sous-groupe, il suffit d'un contre-exemple : $e\notin H$, ou deux éléments dont le produit sort de $H$, ou un élément dont le symétrique sort de $H$.
Intersection de sous-groupes
Toute intersection d'une famille (finie ou non) de sous-groupes de $G$ est un sous-groupe de $G$.
Intersection de sous-groupes
Soit $(H_i)_{i\in I}$ une famille de sous-groupes, $I\neq\varnothing$, et $H=\bigcap_{i\in I}H_i$. Pour tout $i$, $e\in H_i$, donc $e\in H$. Soient $x,y\in H$. Pour tout $i$, $x,y\in H_i$, donc $xy^{-1}\in H_i$ car $H_i$ est un sous-groupe. Ainsi $xy^{-1}\in H$. Par la caractérisation, $H$ est un sous-groupe.
La réunion de deux sous-groupes n'est pas un sous-groupe en général
$2\mathbb Z\cup3\mathbb Z$ contient $2$ et $3$, mais pas $2+3=5$. Ce n'est pas un sous-groupe de $\mathbb Z$. On montre en exercice classique que $H\cup K$ est un sous-groupe si et seulement si $H\subset K$ ou $K\subset H$.
Sous-groupes de $\mathbb Z$
Les sous-groupes de $(\mathbb Z,+)$ sont exactement les $n\mathbb Z$, pour $n\in\mathbb N$. De plus, l'entier $n$ associé à un sous-groupe $H$ est unique.
Sous-groupes de $\mathbb Z$
On a vu que chaque $n\mathbb Z$ est un sous-groupe. Réciproquement, soit $H$ un sous-groupe de $\mathbb Z$.
Si $H=\{0\}$, alors $H=0\mathbb Z$.
Sinon, $H$ contient un $x\neq0$, donc aussi $-x$ : $H\cap\mathbb N^*$ est une partie non vide de $\mathbb N$. Elle admet un plus petit élément $n\geq1$.
- $n\mathbb Z\subset H$ : par récurrence, $kn\in H$ pour tout $k\in\mathbb N$ (car $(k+1)n=kn+n$), puis $-kn\in H$ par passage à l'opposé.
- $H\subset n\mathbb Z$ : soit $x\in H$. La division euclidienne donne $x=nq+r$ avec $q\in\mathbb Z$ et $0\leq r<n$. Alors $r=x-nq$ est dans $H$, comme différence de deux éléments de $H$. Si $r\geq1$, on aurait un élément de $H\cap\mathbb N^*$ strictement inférieur à $n$ : contradiction. Donc $r=0$ et $x\in n\mathbb Z$.
Ainsi $H=n\mathbb Z$.
Unicité. $0\mathbb Z=\{0\}$, et pour $n\geq1$, $n$ est le plus petit élément strictement positif de $n\mathbb Z$. Donc $n$ est déterminé par $H$.
Usage en arithmétique
Si $a,b\in\mathbb Z$, l'ensemble $a\mathbb Z+b\mathbb Z=\{au+bv,\ u,v\in\mathbb Z\}$ est un sous-groupe de $\mathbb Z$. Il s'écrit donc $d\mathbb Z$ avec $d\in\mathbb N$, et l'on montre que $d$ est le PGCD de $a$ et $b$. Ce point de vue donne une preuve de la relation de Bézout.
4.Morphismes de groupes, noyau et image
Morphisme de groupes
Soient $(G,\cdot)$ et $(G',*)$ deux groupes. Une application $f:G\to G'$ est un morphisme de groupes si $$\forall x,y\in G,\quad f(x\cdot y)=f(x)*f(y).$$ Un morphisme bijectif est un isomorphisme. Un morphisme de $G$ dans $G$ est un endomorphisme ; un endomorphisme bijectif est un automorphisme. Deux groupes sont isomorphes s'il existe un isomorphisme de l'un sur l'autre.
Morphismes de référence
- $\exp:(\mathbb R,+)\to(\mathbb R_+^*,\times)$, car $e^{x+y}=e^xe^y$. C'est un isomorphisme, de réciproque $\ln$.
- $\theta\mapsto e^{i\theta}$, de $(\mathbb R,+)$ dans $(\mathbb U,\times)$.
- $z\mapsto|z|$, de $(\mathbb C^*,\times)$ dans $(\mathbb R_+^*,\times)$.
- $z\mapsto z^n$, de $(\mathbb C^*,\times)$ dans lui-même, pour $n\in\mathbb Z$.
- $k\mapsto nk$, de $(\mathbb Z,+)$ dans lui-même.
- $z\mapsto\bar z$ est un automorphisme de $(\mathbb C,+)$ et de $(\mathbb C^*,\times)$.
Contre-exemple : $x\mapsto x+1$ n'est pas un morphisme de $(\mathbb R,+)$, car $(x+y)+1\neq(x+1)+(y+1)$.
Premières propriétés
Soit $f:G\to G'$ un morphisme de groupes, $e$ et $e'$ les neutres. Alors :
- $f(e)=e'$ ;
- $\forall x\in G,\ f(x^{-1})=f(x)^{-1}$ ;
- $\forall x\in G,\ \forall n\in\mathbb Z,\ f(x^n)=f(x)^n$.
Premières propriétés
On note multiplicativement les deux lois.
- $f(e)=f(ee)=f(e)f(e)$. En simplifiant par $f(e)$ dans le groupe $G'$ : $e'=f(e)$.
- $f(x)f(x^{-1})=f(xx^{-1})=f(e)=e'$, et de même $f(x^{-1})f(x)=e'$. Donc $f(x^{-1})$ est l'inverse de $f(x)$.
- Pour $n\in\mathbb N$, récurrence : $f(x^0)=f(e)=e'=f(x)^0$, et $f(x^{n+1})=f(x^nx)=f(x^n)f(x)=f(x)^nf(x)=f(x)^{n+1}$. Pour $n<0$ : $f(x^n)=f((x^{-1})^{-n})=f(x^{-1})^{-n}=(f(x)^{-1})^{-n}=f(x)^n$.
Composée et réciproque
- La composée de deux morphismes de groupes est un morphisme de groupes.
- La réciproque d'un isomorphisme de groupes est un isomorphisme de groupes.
Composée et réciproque
- Si $f:G\to G'$ et $g:G'\to G''$ sont des morphismes, $g\circ f(xy)=g(f(x)f(y))=g(f(x))\,g(f(y))$.
- Soit $f:G\to G'$ un isomorphisme. $f^{-1}$ est bijective. Soient $x',y'\in G'$ et $x=f^{-1}(x')$, $y=f^{-1}(y')$. Alors $f(xy)=f(x)f(y)=x'y'$, donc $f^{-1}(x'y')=xy=f^{-1}(x')f^{-1}(y')$.
Images directe et réciproque d'un sous-groupe
Soit $f:G\to G'$ un morphisme de groupes.
- Si $H$ est un sous-groupe de $G$, alors $f(H)$ est un sous-groupe de $G'$.
- Si $H'$ est un sous-groupe de $G'$, alors $f^{-1}(H')=\{x\in G,\ f(x)\in H'\}$ est un sous-groupe de $G$.
Images directe et réciproque d'un sous-groupe
- $e\in H$ donc $e'=f(e)\in f(H)$. Soient $x',y'\in f(H)$ : il existe $x,y\in H$ avec $x'=f(x)$, $y'=f(y)$. Alors $x'y'^{-1}=f(x)f(y)^{-1}=f(x)f(y^{-1})=f(xy^{-1})$, et $xy^{-1}\in H$. Donc $x'y'^{-1}\in f(H)$.
- $f(e)=e'\in H'$ donc $e\in f^{-1}(H')$. Soient $x,y\in f^{-1}(H')$ : $f(xy^{-1})=f(x)f(y)^{-1}\in H'$ car $f(x),f(y)\in H'$ et $H'$ est un sous-groupe. Donc $xy^{-1}\in f^{-1}(H')$.
Noyau et image
Soit $f:G\to G'$ un morphisme de groupes.
- Le noyau de $f$ est $\mathrm{Ker}\,f=f^{-1}(\{e'\})=\{x\in G,\ f(x)=e'\}$. C'est un sous-groupe de $G$.
- L'image de $f$ est $\mathrm{Im}\,f=f(G)$. C'est un sous-groupe de $G'$.
Ce sont des cas particuliers de la propriété précédente, avec $H'=\{e'\}$ et $H=G$.
Critère d'injectivité
Un morphisme de groupes $f:G\to G'$ est injectif si et seulement si $\mathrm{Ker}\,f=\{e\}$.
Par définition, $f$ est surjectif si et seulement si $\mathrm{Im}\,f=G'$.
Critère d'injectivité
Sens direct. On a toujours $e\in\mathrm{Ker}\,f$. Si $x\in\mathrm{Ker}\,f$, alors $f(x)=e'=f(e)$, donc $x=e$ par injectivité.
Réciproque. Supposons $\mathrm{Ker}\,f=\{e\}$. Soient $x,y\in G$ avec $f(x)=f(y)$. Alors $f(xy^{-1})=f(x)f(y)^{-1}=e'$, donc $xy^{-1}\in\mathrm{Ker}\,f$, d'où $xy^{-1}=e$, puis $x=y$.
Structure des solutions de $f(x)=b$
Le calcul précédent montre que $f(x)=f(x_0)\iff x_0^{-1}x\in\mathrm{Ker}\,f$. Si $x_0$ est une solution de $f(x)=b$, l'ensemble des solutions est donc $$x_0\,\mathrm{Ker}\,f=\{x_0k,\ k\in\mathrm{Ker}\,f\}.$$ C'est la même structure que pour les équations différentielles linéaires : solution particulière « fois » solutions de l'équation homogène. Exemple : $e^{i\theta}=e^{i\theta_0}\iff\theta\in\theta_0+2\pi\mathbb Z$.
Noyaux et images
- $\varphi:\theta\mapsto e^{i\theta}$ de $(\mathbb R,+)$ dans $(\mathbb U,\times)$ : $\mathrm{Ker}\,\varphi=2\pi\mathbb Z$ et $\mathrm{Im}\,\varphi=\mathbb U$. Le morphisme est surjectif, non injectif.
- $f:z\mapsto z^n$ sur $(\mathbb C^*,\times)$, $n\geq1$ : $\mathrm{Ker}\,f=\mathbb U_n$, et $\mathrm{Im}\,f=\mathbb C^*$ car tout complexe non nul admet une racine $n$-ième. Pour $n\geq2$, $f$ est surjectif mais non injectif.
- $g:z\mapsto|z|$ de $(\mathbb C^*,\times)$ dans $(\mathbb R_+^*,\times)$ : $\mathrm{Ker}\,g=\mathbb U$ (le neutre d'arrivée est $1$, pas $0$) et $\mathrm{Im}\,g=\mathbb R_+^*$ car $g(r)=r$ pour $r>0$.
- $\varphi:x\mapsto1-x$ de $(\mathbb R\setminus\{1\},\star)$ dans $(\mathbb R^*,\times)$ : c'est un morphisme car $1-x\star y=(1-x)(1-y)$. Son noyau est $\{x,\ 1-x=1\}=\{0\}$ : il est injectif. Il est surjectif car $t=\varphi(1-t)$ avec $1-t\neq1$ pour $t\neq0$. C'est un isomorphisme.
Utiliser noyau et image
- Pour montrer qu'un morphisme est injectif : résoudre $f(x)=e'$ et montrer que la seule solution est $e$. Attention au neutre d'arrivée : $0$ en notation additive, $1$ en notation multiplicative.
- Pour montrer qu'une partie est un sous-groupe : l'écrire comme noyau ou image d'un morphisme. Ainsi $\mathbb U=\mathrm{Ker}(z\mapsto|z|)$ et $\mathbb U_n=\mathrm{Ker}(z\mapsto z^n)$ sont des sous-groupes de $\mathbb C^*$ sans autre calcul.
- Pour montrer que deux groupes sont isomorphes : exhiber un morphisme, puis vérifier noyau trivial et image égale au groupe d'arrivée.
5.Anneaux et groupe des inversibles
Anneau
Un anneau est un ensemble $A$ muni de deux lois internes $+$ et $\times$ telles que :
- $(A,+)$ est un groupe abélien, de neutre noté $0_A$ ;
- $\times$ est associative et admet un élément neutre noté $1_A$ ;
- $\times$ est distributive sur $+$, à gauche et à droite : $a(b+c)=ab+ac$ et $(b+c)a=ba+ca$.
L'anneau est commutatif si $\times$ est commutative.
Anneaux usuels
- $(\mathbb Z,+,\times)$, $(\mathbb Q,+,\times)$, $(\mathbb R,+,\times)$, $(\mathbb C,+,\times)$ : anneaux commutatifs.
- $(\mathcal F(X,\mathbb R),+,\times)$, fonctions de $X$ dans $\mathbb R$ avec les opérations point par point : anneau commutatif, de neutres la fonction nulle et la fonction constante égale à $1$.
- $(\mathbb R^{\mathbb N},+,\times)$ : suites réelles, opérations terme à terme.
- $\mathbb K[X]$ (polynômes) et $\mathcal M_n(\mathbb K)$ (matrices carrées), étudiés dans d'autres chapitres. Pour $n\geq2$, $\mathcal M_n(\mathbb K)$ n'est pas commutatif.
- L'anneau nul $\{0\}$, dans lequel $1=0$. C'est le seul : si $1_A=0_A$, alors pour tout $a$, $a=a\cdot1_A=a\cdot0_A=0_A$ (règle démontrée ci-dessous).
- $(\mathbb N,+,\times)$ n'est pas un anneau : $(\mathbb N,+)$ n'est pas un groupe.
Règles de calcul
Dans un anneau $A$, pour tous $a,b\in A$ :
- $a\cdot0_A=0_A\cdot a=0_A$ ;
- $(-a)b=a(-b)=-(ab)$ et $(-a)(-b)=ab$ ;
- pour $n\in\mathbb Z$, $(na)b=a(nb)=n(ab)$, où $na$ désigne le multiple dans le groupe $(A,+)$.
Règles de calcul
- Par distributivité, $a\cdot0=a(0+0)=a\cdot0+a\cdot0$. En simplifiant dans le groupe $(A,+)$ : $a\cdot0=0$. Même calcul pour $0\cdot a$.
- $ab+(-a)b=(a+(-a))b=0\cdot b=0$, donc $(-a)b$ est l'opposé de $ab$. De même pour $a(-b)$. Enfin $(-a)(-b)=-(a(-b))=-(-(ab))=ab$.
- Par récurrence sur $n\geq0$ à l'aide de la distributivité, puis le point 2 pour $n<0$.
Binôme de Newton et factorisation de $a^n-b^n$
Soient $A$ un anneau et $a,b\in A$ qui commutent ($ab=ba$). Pour tout $n\in\mathbb N$ : $$(a+b)^n=\sum_{k=0}^{n}\binom nk a^kb^{n-k},$$ et pour tout $n\in\mathbb N^*$ : $$a^n-b^n=(a-b)\sum_{k=0}^{n-1}a^kb^{n-1-k}.$$ En particulier, $1-a^n=(1-a)(1+a+\dots+a^{n-1})$ pour tout $a\in A$, car $a$ commute avec $1$.
Binôme et factorisation
Factorisation. Comme $ab=ba$, on peut réordonner les produits : $$(a-b)\sum_{k=0}^{n-1}a^kb^{n-1-k}=\sum_{k=0}^{n-1}a^{k+1}b^{n-1-k}-\sum_{k=0}^{n-1}a^kb^{n-k}.$$ Avec $j=k+1$ dans la première somme, on obtient $\sum_{j=1}^{n}a^jb^{n-j}-\sum_{k=0}^{n-1}a^kb^{n-k}=a^n-b^n$ par télescopage. Le passage $b\,a^k=a^k\,b$ utilise l'hypothèse $ab=ba$.
Binôme. Récurrence sur $n$. Pour $n=0$ : $1=1$. Si la formule vaut au rang $n$ : $$(a+b)^{n+1}=(a+b)\sum_{k=0}^n\binom nk a^kb^{n-k}=\sum_{k=0}^n\binom nk a^{k+1}b^{n-k}+\sum_{k=0}^n\binom nk a^kb^{n+1-k},$$ où l'on a utilisé $b\,a^k=a^k\,b$. En réindexant la première somme et avec la formule de Pascal $\binom n{k-1}+\binom nk=\binom{n+1}k$, on obtient $\sum_{k=0}^{n+1}\binom{n+1}k a^kb^{n+1-k}$.
L'hypothèse de commutation est indispensable
Sans elle, $(a+b)^2=a^2+ab+ba+b^2$, qui diffère de $a^2+2ab+b^2$ dès que $ab\neq ba$. C'est le cas courant pour les matrices. Avant d'appliquer le binôme dans $\mathcal M_n(\mathbb K)$, il faut vérifier que les deux matrices commutent.
Sous-anneau
Une partie $B$ d'un anneau $A$ est un sous-anneau de $A$ si :
- $1_A\in B$ ;
- $\forall x,y\in B,\ x-y\in B$ ;
- $\forall x,y\in B,\ xy\in B$.
Alors $B$, muni des lois induites, est un anneau de même unité $1_A$. Les points 1 et 2 font de $(B,+)$ un sous-groupe de $(A,+)$.
Sous-anneaux
- $\mathbb Z\subset\mathbb Q\subset\mathbb R\subset\mathbb C$ : chacun est un sous-anneau du suivant.
- $\mathbb Z[i]=\{a+ib,\ a,b\in\mathbb Z\}$ (entiers de Gauss) est un sous-anneau de $\mathbb C$ : $1=1+0i$ ; la différence de deux éléments est dans $\mathbb Z[i]$ ; et $(a+ib)(c+id)=(ac-bd)+i(ad+bc)$ avec $ac-bd,\ ad+bc\in\mathbb Z$.
- $\mathcal C^0(\mathbb R,\mathbb R)$ est un sous-anneau de $\mathcal F(\mathbb R,\mathbb R)$.
- $2\mathbb Z$ n'est pas un sous-anneau de $\mathbb Z$ : il ne contient pas $1$.
Une partie stable qui est un anneau n'est pas forcément un sous-anneau
Dans l'anneau produit $\mathbb R^2$, d'unité $(1,1)$, la partie $B=\{(x,0),\ x\in\mathbb R\}$ est stable par différence et produit, et c'est un anneau d'unité $(1,0)$. Mais $(1,1)\notin B$ : $B$ n'est pas un sous-anneau de $\mathbb R^2$. Le point $1_A\in B$ ne se déduit pas des deux autres.
Morphisme d'anneaux
Soient $A$ et $B$ deux anneaux. Une application $f:A\to B$ est un morphisme d'anneaux si pour tous $x,y\in A$ : $$f(x+y)=f(x)+f(y),\qquad f(xy)=f(x)f(y),\qquad f(1_A)=1_B.$$ Un morphisme d'anneaux bijectif est un isomorphisme ; sa réciproque est encore un morphisme d'anneaux (même preuve que pour les groupes, appliquée aux deux lois). Le noyau d'un morphisme d'anneaux est son noyau en tant que morphisme de groupes additifs : $\mathrm{Ker}\,f=\{x\in A,\ f(x)=0_B\}$.
Morphismes d'anneaux
- La conjugaison $z\mapsto\bar z$ est un automorphisme de l'anneau $\mathbb C$.
- Pour $x_0\in X$, l'évaluation $f\mapsto f(x_0)$ est un morphisme d'anneaux de $\mathcal F(X,\mathbb R)$ dans $\mathbb R$.
- L'application $x\mapsto(x,0)$ de $\mathbb R$ dans $\mathbb R^2$ respecte l'addition et la multiplication, mais envoie $1$ sur $(1,0)\neq(1,1)$ : ce n'est pas un morphisme d'anneaux. La condition $f(1_A)=1_B$ doit être vérifiée à part.
Anneau intègre
Un élément $a\neq0$ d'un anneau commutatif $A$ est un diviseur de zéro s'il existe $b\neq0$ tel que $ab=0$.
Un anneau $A$ est intègre s'il est commutatif, non nul ($1_A\neq0_A$), et sans diviseur de zéro : $$\forall a,b\in A,\quad ab=0\Rightarrow(a=0\ \text{ou}\ b=0).$$
Intègre ou non
- $\mathbb Z$, $\mathbb Q$, $\mathbb R$, $\mathbb C$ sont intègres. Tout sous-anneau d'un anneau intègre est intègre ; par exemple $\mathbb Z[i]$.
- $\mathcal F(\mathbb R,\mathbb R)$ n'est pas intègre : avec $f(x)=\max(x,0)$ et $g(x)=\max(-x,0)$, on a $fg=0$ alors que $f\neq0$ et $g\neq0$.
- $\mathbb R^2$ n'est pas intègre : $(1,0)(0,1)=(0,0)$.
Simplification dans un anneau intègre
Dans un anneau intègre, si $ab=ac$ et $a\neq0$, alors $b=c$.
Simplification
$ab=ac$ donne $a(b-c)=0$. Comme $a\neq0$ et que l'anneau est intègre, $b-c=0$.
Groupe des inversibles
Un élément $a$ d'un anneau $A$ est inversible s'il existe $b\in A$ tel que $ab=ba=1_A$. L'inverse $b$ est unique et noté $a^{-1}$. On note $A^\times$ (ou $U(A)$) l'ensemble des inversibles de $A$.
$A^\times$ est un groupe
Pour tout anneau $A$, $(A^\times,\times)$ est un groupe, appelé groupe des inversibles de $A$.
$A^\times$ est un groupe
- Loi interne : si $a,b\in A^\times$, alors $(ab)(b^{-1}a^{-1})=a(bb^{-1})a^{-1}=aa^{-1}=1$ et de même $(b^{-1}a^{-1})(ab)=1$. Donc $ab\in A^\times$.
- Associativité : héritée de celle de $\times$ dans $A$.
- Neutre : $1\cdot1=1$, donc $1\in A^\times$, et $1$ est neutre.
- Inverses : si $a\in A^\times$, les égalités $aa^{-1}=a^{-1}a=1$ montrent que $a^{-1}\in A^\times$, d'inverse $a$.
Groupes d'inversibles
- $\mathbb Z^\times=\{-1,1\}$ : si $ab=1$ dans $\mathbb Z$, alors $|a|\,|b|=1$ avec $|a|,|b|$ entiers naturels non nuls, donc $|a|=1$.
- $\mathbb Q^\times=\mathbb Q^*$, $\mathbb R^\times=\mathbb R^*$, $\mathbb C^\times=\mathbb C^*$.
- $\mathcal F(X,\mathbb R)^\times$ est l'ensemble des fonctions qui ne s'annulent pas : si $fg=1$, $f(x)g(x)=1$ impose $f(x)\neq0$ ; réciproquement l'inverse est $x\mapsto1/f(x)$.
- $\mathbb Z[i]^\times=\{1,-1,i,-i\}$. Ces quatre éléments sont inversibles ($i\times(-i)=1$). Réciproquement, si $zw=1$ avec $z,w\in\mathbb Z[i]$, alors $|z|^2|w|^2=1$. Or $|a+ib|^2=a^2+b^2$ est un entier naturel, non nul ici. Donc $a^2+b^2=1$, d'où $(a,b)\in\{(\pm1,0),(0,\pm1)\}$.
Un inversible n'est pas diviseur de zéro
Si $a\in A^\times$ et $ab=0$, alors $b=a^{-1}(ab)=a^{-1}\cdot0=0$. La réciproque est fausse : dans $\mathbb Z$, $2$ n'est pas diviseur de zéro, mais n'est pas inversible.
Déterminer les inversibles à l'aide d'une norme
- Trouver une application $N:A\to B$ multiplicative ($N(xy)=N(x)N(y)$, $N(1)=1$) vers un anneau $B$ dont on connaît les inversibles (souvent $\mathbb Z$).
- Si $x$ est inversible, $N(x)N(x^{-1})=N(1)=1$, donc $N(x)\in B^\times$ : c'est une condition nécessaire.
- Étudier la réciproque, souvent en exhibant l'inverse.
Exemple : $\mathbb Z[\sqrt2]$. Comme $\sqrt2$ est irrationnel, l'écriture $x=a+b\sqrt2$ avec $a,b\in\mathbb Z$ est unique, et l'on peut poser $\bar x=a-b\sqrt2$ et $N(x)=x\bar x=a^2-2b^2\in\mathbb Z$. Un calcul direct montre $\overline{xy}=\bar x\,\bar y$, donc $N(xy)=N(x)N(y)$.
- Si $x$ est inversible, $N(x)\in\mathbb Z^\times$, donc $N(x)=\pm1$.
- Si $N(x)=\varepsilon\in\{-1,1\}$, alors $x\cdot(\varepsilon\bar x)=\varepsilon^2=1$, et $\varepsilon\bar x\in\mathbb Z[\sqrt2]$.
Ainsi $x\in\mathbb Z[\sqrt2]^\times\iff a^2-2b^2=\pm1$. Par exemple $N(1+\sqrt2)=1-2=-1$, et $(1+\sqrt2)(\sqrt2-1)=2-1=1$. Comme $1+\sqrt2>1$, ses puissances sont deux à deux distinctes : ce groupe d'inversibles est infini.
6.Corps
Corps
Un corps est un anneau commutatif $K$, non nul ($1_K\neq0_K$), dans lequel tout élément non nul est inversible : $$K^\times=K\setminus\{0\}.$$
Corps usuels
- $\mathbb Q$, $\mathbb R$, $\mathbb C$ sont des corps.
- $\mathbb Z$ n'est pas un corps : $2\neq0$ n'est pas inversible dans $\mathbb Z$.
- $\mathcal F(\mathbb R,\mathbb R)$ n'est pas un corps : la fonction $x\mapsto x$ est non nulle mais s'annule en $0$, donc n'est pas inversible.
Hors programme de première année
Les corps finis $\mathbb Z/p\mathbb Z$, pour $p$ premier, sont étudiés en deuxième année (MP). Les structures où tout élément non nul est inversible mais où la multiplication n'est pas commutative (par exemple les quaternions) ne sont pas des corps au sens du programme.
Un corps est intègre
Tout corps est un anneau intègre.
Un corps est intègre
Un corps est commutatif et non nul par définition. Soient $a,b\in K$ avec $ab=0$. Si $a\neq0$, $a$ est inversible et $b=a^{-1}(ab)=a^{-1}\cdot0=0$. Donc $a=0$ ou $b=0$.
Sous-corps
Une partie $L$ d'un corps $K$ est un sous-corps de $K$ si $L$ est un sous-anneau de $K$ et si $$\forall x\in L\setminus\{0\},\quad x^{-1}\in L.$$ Alors $L$, muni des lois induites, est un corps.
Montrer qu'un ensemble est un corps
- Le voir comme partie d'un corps connu ($\mathbb R$ ou $\mathbb C$ le plus souvent).
- Vérifier que c'est un sous-anneau : il contient $1$, il est stable par différence et par produit.
- Pour $x\neq0$ dans la partie, calculer $x^{-1}$ dans le grand corps et montrer qu'il appartient à la partie. Pour une expression avec racine carrée, on multiplie par la « quantité conjuguée ».
$\mathbb Q(\sqrt2)$ est un corps
Soit $L=\{a+b\sqrt2,\ a,b\in\mathbb Q\}\subset\mathbb R$.
Sous-anneau. $1=1+0\sqrt2\in L$. La différence de deux éléments de $L$ est dans $L$. Et $$(a+b\sqrt2)(c+d\sqrt2)=(ac+2bd)+(ad+bc)\sqrt2\in L.$$ Inverses. Soit $x=a+b\sqrt2\neq0$, avec $a,b\in\mathbb Q$. Montrons que $a-b\sqrt2\neq0$. Si $b\neq0$, l'égalité $a-b\sqrt2=0$ donnerait $\sqrt2=a/b\in\mathbb Q$, ce qui est faux. Si $b=0$, alors $a=x\neq0$. Ainsi $a^2-2b^2=(a+b\sqrt2)(a-b\sqrt2)$ est un rationnel non nul, et $$\frac1x=\frac{a-b\sqrt2}{a^2-2b^2}=\frac{a}{a^2-2b^2}-\frac{b}{a^2-2b^2}\sqrt2\in L.$$ Donc $L$ est un sous-corps de $\mathbb R$, et en particulier un corps. Exemple numérique : $\dfrac1{3+\sqrt2}=\dfrac{3-\sqrt2}{9-2}=\dfrac37-\dfrac17\sqrt2$.
Tout sous-corps de $\mathbb R$ contient $\mathbb Q$
Si $L$ est un sous-corps de $\mathbb R$ (ou de $\mathbb C$), alors $\mathbb Q\subset L$.
Tout sous-corps contient $\mathbb Q$
$1\in L$ et $(L,+)$ est un sous-groupe, donc $L$ contient tous les multiples entiers $n\cdot1=n$ : $\mathbb Z\subset L$. Pour $p\in\mathbb Z$ et $q\in\mathbb N^*$, $q\in L\setminus\{0\}$, donc $q^{-1}\in L$, puis $p\times q^{-1}=p/q\in L$ par stabilité par produit.
Un morphisme de corps est injectif
Si $K$ est un corps, $B$ un anneau non nul et $f:K\to B$ un morphisme d'anneaux, alors $f$ est injectif.
Injectivité d'un morphisme de corps
Par le critère d'injectivité appliqué au morphisme de groupes $(K,+)\to(B,+)$, il suffit de montrer $\mathrm{Ker}\,f=\{0\}$. Soit $x\neq0$ tel que $f(x)=0$. Alors $1_B=f(1_K)=f(xx^{-1})=f(x)f(x^{-1})=0\cdot f(x^{-1})=0_B$, ce qui contredit $B\neq\{0\}$. Donc $\mathrm{Ker}\,f=\{0\}$.