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Programme de Prépa, 1re année › Espaces préhilbertiens réels
Prépa · MPSI / MP2I

Espaces préhilbertiens réels

Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.

Ce chapitre ajoute à l'algèbre linéaire une notion de longueur et d'angle droit, grâce au produit scalaire. Il permet de résoudre des problèmes d'approximation (meilleure approximation d'une fonction par un polynôme, distance d'un point à un plan, moindres carrés) par une construction géométrique unique : la projection orthogonale.

Prérequis

  • Espaces vectoriels réels, sous-espaces, familles libres et génératrices, bases, dimension
  • Sommes directes, sous-espaces supplémentaires, projecteurs
  • Applications linéaires, formule du rang
  • Matrices : transposée, trace, produit
  • Intégrale d'une fonction continue sur un segment, positivité de l'intégrale
  • Polynômes : un polynôme non nul a un nombre fini de racines

À la fin du chapitre, on sait

  • Reconnaître et démontrer qu'une application est un produit scalaire
  • Énoncer et démontrer l'inégalité de Cauchy-Schwarz avec son cas d'égalité, et l'utiliser pour majorer
  • Manipuler la norme associée : inégalité triangulaire, identités de polarisation et du parallélogramme
  • Utiliser l'orthogonalité : théorème de Pythagore, liberté des familles orthogonales, coordonnées dans une base orthonormée
  • Appliquer le procédé de Gram-Schmidt à une famille libre
  • Déterminer l'orthogonal d'un sous-espace et justifier $E=F\oplus F^\perp$ lorsque $F$ est de dimension finie
  • Calculer une projection orthogonale et la distance d'un vecteur à un sous-espace de dimension finie

1.1. Produit scalaire

Dans tout le chapitre, $E$ désigne un $\mathbb{R}$-espace vectoriel. On cherche à munir $E$ d'une opération qui généralise le produit scalaire du plan et de l'espace : elle doit permettre de parler de longueur, d'orthogonalité et de projection, y compris dans des espaces de fonctions, de polynômes ou de matrices.

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Définition

Produit scalaire

Un produit scalaire sur $E$ est une application $\varphi : E\times E\to\mathbb{R}$, notée $(x,y)\mapsto\langle x,y\rangle$, qui est :

  • bilinéaire : pour tout $y$, $x\mapsto\langle x,y\rangle$ est linéaire, et pour tout $x$, $y\mapsto\langle x,y\rangle$ est linéaire ;
  • symétrique : $\langle x,y\rangle=\langle y,x\rangle$ pour tous $x,y$ ;
  • positive : $\langle x,x\rangle\geqslant 0$ pour tout $x$ ;
  • définie : $\langle x,x\rangle=0\implies x=0$.

Un espace préhilbertien réel est un couple $(E,\langle\cdot,\cdot\rangle)$. S'il est de dimension finie, on parle d'espace euclidien.

Notations usuelles : $\langle x,y\rangle$, $(x\mid y)$, $x\cdot y$.

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Remarque

Symétrie et bilinéarité

Si $\varphi$ est symétrique, il suffit de vérifier la linéarité par rapport à une seule variable : la linéarité par rapport à l'autre s'en déduit par symétrie. Par bilinéarité, $\langle 0,y\rangle=0$ pour tout $y$.

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Exemple

Produits scalaires de référence

Ces produits scalaires sont dits canoniques ou usuels.

  • Sur $\mathbb{R}^n$ : $\langle x,y\rangle=\displaystyle\sum_{i=1}^n x_iy_i$. Matriciellement, $\langle X,Y\rangle=X^\top Y$ pour des colonnes $X,Y$.
  • Sur $\mathcal{M}_n(\mathbb{R})$ : $\langle A,B\rangle=\operatorname{tr}(A^\top B)=\displaystyle\sum_{1\leqslant i,j\leqslant n}a_{ij}b_{ij}$.
  • Sur $\mathcal{C}([a,b],\mathbb{R})$ avec $a<b$ : $\langle f,g\rangle=\displaystyle\int_a^b f(t)g(t)\,\mathrm{d}t$.

Pour la trace : le coefficient diagonal d'indice $(j,j)$ de $A^\top B$ vaut $\sum_i a_{ij}b_{ij}$, d'où la seconde écriture. On reconnaît le produit scalaire canonique de $\mathbb{R}^{n^2}$ appliqué aux coefficients.

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Méthode

Montrer qu'une application est un produit scalaire

  1. Vérifier que $\varphi$ est bien à valeurs réelles et bien définie (intégrale qui existe, etc.).
  2. Vérifier la symétrie.
  3. Vérifier la linéarité à gauche (ou à droite) ; la bilinéarité suit par symétrie.
  4. Vérifier la positivité : $\varphi(x,x)$ s'écrit souvent comme une somme de carrés ou l'intégrale d'un carré.
  5. Vérifier le caractère défini : supposer $\varphi(x,x)=0$ et en déduire $x=0$. C'est l'étape qui demande un vrai argument :
    • somme de carrés nulle : chaque carré est nul ;
    • intégrale nulle d'une fonction continue et positive sur $[a,b]$ : la fonction est nulle sur $[a,b]$ ;
    • polynôme qui s'annule en une infinité de points (ou en plus de points que son degré) : il est nul.
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Exemple

Un produit scalaire sur les polynômes

Sur $\mathbb{R}[X]$, on pose $\langle P,Q\rangle=\displaystyle\int_0^1 P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t$.

  • Symétrie : évidente.
  • Linéarité à gauche : par linéarité de l'intégrale, $\langle \lambda P_1+P_2,Q\rangle=\lambda\langle P_1,Q\rangle+\langle P_2,Q\rangle$.
  • Positivité : $\langle P,P\rangle=\int_0^1 P(t)^2\,\mathrm{d}t\geqslant 0$.
  • Défini : si $\int_0^1P(t)^2\,\mathrm{d}t=0$, la fonction $t\mapsto P(t)^2$ est continue, positive, d'intégrale nulle sur $[0,1]$, donc nulle sur $[0,1]$. Le polynôme $P$ a alors une infinité de racines, donc $P=0$.

C'est donc un produit scalaire.

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Attention

Le caractère défini peut échouer

Sur $\mathbb{R}[X]$, l'application $\varphi(P,Q)=P(0)Q(0)+P(1)Q(1)$ est bilinéaire, symétrique, positive, mais pas définie : pour $P=X(X-1)$, $\varphi(P,P)=0$ alors que $P\neq 0$.

En revanche, sur $\mathbb{R}_1[X]$, la même formule définit un produit scalaire : si $P(0)^2+P(1)^2=0$, alors $P$ de degré au plus $1$ a deux racines, donc $P=0$. Le caractère défini dépend de l'espace.

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2.2. Norme associée et inégalité de Cauchy-Schwarz

Définition

Norme associée

La norme associée au produit scalaire est $\|x\|=\sqrt{\langle x,x\rangle}$. La distance associée est $d(x,y)=\|x-y\|$.

Un vecteur $x$ est unitaire (ou normé) si $\|x\|=1$. Pour $x\neq 0$, $\dfrac{x}{\|x\|}$ est unitaire.

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Propriété

Développements et identités de polarisation

Pour tous $x,y\in E$ : $$\|x+y\|^2=\|x\|^2+2\langle x,y\rangle+\|y\|^2,\qquad \|x-y\|^2=\|x\|^2-2\langle x,y\rangle+\|y\|^2.$$ On en déduit les identités de polarisation, qui expriment le produit scalaire à l'aide de la norme : $$\langle x,y\rangle=\frac12\left(\|x+y\|^2-\|x\|^2-\|y\|^2\right)=\frac14\left(\|x+y\|^2-\|x-y\|^2\right),$$ et l'identité du parallélogramme : $$\|x+y\|^2+\|x-y\|^2=2\left(\|x\|^2+\|y\|^2\right).$$

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Démonstration

Preuve

Par bilinéarité et symétrie : $$\|x+y\|^2=\langle x+y,x+y\rangle=\langle x,x\rangle+\langle x,y\rangle+\langle y,x\rangle+\langle y,y\rangle=\|x\|^2+2\langle x,y\rangle+\|y\|^2.$$ On remplace $y$ par $-y$ pour la seconde égalité. La première identité de polarisation s'obtient en isolant $\langle x,y\rangle$. En soustrayant les deux développements, on obtient $\|x+y\|^2-\|x-y\|^2=4\langle x,y\rangle$. En les ajoutant, on obtient l'identité du parallélogramme.

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Théorème

Inégalité de Cauchy-Schwarz

Pour tous $x,y\in E$ : $$|\langle x,y\rangle|\leqslant\|x\|\,\|y\|.$$ Cas d'égalité : $|\langle x,y\rangle|=\|x\|\,\|y\|$ si et seulement si la famille $(x,y)$ est liée.

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Démonstration

Preuve (exigible)

Si $y=0$, les deux membres sont nuls, l'inégalité est une égalité et la famille $(x,0)$ est liée.

Supposons $y\neq 0$. Pour $t\in\mathbb{R}$, posons $$P(t)=\|x+ty\|^2=\|y\|^2t^2+2\langle x,y\rangle t+\|x\|^2.$$ Comme $\|y\|^2>0$, $P$ est un trinôme du second degré, et $P(t)\geqslant 0$ pour tout réel $t$. Un trinôme de signe constant positif a un discriminant négatif ou nul : $$\Delta=4\langle x,y\rangle^2-4\|x\|^2\|y\|^2\leqslant 0,$$ d'où $\langle x,y\rangle^2\leqslant\|x\|^2\|y\|^2$, puis l'inégalité en prenant la racine carrée.

Cas d'égalité (toujours avec $y\neq0$). Si $|\langle x,y\rangle|=\|x\|\|y\|$, alors $\Delta=0$ et $P$ admet une racine $t_0$ : $\|x+t_0y\|^2=0$, donc $x+t_0y=0$ par le caractère défini, et $(x,y)$ est liée. Réciproquement, si $(x,y)$ est liée avec $y\neq 0$, il existe $\lambda$ tel que $x=\lambda y$, et $|\langle x,y\rangle|=|\lambda|\|y\|^2=\|x\|\|y\|$.

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Exemple

Deux inégalités classiques

Dans $\mathbb{R}^n$ muni du produit scalaire canonique, avec $x=(x_1,\dots,x_n)$ et $y=(1,\dots,1)$ : $$\left(\sum_{i=1}^n x_i\right)^2\leqslant n\sum_{i=1}^n x_i^2,$$ avec égalité si et seulement si tous les $x_i$ sont égaux.

Dans $\mathcal{C}([0,1],\mathbb{R})$, avec $g=1$ : $$\left(\int_0^1 f(t)\,\mathrm{d}t\right)^2\leqslant\int_0^1 f(t)^2\,\mathrm{d}t,$$ avec égalité si et seulement si $f$ est constante.

Application chiffrée : pour $f(t)=t$, on trouve $\left(\frac12\right)^2=\frac14\leqslant\frac13$. L'inégalité est stricte car $f$ n'est pas constante.

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Méthode

Utiliser Cauchy-Schwarz pour majorer

  1. Repérer dans l'expression à majorer un produit scalaire $\langle x,y\rangle$ : une somme $\sum a_ib_i$, une intégrale $\int fg$, une trace $\operatorname{tr}(A^\top B)$.
  2. Choisir le découpage : souvent l'un des deux facteurs est « simple » ($1$, $\sqrt{a_i}$, etc.). Par exemple $\sum a_i=\sum \sqrt{a_i}\cdot\sqrt{a_i}\cdot\frac{1}{\sqrt{a_i}}\cdots$ selon le besoin.
  3. Écrire $|\langle x,y\rangle|\leqslant\|x\|\|y\|$ et calculer les deux normes.
  4. Pour savoir si la majoration est optimale, examiner le cas d'égalité : $x$ et $y$ colinéaires.
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Propriété

La norme associée est une norme

Pour tous $x,y\in E$ et $\lambda\in\mathbb{R}$ :

  • $\|x\|=0\iff x=0$ (séparation) ;
  • $\|\lambda x\|=|\lambda|\,\|x\|$ (homogénéité) ;
  • $\|x+y\|\leqslant\|x\|+\|y\|$ (inégalité triangulaire).

Cas d'égalité dans l'inégalité triangulaire : $\|x+y\|=\|x\|+\|y\|$ si et seulement si $y=0$ ou il existe $\lambda\geqslant 0$ tel que $x=\lambda y$ (vecteurs positivement colinéaires).

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Démonstration

Preuve de l'inégalité triangulaire

Séparation et homogénéité découlent directement du caractère défini et de la bilinéarité. Pour l'inégalité triangulaire, les deux membres sont positifs, il suffit de comparer les carrés : $$\|x+y\|^2=\|x\|^2+2\langle x,y\rangle+\|y\|^2\leqslant\|x\|^2+2\|x\|\|y\|+\|y\|^2=(\|x\|+\|y\|)^2,$$ par Cauchy-Schwarz ($\langle x,y\rangle\leqslant|\langle x,y\rangle|\leqslant\|x\|\|y\|$).

Égalité si et seulement si $\langle x,y\rangle=\|x\|\|y\|$. Si $y\neq 0$, cela impose d'abord $(x,y)$ liée, soit $x=\lambda y$, puis $\lambda\|y\|^2=|\lambda|\|y\|^2$, soit $\lambda\geqslant 0$. La réciproque est immédiate.

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3.3. Orthogonalité et familles orthonormées

Définition

Vecteurs orthogonaux, familles orthogonales et orthonormées

  • Deux vecteurs $x,y$ sont orthogonaux si $\langle x,y\rangle=0$. On note $x\perp y$.
  • Une famille $(e_i)_{i\in I}$ est orthogonale si ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux : $\langle e_i,e_j\rangle=0$ pour $i\neq j$.
  • Elle est orthonormée (ou orthonormale) si de plus chaque $e_i$ est unitaire : $\langle e_i,e_j\rangle=\delta_{ij}$.

Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur, et c'est le seul vecteur orthogonal à lui-même.

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Théorème

Théorème de Pythagore

Pour $x,y\in E$ : $$x\perp y\iff\|x+y\|^2=\|x\|^2+\|y\|^2.$$ Si $(x_1,\dots,x_p)$ est une famille orthogonale, alors $$\Big\|\sum_{i=1}^p x_i\Big\|^2=\sum_{i=1}^p\|x_i\|^2.$$

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Démonstration

Preuve

Le développement $\|x+y\|^2=\|x\|^2+2\langle x,y\rangle+\|y\|^2$ donne l'équivalence. Pour une famille orthogonale : $$\Big\|\sum_i x_i\Big\|^2=\sum_{i,j}\langle x_i,x_j\rangle=\sum_i\langle x_i,x_i\rangle=\sum_i\|x_i\|^2,$$ car les termes $i\neq j$ sont nuls.

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Attention

Pas de réciproque pour trois vecteurs ou plus

Dans $\mathbb{R}^2$ canonique, avec $x_1=(1,0)$, $x_2=(0,1)$, $x_3=(1,-1)$ : $\|x_1+x_2+x_3\|^2=\|(2,0)\|^2=4=1+1+2$, alors que $\langle x_1,x_3\rangle=1\neq0$. L'égalité de Pythagore pour $p\geqslant 3$ vecteurs ne caractérise pas l'orthogonalité de la famille.

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Propriété

Une famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre

Toute famille orthogonale ne contenant pas le vecteur nul est libre. En particulier, toute famille orthonormée est libre.

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Démonstration

Preuve

Soit $(e_1,\dots,e_p)$ orthogonale, sans vecteur nul, et $\lambda_1,\dots,\lambda_p$ des réels tels que $\sum_i\lambda_ie_i=0$. Pour $j$ fixé, on fait le produit scalaire avec $e_j$ : $$0=\Big\langle\sum_i\lambda_ie_i,e_j\Big\rangle=\sum_i\lambda_i\langle e_i,e_j\rangle=\lambda_j\|e_j\|^2.$$ Comme $e_j\neq 0$, $\|e_j\|^2>0$ et $\lambda_j=0$. La famille est libre. Pour une famille infinie, on applique ce raisonnement à toute sous-famille finie.

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Exemple

Une famille orthogonale de fonctions

Dans $\mathcal{C}([0,2\pi],\mathbb{R})$ muni de $\langle f,g\rangle=\int_0^{2\pi}fg$, les fonctions $c_n:t\mapsto\cos(nt)$ pour $n\geqslant 1$ sont deux à deux orthogonales. Pour $n\neq m$ : $$\int_0^{2\pi}\cos(nt)\cos(mt)\,\mathrm{d}t=\frac12\int_0^{2\pi}\big(\cos((n+m)t)+\cos((n-m)t)\big)\,\mathrm{d}t=0,$$ car $n+m$ et $n-m$ sont des entiers non nuls. La famille $(c_n)_{n\geqslant1}$ est donc libre. De plus $\|c_n\|^2=\int_0^{2\pi}\cos^2(nt)\,\mathrm{d}t=\pi$, donc $(c_n/\sqrt{\pi})_{n\geqslant1}$ est orthonormée.

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Propriété

Calculs dans une base orthonormée

Soit $E$ euclidien et $\mathcal{B}=(e_1,\dots,e_n)$ une base orthonormée (BON). Pour tous $x,y\in E$ : $$x=\sum_{i=1}^n\langle e_i,x\rangle e_i,$$ et si $x=\sum x_ie_i$, $y=\sum y_ie_i$ : $$\langle x,y\rangle=\sum_{i=1}^n x_iy_i=X^\top Y,\qquad\|x\|^2=\sum_{i=1}^nx_i^2,$$ où $X,Y$ sont les colonnes des coordonnées. Dans une BON, tout se calcule comme dans $\mathbb{R}^n$ canonique.

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Démonstration

Preuve

Écrivons $x=\sum_ix_ie_i$. Pour $j$ fixé, $\langle e_j,x\rangle=\sum_ix_i\langle e_j,e_i\rangle=x_j$ : la $j$-ième coordonnée est $\langle e_j,x\rangle$. Ensuite $\langle x,y\rangle=\sum_{i,j}x_iy_j\langle e_i,e_j\rangle=\sum_ix_iy_i$ par bilinéarité.

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Attention

Base seulement orthogonale

Si la base $(e_1,\dots,e_n)$ est orthogonale mais pas normée, la coordonnée de $x$ sur $e_i$ est $\dfrac{\langle e_i,x\rangle}{\|e_i\|^2}$, et non $\langle e_i,x\rangle$.

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4.4. Procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt

Théorème

Procédé de Gram-Schmidt

Soit $(v_1,\dots,v_p)$ une famille libre de $E$. Il existe une unique famille orthonormée $(e_1,\dots,e_p)$ telle que, pour tout $k\in\{1,\dots,p\}$ : $$\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_k)=\operatorname{Vect}(v_1,\dots,v_k)\quad\text{et}\quad\langle e_k,v_k\rangle>0.$$ Elle est donnée par récurrence par $e_1=\dfrac{v_1}{\|v_1\|}$ et, pour $k\geqslant 2$ : $$w_k=v_k-\sum_{i=1}^{k-1}\langle e_i,v_k\rangle e_i,\qquad e_k=\frac{w_k}{\|w_k\|}.$$

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Démonstration

Preuve (exigible)

Notons $F_k=\operatorname{Vect}(v_1,\dots,v_k)$, de dimension $k$ puisque la famille est libre.

Existence, par récurrence sur $k$. Pour $k=1$ : $v_1\neq 0$ car la famille est libre, $e_1=v_1/\|v_1\|$ est unitaire, $\operatorname{Vect}(e_1)=F_1$ et $\langle e_1,v_1\rangle=\|v_1\|>0$.

Supposons construits $e_1,\dots,e_{k-1}$ orthonormés avec $\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_{k-1})=F_{k-1}$. Posons $w_k=v_k-\sum_{i<k}\langle e_i,v_k\rangle e_i$.

  • $w_k\neq 0$ : sinon $v_k\in\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_{k-1})=F_{k-1}$, ce qui contredit la liberté de $(v_1,\dots,v_k)$.
  • Pour $j<k$ : $\langle e_j,w_k\rangle=\langle e_j,v_k\rangle-\sum_{i<k}\langle e_i,v_k\rangle\langle e_j,e_i\rangle=\langle e_j,v_k\rangle-\langle e_j,v_k\rangle=0$.

Ainsi $e_k=w_k/\|w_k\|$ est unitaire et orthogonal à $e_1,\dots,e_{k-1}$ : la famille $(e_1,\dots,e_k)$ est orthonormée. Par construction $e_k\in F_k$, donc $\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_k)\subset F_k$ ; la première famille est libre (orthonormée) de cardinal $k$ et $\dim F_k=k$, d'où l'égalité. Enfin, comme $v_k=w_k+\sum_{i<k}\langle e_i,v_k\rangle e_i$ et $e_k\perp e_i$ pour $i<k$ : $$\langle e_k,v_k\rangle=\langle e_k,w_k\rangle=\|w_k\|>0.$$

Unicité. Soit $(e'_1,\dots,e'_p)$ une autre famille convenable. Par récurrence, supposons $e'_i=e_i$ pour $i<k$. Alors $e'_k\in F_k$ et $e'_k$ est orthogonal à $F_{k-1}=\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_{k-1})$. Décomposons $e'_k=\sum_{i\leqslant k}\alpha_ie_i$ dans la base orthonormée $(e_1,\dots,e_k)$ de $F_k$ : $\alpha_i=\langle e_i,e'_k\rangle=0$ pour $i<k$, donc $e'_k=\alpha_ke_k$ avec $|\alpha_k|=1$. La condition $\langle e'_k,v_k\rangle=\alpha_k\|w_k\|>0$ impose $\alpha_k=1$.

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Remarque

Interprétation géométrique

Le vecteur $\sum_{i<k}\langle e_i,v_k\rangle e_i$ est la projection orthogonale de $v_k$ sur $F_{k-1}$ (voir section 6). Le procédé retire donc à $v_k$ sa composante sur ce qui a déjà été construit, puis normalise ce qui reste.

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Méthode

Orthonormaliser une famille libre

  1. Poser $e_1=v_1/\|v_1\|$.
  2. Pour $k=2,\dots,p$ : calculer les produits scalaires $\langle e_i,v_k\rangle$ pour $i<k$, former $w_k=v_k-\sum_{i<k}\langle e_i,v_k\rangle e_i$, puis $e_k=w_k/\|w_k\|$.
  3. Contrôler : $\langle e_k,e_i\rangle=0$ pour $i<k$. Un contrôle faux signale une erreur de calcul.

Variante pour éviter les racines carrées : construire d'abord une famille seulement orthogonale $(w_1,\dots,w_p)$ avec $$w_1=v_1,\qquad w_k=v_k-\sum_{i<k}\frac{\langle w_i,v_k\rangle}{\|w_i\|^2}w_i,$$ puis normaliser tous les vecteurs à la fin. On peut aussi remplacer un $w_k$ par un multiple non nul (par exemple pour supprimer des fractions) : l'orthogonalité est conservée.

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Exemple

Dans $\mathbb{R}^3$ canonique

On orthonormalise $v_1=(1,1,0)$, $v_2=(1,0,1)$, $v_3=(0,1,1)$.

  • $\|v_1\|=\sqrt2$, donc $e_1=\frac{1}{\sqrt2}(1,1,0)$.
  • $\langle e_1,v_2\rangle=\frac1{\sqrt2}$, donc $w_2=v_2-\frac12(1,1,0)=\left(\frac12,-\frac12,1\right)$. Alors $\|w_2\|^2=\frac14+\frac14+1=\frac32$ et $e_2=\frac{1}{\sqrt6}(1,-1,2)$.
  • $\langle e_1,v_3\rangle=\frac1{\sqrt2}$ et $\langle e_2,v_3\rangle=\frac{0-1+2}{\sqrt6}=\frac1{\sqrt6}$. Donc $$w_3=(0,1,1)-\frac12(1,1,0)-\frac16(1,-1,2)=\left(-\frac23,\frac23,\frac23\right),$$ et $e_3=\frac1{\sqrt3}(-1,1,1)$.

Contrôle : $\langle(1,1,0),(-1,1,1)\rangle=0$, $\langle(1,-1,2),(-1,1,1)\rangle=-1-1+2=0$, $\langle(1,1,0),(1,-1,2)\rangle=0$.

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Exemple

Sur des polynômes

Dans $\mathbb{R}_2[X]$ muni de $\langle P,Q\rangle=\int_{-1}^1P(t)Q(t)\,\mathrm{d}t$, on orthogonalise $(1,X,X^2)$ par la variante sans racines.

  • $w_1=1$, $\|w_1\|^2=2$.
  • $\langle 1,X\rangle=\int_{-1}^1t\,\mathrm{d}t=0$, donc $w_2=X$, $\|w_2\|^2=\int_{-1}^1t^2\,\mathrm{d}t=\frac23$.
  • $\langle 1,X^2\rangle=\frac23$ et $\langle X,X^2\rangle=\int_{-1}^1t^3\,\mathrm{d}t=0$, donc $w_3=X^2-\frac{2/3}{2}\cdot1=X^2-\frac13$.

Calcul de $\|w_3\|^2=\int_{-1}^1\left(t^4-\frac23t^2+\frac19\right)\mathrm{d}t=\frac25-\frac49+\frac29=\frac{8}{45}$.

Base orthonormée obtenue : $$\left(\frac{1}{\sqrt2},\ \sqrt{\frac32}\,X,\ \sqrt{\frac{45}{8}}\left(X^2-\frac13\right)\right).$$

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Théorème

Existence de bases orthonormées

Tout espace euclidien (de dimension finie $n\geqslant1$) admet une base orthonormée.

Théorème de la base orthonormée incomplète : toute famille orthonormée d'un espace euclidien peut être complétée en une base orthonormée.

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Démonstration

Preuve

Existence : on applique le procédé de Gram-Schmidt à une base quelconque $(v_1,\dots,v_n)$ ; on obtient une famille orthonormée de $n$ vecteurs, donc libre de cardinal $n=\dim E$ : c'est une base.

Complétion : soit $(e_1,\dots,e_p)$ orthonormée. Elle est libre ; par le théorème de la base incomplète, on la complète en une base $(e_1,\dots,e_p,v_{p+1},\dots,v_n)$. Gram-Schmidt appliqué à cette base ne modifie pas $e_1,\dots,e_p$ (à chaque étape $k\leqslant p$, $w_k=e_k$ car $\langle e_i,e_k\rangle=0$ pour $i<k$, et $\|e_k\|=1$) et fournit une BON qui commence par $e_1,\dots,e_p$.

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5.5. Orthogonal d'une partie, supplémentaire orthogonal

Définition

Orthogonal d'une partie

Soit $A$ une partie de $E$. L'orthogonal de $A$ est $$A^\perp=\{x\in E\ :\ \forall a\in A,\ \langle x,a\rangle=0\}.$$ Deux sous-espaces $F$ et $G$ sont dits orthogonaux si tout vecteur de $F$ est orthogonal à tout vecteur de $G$, c'est-à-dire $G\subset F^\perp$.

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Propriété

Propriétés de l'orthogonal

Pour toutes parties $A,B$ et tout sous-espace $F$ de $E$ :

  1. $A^\perp$ est un sous-espace vectoriel de $E$ (même si $A$ n'en est pas un).
  2. $\{0\}^\perp=E$ et $E^\perp=\{0\}$.
  3. Si $A\subset B$, alors $B^\perp\subset A^\perp$.
  4. $A^\perp=\big(\operatorname{Vect}A\big)^\perp$. En particulier, si $F=\operatorname{Vect}(f_1,\dots,f_p)$, alors $x\in F^\perp\iff\langle x,f_i\rangle=0$ pour tout $i$.
  5. $F\cap F^\perp=\{0\}$.
  6. $F\subset (F^\perp)^\perp$.
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Démonstration

Preuve

  1. $0\in A^\perp$. Si $x,y\in A^\perp$ et $\lambda\in\mathbb{R}$, pour tout $a\in A$ : $\langle\lambda x+y,a\rangle=\lambda\langle x,a\rangle+\langle y,a\rangle=0$.
  2. Tout vecteur est orthogonal à $0$. Si $x\in E^\perp$, alors $\langle x,x\rangle=0$ donc $x=0$.
  3. Si $x$ est orthogonal à tout élément de $B$, il l'est à tout élément de $A\subset B$.
  4. $A\subset\operatorname{Vect}A$ donne $(\operatorname{Vect}A)^\perp\subset A^\perp$ par 3. Réciproquement, si $x\in A^\perp$, l'application linéaire $y\mapsto\langle x,y\rangle$ est nulle sur $A$, donc sur toute combinaison linéaire d'éléments de $A$.
  5. Si $x\in F\cap F^\perp$, alors $x\perp x$, donc $\|x\|^2=0$ et $x=0$.
  6. Si $x\in F$, pour tout $y\in F^\perp$, $\langle x,y\rangle=0$ : $x\in(F^\perp)^\perp$.
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Théorème

Supplémentaire orthogonal

Si $F$ est un sous-espace de dimension finie de $E$ (et $E$ quelconque), alors $$E=F\oplus F^\perp.$$ $F^\perp$ est appelé le supplémentaire orthogonal de $F$. Si de plus $E$ est euclidien de dimension $n$ : $$\dim F^\perp=n-\dim F\qquad\text{et}\qquad(F^\perp)^\perp=F.$$

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Démonstration

Preuve (exigible)

On sait déjà $F\cap F^\perp=\{0\}$. Reste à montrer $E=F+F^\perp$. Si $F=\{0\}$, c'est clair. Sinon, $F$ est de dimension finie $p\geqslant1$ et admet une base orthonormée $(e_1,\dots,e_p)$ (Gram-Schmidt). Soit $x\in E$. Posons $$p(x)=\sum_{i=1}^p\langle e_i,x\rangle e_i\in F.$$ Pour tout $j$ : $\langle e_j,x-p(x)\rangle=\langle e_j,x\rangle-\sum_i\langle e_i,x\rangle\langle e_j,e_i\rangle=\langle e_j,x\rangle-\langle e_j,x\rangle=0$. Donc $x-p(x)$ est orthogonal à $e_1,\dots,e_p$, donc à $F=\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_p)$. Ainsi $x=p(x)+(x-p(x))\in F+F^\perp$.

En dimension finie $n$, la somme directe donne $\dim F^\perp=n-\dim F$. Appliqué à $F^\perp$ : $\dim(F^\perp)^\perp=n-(n-\dim F)=\dim F$. Comme $F\subset(F^\perp)^\perp$ et que les dimensions sont égales, $(F^\perp)^\perp=F$.

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Attention

En dimension infinie, l'hypothèse est indispensable

Dans $E=\mathcal{C}([0,1],\mathbb{R})$ muni de $\langle f,g\rangle=\int_0^1fg$, soit $F=\{f\in E : f(0)=0\}$, sous-espace de dimension infinie. Si $g\in F^\perp$, la fonction $f:t\mapsto t\,g(t)$ est dans $F$, donc $\int_0^1t\,g(t)^2\,\mathrm{d}t=0$. La fonction $t\mapsto t\,g(t)^2$ est continue, positive, d'intégrale nulle : elle est nulle, donc $g=0$ sur $]0,1]$, puis $g(0)=0$ par continuité. Ainsi $F^\perp=\{0\}$ et $F\oplus F^\perp=F\neq E$. De plus $(F^\perp)^\perp=E\neq F$.

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Exemple

Matrices symétriques et antisymétriques

Dans $\mathcal{M}_n(\mathbb{R})$ muni de $\langle A,B\rangle=\operatorname{tr}(A^\top B)$, on montre que $\mathcal{S}_n(\mathbb{R})^\perp=\mathcal{A}_n(\mathbb{R})$.

Soit $S$ symétrique et $A$ antisymétrique. Alors $\langle S,A\rangle=\operatorname{tr}(S^\top A)=\operatorname{tr}(SA)$. Une matrice et sa transposée ont la même trace, donc $$\operatorname{tr}(SA)=\operatorname{tr}\big((SA)^\top\big)=\operatorname{tr}(A^\top S^\top)=\operatorname{tr}(-AS)=-\operatorname{tr}(AS)=-\operatorname{tr}(SA),$$ en utilisant $\operatorname{tr}(AS)=\operatorname{tr}(SA)$. D'où $\langle S,A\rangle=0$ et $\mathcal{A}_n\subset\mathcal{S}_n^\perp$.

Par dimensions : $\dim\mathcal{S}_n^\perp=n^2-\frac{n(n+1)}2=\frac{n(n-1)}2=\dim\mathcal{A}_n$. Donc $\mathcal{S}_n^\perp=\mathcal{A}_n$.

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Méthode

Déterminer l'orthogonal d'un sous-espace

  1. Trouver une famille génératrice $(f_1,\dots,f_p)$ de $F$.
  2. Écrire $x\in F^\perp\iff\langle x,f_1\rangle=\dots=\langle x,f_p\rangle=0$ : c'est un système linéaire homogène de $p$ équations.
  3. Résoudre le système ; en dimension finie, contrôler que $\dim F+\dim F^\perp=\dim E$.
  4. Astuce : si l'on connaît un sous-espace $G$ orthogonal à $F$ avec $\dim G=\dim E-\dim F$, alors $G=F^\perp$ sans calcul (inclusion plus égalité des dimensions).

Exemple : dans $\mathbb{R}^3$ canonique, $F=\operatorname{Vect}((1,1,0),(1,0,1))$. On résout $x+y=0$ et $x+z=0$ : $F^\perp=\operatorname{Vect}((-1,1,1))$, ce qu'on retrouve avec $e_3$ de la section 4.

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Définition

Vecteur normal à un hyperplan

Dans un espace euclidien $E$ de dimension $n\geqslant 1$, si $H$ est un hyperplan, $H^\perp$ est une droite $\operatorname{Vect}(u)$. Tout vecteur non nul $u$ de $H^\perp$ est un vecteur normal à $H$, et $$H=\{x\in E : \langle u,x\rangle=0\}=u^\perp.$$ Dans une BON, si $u$ a pour coordonnées $(a_1,\dots,a_n)$, une équation de $H$ est $a_1x_1+\dots+a_nx_n=0$.

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6.6. Projection orthogonale et distance à un sous-espace

Définition

Projecteur orthogonal

Soit $F$ un sous-espace de dimension finie de $E$. Puisque $E=F\oplus F^\perp$, on appelle projection orthogonale sur $F$, notée $p_F$, le projecteur sur $F$ parallèlement à $F^\perp$.

Autrement dit, tout $x\in E$ s'écrit de façon unique $x=p_F(x)+(x-p_F(x))$ avec $p_F(x)\in F$ et $x-p_F(x)\in F^\perp$.

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Propriété

Caractérisation et expression

Soit $F$ de dimension finie, $x\in E$ et $y\in E$.

  • Caractérisation : $y=p_F(x)\iff\begin{cases}y\in F\\ x-y\in F^\perp\end{cases}$
  • Expression dans une BON $(e_1,\dots,e_p)$ de $F$ : $$p_F(x)=\sum_{i=1}^p\langle e_i,x\rangle e_i.$$
  • Cas d'une droite $D=\operatorname{Vect}(u)$, $u\neq0$ : $p_D(x)=\dfrac{\langle u,x\rangle}{\|u\|^2}u$.
  • Si $E$ est euclidien, $p_{F^\perp}=\mathrm{id}_E-p_F$. Pour un hyperplan $H$ de vecteur normal $u$ : $$p_H(x)=x-\frac{\langle u,x\rangle}{\|u\|^2}u.$$
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Démonstration

Preuve

La caractérisation traduit l'unicité de la décomposition dans $E=F\oplus F^\perp$. Dans la preuve du théorème du supplémentaire orthogonal, on a montré que $y=\sum_i\langle e_i,x\rangle e_i$ vérifie $y\in F$ et $x-y\in F^\perp$ : c'est donc $p_F(x)$. Pour une droite, $\left(\frac{u}{\|u\|}\right)$ est une BON de $D$. En dimension finie, $(F^\perp)^\perp=F$, donc la projection sur $F^\perp$ parallèlement à $F$ est $\mathrm{id}-p_F$ ; pour un hyperplan, $H^\perp=\operatorname{Vect}(u)$, d'où la dernière formule.

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Théorème

Distance à un sous-espace de dimension finie

Soit $F$ de dimension finie et $x\in E$. On définit $d(x,F)=\inf_{y\in F}\|x-y\|$. Alors cette borne inférieure est atteinte en un unique point, $p_F(x)$ : $$d(x,F)=\|x-p_F(x)\|,\qquad\forall y\in F\setminus\{p_F(x)\},\ \|x-y\|>\|x-p_F(x)\|.$$ De plus, par Pythagore : $$d(x,F)^2=\|x\|^2-\|p_F(x)\|^2,$$ et, si $(e_1,\dots,e_p)$ est une BON de $F$, $\|p_F(x)\|^2=\sum_{i=1}^p\langle e_i,x\rangle^2$.

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Démonstration

Preuve (exigible)

Notons $p=p_F(x)$. Soit $y\in F$. On écrit $x-y=(x-p)+(p-y)$ avec $x-p\in F^\perp$ et $p-y\in F$. Ces deux vecteurs sont orthogonaux, donc par Pythagore : $$\|x-y\|^2=\|x-p\|^2+\|p-y\|^2\geqslant\|x-p\|^2,$$ avec égalité si et seulement si $\|p-y\|=0$, c'est-à-dire $y=p$. La borne inférieure est donc un minimum, atteint uniquement en $p$.

De même, $x=p+(x-p)$ avec $p\perp(x-p)$ donne $\|x\|^2=\|p\|^2+\|x-p\|^2$. Enfin, $\|p\|^2=\sum_i\langle e_i,x\rangle^2$ par le calcul de la norme dans une BON de $F$.

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Propriété

Inégalité de Bessel

Si $(e_1,\dots,e_p)$ est une famille orthonormée de $E$, pour tout $x\in E$ : $$\sum_{i=1}^p\langle e_i,x\rangle^2\leqslant\|x\|^2,$$ avec égalité si et seulement si $x\in\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_p)$. C'est la relation $\|p_F(x)\|^2=\|x\|^2-d(x,F)^2\leqslant\|x\|^2$ appliquée à $F=\operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_p)$ ; l'égalité équivaut à $d(x,F)=0$, soit $x=p_F(x)\in F$.

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Méthode

Calculer une projection orthogonale

Méthode A (avec une BON de $F$). Obtenir une BON $(e_1,\dots,e_p)$ de $F$, au besoin par Gram-Schmidt, puis appliquer $p_F(x)=\sum\langle e_i,x\rangle e_i$.

Méthode B (avec une base quelconque $(f_1,\dots,f_p)$ de $F$). Chercher $p_F(x)=\sum_j\lambda_jf_j$ et écrire que $x-p_F(x)\perp f_i$ pour tout $i$ : $$\sum_{j=1}^p\lambda_j\langle f_i,f_j\rangle=\langle f_i,x\rangle,\qquad i=1,\dots,p.$$ On résout ce système de $p$ équations à $p$ inconnues ; il a une unique solution.

Méthode C (passer par l'orthogonal). Si $F^\perp$ est de petite dimension (par exemple $F$ hyperplan), calculer $p_{F^\perp}(x)$ puis $p_F(x)=x-p_{F^\perp}(x)$.

Pour la distance : $d(x,F)=\|x-p_F(x)\|$, ou $d(x,F)^2=\|x\|^2-\|p_F(x)\|^2$, ou encore $d(x,F)^2=\langle x-p_F(x),x\rangle$ (car $x-p_F(x)\perp p_F(x)$).

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Exemple

Distance à un plan de $\mathbb{R}^3$

Dans $\mathbb{R}^3$ canonique, soit $H$ le plan d'équation $x+2y-2z=0$ et $a=(1,1,1)$.

Un vecteur normal est $u=(1,2,-2)$, $\|u\|^2=9$, $\langle u,a\rangle=1+2-2=1$. Par la méthode C : $$p_H(a)=a-\frac{1}{9}u=\left(\frac89,\frac79,\frac{11}9\right),\qquad d(a,H)=\frac{|\langle u,a\rangle|}{\|u\|}=\frac13.$$ Contrôle : $\frac89+2\cdot\frac79-2\cdot\frac{11}9=\frac{8+14-22}{9}=0$, donc $p_H(a)\in H$.

Formule générale : si $H=u^\perp$, alors $d(x,H)=\dfrac{|\langle u,x\rangle|}{\|u\|}$.

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Exemple

Un problème de minimisation intégrale

On cherche $m=\displaystyle\min_{(a,b)\in\mathbb{R}^2}\int_0^1\big(t^2-at-b\big)^2\,\mathrm{d}t$.

Dans $E=\mathbb{R}_2[X]$ muni de $\langle P,Q\rangle=\int_0^1PQ$ (produit scalaire, section 1), on a $m=d(X^2,F)^2$ avec $F=\mathbb{R}_1[X]=\operatorname{Vect}(1,X)$. Le minimum est atteint en $p_F(X^2)=aX+b$ (méthode B) : $$\begin{cases}\langle X^2-aX-b,1\rangle=0\\ \langle X^2-aX-b,X\rangle=0\end{cases}\iff\begin{cases}\frac13-\frac a2-b=0\\ \frac14-\frac a3-\frac b2=0\end{cases}$$ La première donne $b=\frac13-\frac a2$ ; en reportant : $\frac14-\frac a3-\frac16+\frac a4=\frac1{12}-\frac{a}{12}=0$, d'où $a=1$ et $b=-\frac16$.

Ainsi $p_F(X^2)=X-\frac16$ et $$m=\langle X^2-p_F(X^2),X^2\rangle=\int_0^1\left(t^4-t^3+\frac{t^2}6\right)\mathrm{d}t=\frac15-\frac14+\frac1{18}=\frac{36-45+10}{180}=\frac1{180}.$$ Vérification par Pythagore : $\|X^2\|^2=\frac15$, $\|X-\frac16\|^2=\frac13-\frac16+\frac1{36}=\frac7{36}$, et $\frac15-\frac7{36}=\frac{36-35}{180}=\frac1{180}$.

Le minimum vaut $\frac{1}{180}$, atteint uniquement pour $(a,b)=\left(1,-\frac16\right)$.

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Méthode

Reconnaître un problème de distance

Quand on doit minimiser une quantité de la forme $\sum(\dots)^2$, $\int(\dots)^2$ ou $\operatorname{tr}(M^\top M)$ où les paramètres interviennent linéairement :

  1. Identifier l'espace $E$ et le produit scalaire qui fait de la quantité un carré de norme $\|x-y\|^2$.
  2. Identifier le sous-espace $F$ de dimension finie décrit par $y$ quand les paramètres varient.
  3. Justifier que l'application choisie est un produit scalaire.
  4. Calculer $p_F(x)$ et conclure : le minimum vaut $d(x,F)^2$, atteint uniquement en $y=p_F(x)$.
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Remarque

Matrice d'une projection dans une BON

Dans $\mathbb{R}^n$ canonique, si $U$ est une colonne unitaire, la matrice de la projection orthogonale sur $\operatorname{Vect}(U)$ est $UU^\top$. Plus généralement, si les colonnes de $Q\in\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{R})$ forment une BON de $F$, la matrice de $p_F$ est $QQ^\top$. Par exemple, pour la droite dirigée par $\frac13(1,2,-2)$, la matrice est $\frac19\begin{pmatrix}1&2&-2\\2&4&-4\\-2&-4&4\end{pmatrix}$, et celle de la projection sur le plan $H$ ci-dessus est $I_3$ moins cette matrice.

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