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Programme de Prépa, 1re année › Logique et raisonnements
Prépa · MPSI / MP2I

Logique et raisonnements

Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.

Ce chapitre fixe le langage dans lequel toutes les mathématiques de prépa sont écrites : assertions, connecteurs, quantificateurs, et la façon correcte de les nier. Il donne aussi les schémas de démonstration (contraposée, absurde, analyse-synthèse, récurrences) qui servent ensuite dans tous les chapitres.

Prérequis

  • Calcul algébrique du lycée : développer, factoriser, résoudre une équation du second degré
  • Nombres pairs et impairs, divisibilité dans $\mathbb{Z}$, nombres premiers
  • Raisonnement par récurrence simple vu en Terminale — Revoir Raisonnement par récurrence
  • Suites définies par récurrence, fonctions paires et impaires

À la fin du chapitre, on sait

  • Construire et utiliser les tables de vérité des connecteurs non, et, ou, implication, équivalence
  • Écrire la négation de n'importe quel énoncé quantifié, sans erreur sur l'ordre des quantificateurs
  • Distinguer réciproque et contraposée, condition nécessaire et condition suffisante
  • Choisir et rédiger un raisonnement par contraposée, par l'absurde, par disjonction de cas ou par analyse-synthèse
  • Rédiger correctement une récurrence simple, double ou forte et savoir laquelle choisir

1.Assertions et connecteurs logiques

Définition

Assertion, prédicat

Une assertion (ou proposition) est un énoncé mathématique auquel on peut attribuer une et une seule valeur de vérité : vrai (V) ou faux (F).

Exemples : « $3$ est un nombre premier » est une assertion vraie ; « $\sqrt{4}=-2$ » est une assertion fausse.

Un prédicat est un énoncé $P(x)$ qui dépend d'une variable $x$ prise dans un ensemble $E$ et qui devient une assertion dès que l'on fixe $x$. Par exemple $P(x)$ : « $x^2>1$ » pour $x\in\mathbb{R}$ ; $P(2)$ est vraie, $P(0)$ est fausse.

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Définition

Négation, conjonction, disjonction

Soient $P$ et $Q$ deux assertions.

  • La négation de $P$, notée $\text{non}\,P$ ou $\neg P$, est vraie exactement quand $P$ est fausse.
  • La conjonction $P$ et $Q$, notée $P\wedge Q$, est vraie exactement quand $P$ et $Q$ sont vraies toutes les deux.
  • La disjonction $P$ ou $Q$, notée $P\vee Q$, est vraie exactement quand au moins l'une des deux est vraie.

Ces définitions se résument dans une table de vérité :

$P$ $Q$ $\neg P$ $P\wedge Q$ $P\vee Q$
V V F V V
V F F F V
F V V F V
F F V F F
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Remarque

Le « ou » mathématique est inclusif

En mathématiques, « $P$ ou $Q$ » est vrai aussi lorsque $P$ et $Q$ sont vraies simultanément. Le « ou » exclusif du langage courant (« fromage ou dessert ») n'est pas le « ou » logique.

Exemple : « $4$ est pair ou $4$ est un carré » est vraie.

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Définition

Assertions équivalentes

Deux assertions construites à partir de $P,Q,\dots$ sont dites logiquement équivalentes lorsqu'elles ont la même valeur de vérité dans tous les cas, c'est-à-dire la même colonne dans la table de vérité. On peut alors remplacer l'une par l'autre dans tout raisonnement.

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Propriété

Règles de calcul

Pour toutes assertions $P$, $Q$, $R$ :

  • double négation : $\neg(\neg P)$ équivaut à $P$ ;
  • commutativité et associativité de $\wedge$ et de $\vee$ ;
  • distributivité : $P\wedge(Q\vee R)$ équivaut à $(P\wedge Q)\vee(P\wedge R)$, et $P\vee(Q\wedge R)$ équivaut à $(P\vee Q)\wedge(P\vee R)$ ;
  • lois de De Morgan : $$\neg(P\wedge Q)\ \text{équivaut à}\ (\neg P)\vee(\neg Q),\qquad \neg(P\vee Q)\ \text{équivaut à}\ (\neg P)\wedge(\neg Q).$$
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Démonstration

Lois de De Morgan

On compare les colonnes des tables de vérité.

$P$ $Q$ $\neg(P\wedge Q)$ $\neg P\vee\neg Q$ $\neg(P\vee Q)$ $\neg P\wedge\neg Q$
V V F F F F
V F V V F F
F V V V F F
F F V V V V

La troisième et la quatrième colonne coïncident, ainsi que la cinquième et la sixième. Les deux lois sont démontrées. Les autres règles se vérifient de la même façon (avec huit lignes pour trois assertions).

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Exemple

Nier un encadrement

Soit $x\in\mathbb{R}$. L'assertion « $x\in[0,1]$ » s'écrit « $x\geq 0$ et $x\leq 1$ ». Par De Morgan, sa négation est $$x<0\quad\text{ou}\quad x>1.$$ C'est bien « $x\notin[0,1]$ ». Écrire « $x<0$ et $x>1$ » serait faux : cette assertion n'est jamais vraie.

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2.Implication et équivalence

Définition

Implication

L'assertion $P\Rightarrow Q$ (lire « $P$ implique $Q$ ») est par définition l'assertion $(\neg P)\vee Q$. Elle n'est fausse que dans un seul cas : $P$ vraie et $Q$ fausse.

$P$ $Q$ $P\Rightarrow Q$ $P\Leftrightarrow Q$
V V V V
V F F F
F V V F
F F V V

Vocabulaire : lorsque $P\Rightarrow Q$ est vraie, on dit que $P$ est une condition suffisante pour $Q$, et que $Q$ est une condition nécessaire pour $P$. On dit aussi « si $P$, alors $Q$ » ou « $P$ seulement si $Q$ ».

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Remarque

Ce que l'implication ne dit pas

  • Si $P$ est fausse, $P\Rightarrow Q$ est vraie quelle que soit $Q$ : « si $1=2$, alors $\pi$ est rationnel » est une assertion vraie.
  • L'implication ne contient aucune idée de cause ni de chronologie : c'est seulement l'impossibilité d'avoir $P$ vraie et $Q$ fausse.
  • Démontrer $P\Rightarrow Q$ ne démontre ni $P$ ni $Q$. On suppose $P$ et on établit $Q$.
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Définition

Réciproque, contraposée

À partir de l'implication $P\Rightarrow Q$ :

  • sa réciproque est $Q\Rightarrow P$ ;
  • sa contraposée est $(\neg Q)\Rightarrow(\neg P)$.
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Propriété

Contraposée et négation d'une implication

Pour toutes assertions $P$ et $Q$ :

  1. $P\Rightarrow Q$ équivaut à sa contraposée $(\neg Q)\Rightarrow(\neg P)$ ;
  2. la négation de $P\Rightarrow Q$ est $P\wedge(\neg Q)$.

En revanche, une implication et sa réciproque ne sont pas équivalentes en général.

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Démonstration

Preuve

  1. Par définition, $(\neg Q)\Rightarrow(\neg P)$ est $\neg(\neg Q)\vee(\neg P)$, c'est-à-dire $Q\vee(\neg P)$ par double négation, puis $(\neg P)\vee Q$ par commutativité. C'est la définition de $P\Rightarrow Q$.

  2. Par De Morgan, $\neg\big((\neg P)\vee Q\big)$ équivaut à $\neg(\neg P)\wedge(\neg Q)$, c'est-à-dire à $P\wedge(\neg Q)$.

Pour la réciproque, il suffit d'un contre-exemple : avec $P$ fausse et $Q$ vraie, $P\Rightarrow Q$ est vraie mais $Q\Rightarrow P$ est fausse.

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Attention

Réciproque et contraposée

Pour $x\in\mathbb{R}$, l'implication « $x=2\Rightarrow x^2=4$ » est vraie.

  • Sa contraposée « $x^2\neq 4\Rightarrow x\neq 2$ » est vraie (elle lui est équivalente).
  • Sa réciproque « $x^2=4\Rightarrow x=2$ » est fausse : $x=-2$ est un contre-exemple.

La négation d'une implication n'est pas une implication : la négation de « $x=2\Rightarrow x^2=4$ » est « $x=2$ et $x^2\neq 4$ ».

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Définition

Équivalence

L'assertion $P\Leftrightarrow Q$ (« $P$ équivaut à $Q$ », « $P$ si et seulement si $Q$ ») est l'assertion $(P\Rightarrow Q)\wedge(Q\Rightarrow P)$. Elle est vraie exactement quand $P$ et $Q$ ont la même valeur de vérité (voir la table ci-dessus). On dit alors que $P$ est une condition nécessaire et suffisante pour $Q$.

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Méthode

Démontrer une équivalence

Deux stratégies :

  1. Par double implication : on démontre $P\Rightarrow Q$, puis séparément $Q\Rightarrow P$. C'est la méthode la plus sûre.
  2. Par une chaîne d'équivalences $P\Leftrightarrow P_1\Leftrightarrow\dots\Leftrightarrow Q$ : à chaque étape, il faut vérifier que le passage marche dans les deux sens. Les opérations dangereuses sont l'élévation au carré, la multiplication par une quantité qui peut être nulle, l'application d'une fonction non injective.

En cas de doute sur un sens, on écrit $\Rightarrow$ et on vérifie à la fin.

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Exemple

Résoudre $\sqrt{x+2}=x$

Pour $x\geq -2$, on a $\sqrt{x+2}\geq 0$. Donc si $\sqrt{x+2}=x$, nécessairement $x\geq 0$. De plus, pour deux réels positifs $a$ et $b$, $a=b\Leftrightarrow a^2=b^2$. On obtient la chaîne correcte : $$\sqrt{x+2}=x\iff\begin{cases}x\geq 0\\ x+2=x^2\end{cases}\iff\begin{cases}x\geq 0\\ (x-2)(x+1)=0\end{cases}\iff x=2.$$ L'ensemble des solutions est $\{2\}$. Si l'on avait écrit directement $\sqrt{x+2}=x\Leftrightarrow x+2=x^2$, on aurait trouvé à tort la solution $-1$ : pour $x=-1$, $\sqrt{1}=1\neq -1$.

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3.Quantificateurs

Définition

Quantificateurs universel et existentiel

Soit $P(x)$ un prédicat sur un ensemble $E$.

  • $\forall x\in E,\ P(x)$ signifie : pour tout élément $x$ de $E$, $P(x)$ est vraie.
  • $\exists x\in E,\ P(x)$ signifie : il existe au moins un élément $x$ de $E$ tel que $P(x)$ soit vraie.
  • $\exists!\,x\in E,\ P(x)$ signifie : il existe un et un seul $x\in E$ tel que $P(x)$ soit vraie.

Exemples : $\forall x\in\mathbb{R},\ x^2\geq 0$ est vraie ; $\exists x\in\mathbb{R},\ x^2=2$ est vraie ; $\exists!\,x\in\mathbb{R}_+,\ x^2=2$ est vraie, mais $\exists!\,x\in\mathbb{R},\ x^2=2$ est fausse.

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Remarque

Variable muette et usage des symboles

Dans $\forall x\in E,\ P(x)$, la variable $x$ est muette : $\forall t\in E,\ P(t)$ est la même assertion. En revanche, une fois l'assertion écrite, $x$ n'a plus de sens à l'extérieur.

Le programme demande d'utiliser les quantificateurs pour formuler précisément des énoncés et leurs négations. Leur emploi comme abréviations au milieu d'une phrase en français (« pour $\forall x$ ») est exclu dans une copie.

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Propriété

Négation des quantificateurs

$$\neg\big(\forall x\in E,\ P(x)\big)\ \text{équivaut à}\ \exists x\in E,\ \neg P(x),$$ $$\neg\big(\exists x\in E,\ P(x)\big)\ \text{équivaut à}\ \forall x\in E,\ \neg P(x).$$ Autrement dit, « ce n'est pas vrai pour tous » signifie « c'est faux pour au moins un », et « il n'en existe aucun » signifie « c'est faux pour tous ».

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Propriété

Ordre des quantificateurs

Deux quantificateurs de même nature peuvent être permutés : $$\forall x\in E,\ \forall y\in F,\ P(x,y)\ \text{équivaut à}\ \forall y\in F,\ \forall x\in E,\ P(x,y),$$ et de même avec deux $\exists$.

On a toujours l'implication $$\big(\exists y\in F,\ \forall x\in E,\ P(x,y)\big)\Rightarrow\big(\forall x\in E,\ \exists y\in F,\ P(x,y)\big),$$ mais la réciproque est fausse en général.

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Attention

Ne jamais permuter un $\forall$ et un $\exists$

  • $\forall x\in\mathbb{R},\ \exists y\in\mathbb{R},\ y>x$ est vraie : pour chaque $x$, le réel $y=x+1$ convient ; $y$ dépend de $x$.
  • $\exists y\in\mathbb{R},\ \forall x\in\mathbb{R},\ y>x$ est fausse : elle affirme l'existence d'un réel plus grand que tous les réels, y compris lui-même.

Dans « $\forall x,\ \exists y$ », l'élément $y$ peut dépendre de $x$. Dans « $\exists y,\ \forall x$ », le même $y$ doit convenir pour tous les $x$.

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Méthode

Écrire la négation d'un énoncé quantifié

  1. Écrire l'énoncé entièrement avec des quantificateurs, dans l'ordre exact.
  2. Remplacer chaque $\forall$ par $\exists$ et chaque $\exists$ par $\forall$, sans changer leur ordre ni les ensembles de variation (un « $\forall\varepsilon>0$ » devient « $\exists\varepsilon>0$ », et non « $\exists\varepsilon\leq 0$ »).
  3. Remplacer la propriété finale par sa négation, en utilisant De Morgan et $\neg(P\Rightarrow Q)\equiv P\wedge\neg Q$.
  4. Relire en français pour vérifier que le sens est bien le contraire.
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Exemple

Fonction majorée, fonction croissante

Soit $f:\mathbb{R}\to\mathbb{R}$.

« $f$ est majorée » : $\exists M\in\mathbb{R},\ \forall x\in\mathbb{R},\ f(x)\leq M$.

Négation, « $f$ n'est pas majorée » : $\forall M\in\mathbb{R},\ \exists x\in\mathbb{R},\ f(x)>M$.

« $f$ est croissante » : $\forall (x,y)\in\mathbb{R}^2,\ \big(x\leq y\Rightarrow f(x)\leq f(y)\big)$.

Négation, « $f$ n'est pas croissante » : $\exists (x,y)\in\mathbb{R}^2,\ x\leq y\ \text{et}\ f(x)>f(y)$.

On note que « non croissante » ne signifie pas « décroissante » : la fonction $x\mapsto x^2$ n'est ni l'une ni l'autre.

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Exemple

Suite convergente

Soit $(u_n)$ une suite réelle et $\ell\in\mathbb{R}$. « $(u_n)$ converge vers $\ell$ » s'écrit $$\forall\varepsilon>0,\ \exists N\in\mathbb{N},\ \forall n\geq N,\ |u_n-\ell|\leq\varepsilon.$$ Sa négation est $$\exists\varepsilon>0,\ \forall N\in\mathbb{N},\ \exists n\geq N,\ |u_n-\ell|>\varepsilon.$$ En français : il existe une marge $\varepsilon$ telle que, aussi loin que l'on aille, on trouve encore un terme à distance strictement plus grande que $\varepsilon$ de $\ell$.

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Méthode

Démontrer un énoncé quantifié

  • Pour démontrer $\forall x\in E,\ P(x)$ : on écrit « Soit $x\in E$. » puis on démontre $P(x)$ pour cet $x$ quelconque, sans rien supposer d'autre sur lui. Vérifier quelques valeurs ne démontre rien.
  • Pour démontrer $\exists x\in E,\ P(x)$ : il suffit d'exhiber un élément $x_0\in E$ et de vérifier $P(x_0)$.
  • Pour démontrer qu'un énoncé $\forall x\in E,\ P(x)$ est faux : on donne un contre-exemple, c'est-à-dire un $x_0\in E$ tel que $P(x_0)$ soit fausse.
  • Pour démontrer $\exists!\,x\in E,\ P(x)$ : on prouve l'existence, puis l'unicité (si $P(x)$ et $P(y)$, alors $x=y$).
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Exemple

Contre-exemple

L'énoncé « pour tout $n\in\mathbb{N}$, $n^2+n+41$ est premier » est faux. Il est vrai pour $n=0,1,\dots,39$, mais pour $n=40$ : $$40^2+40+41=40\times 41+41=41\times 41,$$ qui n'est pas premier. Quarante vérifications ne remplacent pas une démonstration.

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4.Raisonnement direct, par contraposée, par l'absurde, par disjonction de cas

Méthode

Raisonnement direct

Pour démontrer $P\Rightarrow Q$ : on écrit « Supposons $P$. », on déduit une suite d'assertions vraies, et on aboutit à $Q$.

Exemple : si $a$ et $b$ sont des entiers pairs, $a=2k$, $b=2k'$ avec $k,k'\in\mathbb{Z}$, donc $a+b=2(k+k')$ est pair.

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Méthode

Raisonnement par contraposée

Pour démontrer $P\Rightarrow Q$, on démontre l'implication équivalente $(\neg Q)\Rightarrow(\neg P)$ :

  1. annoncer « Raisonnons par contraposée » ;
  2. supposer $\neg Q$ ;
  3. aboutir à $\neg P$.

On l'utilise quand $\neg Q$ est une hypothèse plus facile à exploiter que $P$ (typiquement, quand $Q$ est une négation : « $n$ n'est pas … », « $x\neq\dots$ »).

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Exemple

Si $n^2$ est pair, alors $n$ est pair

Soit $n\in\mathbb{Z}$. Raisonnons par contraposée : supposons $n$ impair et montrons que $n^2$ est impair.

Il existe $k\in\mathbb{Z}$ tel que $n=2k+1$. Alors $$n^2=4k^2+4k+1=2(2k^2+2k)+1,$$ avec $2k^2+2k\in\mathbb{Z}$. Donc $n^2$ est impair.

Par contraposée : pour tout $n\in\mathbb{Z}$, si $n^2$ est pair, alors $n$ est pair. Le raisonnement direct (partir de $n^2=2m$) ne mène nulle part.

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Méthode

Raisonnement par l'absurde

Pour démontrer une assertion $R$ :

  1. annoncer « Supposons par l'absurde que $R$ soit fausse » ;
  2. déduire de $\neg R$ une contradiction, c'est-à-dire une assertion de la forme $S\wedge\neg S$ (par exemple $1=0$, ou une fraction à la fois irréductible et simplifiable) ;
  3. conclure que $R$ est vraie.

Ce raisonnement est justifié car $(\neg R)\Rightarrow\text{faux}$ n'est vraie que si $\neg R$ est fausse.

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Théorème

Irrationalité de $\sqrt{2}$

Le réel $\sqrt{2}$ n'est pas rationnel.

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Démonstration

Preuve par l'absurde

Supposons par l'absurde que $\sqrt{2}\in\mathbb{Q}$. Comme $\sqrt{2}>0$, on peut écrire $\sqrt{2}=\dfrac{p}{q}$ avec $p,q\in\mathbb{N}^*$ et la fraction irréductible.

En élevant au carré : $p^2=2q^2$. Donc $p^2$ est pair, et d'après l'exemple précédent, $p$ est pair : $p=2k$ avec $k\in\mathbb{N}^*$.

Alors $4k^2=2q^2$, soit $q^2=2k^2$. Donc $q^2$ est pair, puis $q$ est pair.

Ainsi $p$ et $q$ sont tous deux divisibles par $2$, ce qui contredit l'irréductibilité de $\dfrac{p}{q}$. L'hypothèse est absurde : $\sqrt{2}\notin\mathbb{Q}$.

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Théorème

Infinité des nombres premiers

L'ensemble des nombres premiers est infini.

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Démonstration

Preuve par l'absurde

On utilise le fait que tout entier $N\geq 2$ admet au moins un diviseur premier ; ce résultat est démontré par récurrence forte dans la dernière section.

Supposons par l'absurde qu'il n'y ait qu'un nombre fini de nombres premiers $p_1,\dots,p_r$. Posons $N=p_1p_2\cdots p_r+1$. On a $N\geq 2$, donc $N$ admet un diviseur premier $p$. Ce $p$ est l'un des $p_i$, donc $p$ divise $p_1\cdots p_r$. Il divise alors la différence $N-p_1\cdots p_r=1$, ce qui est impossible car $p\geq 2$. L'hypothèse est absurde.

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Attention

Contraposée ou absurde

Les deux raisonnements sont proches mais différents. Par contraposée, on part de $\neg Q$ et on doit arriver précisément à $\neg P$. Par l'absurde, pour démontrer $P\Rightarrow Q$, on suppose $P$ et $\neg Q$, et on cherche une contradiction quelconque.

Une preuve par l'absurde qui n'utilise jamais l'hypothèse $P$ est en réalité une preuve directe de $Q$ ; une preuve « par l'absurde » dont la contradiction est « $\neg P$ alors que $P$ » est une contraposée déguisée, qu'il vaut mieux rédiger comme telle.

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Méthode

Disjonction de cas

Pour démontrer $\forall x\in E,\ P(x)$, on découpe $E$ en parties $E_1,\dots,E_k$ dont la réunion est $E$, et on démontre $P(x)$ dans chaque cas. Il faut vérifier que les cas recouvrent tout $E$ (ils peuvent se chevaucher).

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Exemple

Une inégalité avec valeurs absolues

Montrons que pour tout $x\in\mathbb{R}$, $|x-1|+|x+1|\geq 2$. Soit $x\in\mathbb{R}$.

  • Si $x\leq -1$ : $|x-1|+|x+1|=(1-x)+(-x-1)=-2x\geq 2$.
  • Si $-1\leq x\leq 1$ : $|x-1|+|x+1|=(1-x)+(x+1)=2$.
  • Si $x\geq 1$ : $|x-1|+|x+1|=(x-1)+(x+1)=2x\geq 2$.

Les trois cas recouvrent $\mathbb{R}$, donc l'inégalité est vraie pour tout réel $x$.

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5.Raisonnement par analyse-synthèse

Méthode

Analyse-synthèse

On l'utilise pour déterminer toutes les solutions d'un problème, ou pour démontrer l'existence et l'unicité d'un objet, quand on ne sait pas a priori à quoi il ressemble.

  1. Analyse : on suppose qu'une solution existe et on en déduit des conditions nécessaires, jusqu'à obtenir une liste réduite de candidats (souvent un seul). Cette étape donne l'unicité.
  2. Synthèse : on vérifie, parmi les candidats, lesquels sont effectivement solutions. Cette étape donne l'existence.
  3. Conclusion : on énonce l'ensemble des solutions.

L'analyse seule ne prouve rien sur l'existence : un candidat obtenu peut ne pas convenir.

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Théorème

Décomposition paire-impaire

Toute fonction $f:\mathbb{R}\to\mathbb{R}$ s'écrit de manière unique $f=g+h$ avec $g:\mathbb{R}\to\mathbb{R}$ paire et $h:\mathbb{R}\to\mathbb{R}$ impaire. De plus, pour tout $x\in\mathbb{R}$ : $$g(x)=\frac{f(x)+f(-x)}{2},\qquad h(x)=\frac{f(x)-f(-x)}{2}.$$

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Démonstration

Preuve par analyse-synthèse

Analyse. Supposons que $f=g+h$ avec $g$ paire et $h$ impaire. Pour tout $x\in\mathbb{R}$ : $$f(x)=g(x)+h(x),\qquad f(-x)=g(-x)+h(-x)=g(x)-h(x).$$ En ajoutant puis en soustrayant ces deux égalités : $g(x)=\dfrac{f(x)+f(-x)}{2}$ et $h(x)=\dfrac{f(x)-f(-x)}{2}$. Donc $g$ et $h$ sont entièrement déterminées par $f$ : il y a au plus une décomposition.

Synthèse. Définissons $g$ et $h$ par ces formules. Pour tout $x\in\mathbb{R}$ :

  • $g(x)+h(x)=\dfrac{2f(x)}{2}=f(x)$ ;
  • $g(-x)=\dfrac{f(-x)+f(x)}{2}=g(x)$, donc $g$ est paire ;
  • $h(-x)=\dfrac{f(-x)-f(x)}{2}=-h(x)$, donc $h$ est impaire.

Conclusion. La décomposition existe et elle est unique.

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Exemple

Le cas de l'exponentielle

Pour $f=\exp$, la décomposition donne $$\exp(x)=\underbrace{\frac{e^x+e^{-x}}{2}}_{\operatorname{ch}(x)}+\underbrace{\frac{e^x-e^{-x}}{2}}_{\operatorname{sh}(x)}.$$ On retrouve les fonctions cosinus hyperbolique (paire) et sinus hyperbolique (impaire), étudiées dans le chapitre sur les fonctions usuelles.

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Exemple

Une équation fonctionnelle

Cherchons toutes les fonctions $f:\mathbb{R}\to\mathbb{R}$ telles que $$\forall (x,y)\in\mathbb{R}^2,\quad f(x)f(y)-f(xy)=x+y.$$

Analyse. Soit $f$ une solution.

  • Avec $x=y=0$ : $f(0)^2-f(0)=0$, donc $f(0)\in\{0,1\}$.
  • Avec $y=0$ et $x$ quelconque : $f(x)f(0)-f(0)=x$.
  • Si $f(0)=0$, cela donne $0=x$ pour tout $x$, faux pour $x=1$. Donc $f(0)=1$, et alors $f(x)-1=x$, soit $f(x)=x+1$ pour tout $x$.

Le seul candidat est $f:x\mapsto x+1$.

Synthèse. Pour tous réels $x,y$ : $(x+1)(y+1)-(xy+1)=xy+x+y+1-xy-1=x+y$. Le candidat convient.

Conclusion. L'unique solution est $x\mapsto x+1$.

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Attention

Ne pas oublier la synthèse

L'analyse produit des conditions nécessaires. Sans synthèse, on peut annoncer une solution qui n'en est pas une. Par exemple, pour l'équation $f(x)f(y)=f(x+y)+1$ pour tous réels $x,y$, l'analyse avec $x=y=0$ donne $f(0)^2-f(0)-1=0$, puis $y=0$ donne $f(x)\big(f(0)-1\big)=1$, donc $f$ constante égale à $c=\dfrac{1}{f(0)-1}$. La synthèse impose alors $c^2=c+1$ : elle est nécessaire pour savoir quelles constantes conviennent réellement.

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6.Raisonnements par récurrence

Propriété

Propriété fondamentale de $\mathbb{N}$ (admise)

Toute partie non vide de $\mathbb{N}$ admet un plus petit élément.

Cette propriété est admise dans le programme ; elle fonde tous les raisonnements par récurrence.

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Théorème

Principe de récurrence simple

Soit $n_0\in\mathbb{N}$ et, pour tout entier $n\geq n_0$, une assertion $P(n)$. On suppose :

  • (initialisation) $P(n_0)$ est vraie ;
  • (hérédité) pour tout $n\geq n_0$, $P(n)\Rightarrow P(n+1)$.

Alors $P(n)$ est vraie pour tout entier $n\geq n_0$.

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Démonstration

Preuve à partir de la propriété fondamentale

Supposons par l'absurde que l'ensemble $A=\{n\in\mathbb{N},\ n\geq n_0\ \text{et}\ P(n)\ \text{fausse}\}$ soit non vide. Il admet un plus petit élément $m$. Comme $P(n_0)$ est vraie, $m\neq n_0$, donc $m\geq n_0+1$ et $m-1\geq n_0$. Par minimalité de $m$, $m-1\notin A$, donc $P(m-1)$ est vraie. Par hérédité, $P(m)$ est vraie, ce qui contredit $m\in A$. Donc $A$ est vide.

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Méthode

Rédiger une récurrence

  1. Énoncé. Écrire explicitement : « Pour tout $n\geq n_0$, notons $P(n)$ l'assertion : … ». L'assertion $P(n)$ porte sur un entier $n$ fixé ; elle ne contient pas « pour tout $n$ ».
  2. Initialisation. Vérifier $P(n_0)$ par un calcul explicite.
  3. Hérédité. Écrire « Soit $n\geq n_0$ tel que $P(n)$ soit vraie. Montrons $P(n+1)$. » puis utiliser $P(n)$ en le signalant.
  4. Conclusion. « Par récurrence, $P(n)$ est vraie pour tout $n\geq n_0$. »
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Exemple

Somme des carrés

Pour $n\in\mathbb{N}^*$, notons $P(n)$ : $\displaystyle\sum_{k=1}^{n}k^2=\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}$.

Initialisation. Pour $n=1$ : $\sum_{k=1}^{1}k^2=1$ et $\dfrac{1\times 2\times 3}{6}=1$. Donc $P(1)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\geq 1$ tel que $P(n)$ soit vraie. Alors $$\begin{aligned}\sum_{k=1}^{n+1}k^2&=\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}+(n+1)^2=\frac{(n+1)\big(n(2n+1)+6(n+1)\big)}{6}\\&=\frac{(n+1)(2n^2+7n+6)}{6}=\frac{(n+1)(n+2)(2n+3)}{6}.\end{aligned}$$ C'est exactement $P(n+1)$, puisque $2(n+1)+1=2n+3$.

Conclusion. Par récurrence, $P(n)$ est vraie pour tout $n\geq 1$.

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Attention

L'hérédité doit valoir pour tous les $n\geq n_0$

Fausse preuve classique : « dans tout groupe de $n\geq 1$ chevaux, tous ont la même couleur ». L'initialisation $n=1$ est vraie. Pour l'hérédité, on retire d'un groupe de $n+1$ chevaux le premier, puis le dernier : deux groupes de $n$ chevaux unicolores, qui « se chevauchent », donc tout le groupe serait unicolore.

L'erreur : pour $n=1$, les deux groupes d'un cheval n'ont aucun cheval en commun. L'implication $P(1)\Rightarrow P(2)$ n'est pas démontrée, et toute la chaîne s'effondre. Il faut toujours vérifier que l'argument d'hérédité fonctionne dès $n=n_0$.

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Théorème

Récurrence double

Soit $n_0\in\mathbb{N}$ et $P(n)$ une assertion pour $n\geq n_0$. On suppose :

  • $P(n_0)$ et $P(n_0+1)$ sont vraies ;
  • pour tout $n\geq n_0$, $\big(P(n)\ \text{et}\ P(n+1)\big)\Rightarrow P(n+2)$.

Alors $P(n)$ est vraie pour tout $n\geq n_0$.

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Démonstration

Preuve

Pour $n\geq n_0$, notons $Q(n)$ l'assertion « $P(n)$ et $P(n+1)$ ». On montre $Q$ par récurrence simple.

$Q(n_0)$ est vraie par hypothèse. Soit $n\geq n_0$ tel que $Q(n)$ soit vraie : $P(n)$ et $P(n+1)$ sont vraies, donc $P(n+2)$ aussi par hypothèse. Ainsi $P(n+1)$ et $P(n+2)$ sont vraies, c'est-à-dire $Q(n+1)$.

Par récurrence simple, $Q(n)$ est vraie pour tout $n\geq n_0$, donc en particulier $P(n)$.

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Exemple

Suite récurrente linéaire d'ordre 2

Soit $(u_n)$ définie par $u_0=2$, $u_1=3$ et $u_{n+2}=3u_{n+1}-2u_n$ pour tout $n\in\mathbb{N}$. Montrons que $u_n=2^n+1$ pour tout $n\in\mathbb{N}$. Notons $P(n)$ : $u_n=2^n+1$.

Initialisation. $2^0+1=2=u_0$ et $2^1+1=3=u_1$ : $P(0)$ et $P(1)$ sont vraies.

Hérédité. Soit $n\in\mathbb{N}$ tel que $P(n)$ et $P(n+1)$ soient vraies. Alors $$u_{n+2}=3\big(2^{n+1}+1\big)-2\big(2^n+1\big)=3\cdot 2^{n+1}-2^{n+1}+3-2=2\cdot 2^{n+1}+1=2^{n+2}+1.$$ Donc $P(n+2)$ est vraie.

Conclusion. Par récurrence double, $u_n=2^n+1$ pour tout $n\in\mathbb{N}$. Une récurrence simple ne suffit pas : le calcul de $u_{n+2}$ utilise deux termes précédents, et il faut deux initialisations.

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Théorème

Récurrence forte

Soit $n_0\in\mathbb{N}$ et $P(n)$ une assertion pour $n\geq n_0$. On suppose :

  • $P(n_0)$ est vraie ;
  • pour tout $n\geq n_0$, si $P(k)$ est vraie pour tout $k\in\llbracket n_0,n\rrbracket$, alors $P(n+1)$ est vraie.

Alors $P(n)$ est vraie pour tout $n\geq n_0$.

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Démonstration

Preuve

Pour $n\geq n_0$, notons $Q(n)$ : « pour tout $k\in\llbracket n_0,n\rrbracket$, $P(k)$ est vraie ». On montre $Q$ par récurrence simple.

$Q(n_0)$ se réduit à $P(n_0)$, vraie par hypothèse. Soit $n\geq n_0$ tel que $Q(n)$ soit vraie. Par la seconde hypothèse, $P(n+1)$ est vraie ; joint à $Q(n)$, cela donne $Q(n+1)$.

Par récurrence simple, $Q(n)$ est vraie pour tout $n\geq n_0$, et $Q(n)$ contient $P(n)$.

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Exemple

Tout entier $n\geq 2$ est un produit de nombres premiers

Pour $n\geq 2$, notons $P(n)$ : « $n$ est un produit (éventuellement à un seul facteur) de nombres premiers ».

Initialisation. $2$ est premier, donc $P(2)$ est vraie.

Hérédité. Soit $n\geq 2$ tel que $P(k)$ soit vraie pour tout $k\in\llbracket 2,n\rrbracket$. Considérons $n+1$.

  • Si $n+1$ est premier, $P(n+1)$ est vraie.
  • Sinon, $n+1$ admet un diviseur $a$ avec $2\leq a\leq n$, et $n+1=ab$ avec $b=\dfrac{n+1}{a}$ entier vérifiant $2\leq b\leq n$. Par hypothèse, $a$ et $b$ sont des produits de nombres premiers, donc $n+1=ab$ aussi.

Conclusion. Par récurrence forte, $P(n)$ est vraie pour tout $n\geq 2$. En particulier, tout entier $n\geq 2$ admet un diviseur premier, ce qui justifie la preuve de l'infinité des nombres premiers. Une récurrence simple échoue ici : $a$ et $b$ ne sont pas égaux à $n$ en général.

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Méthode

Choisir le type de récurrence

  • Le passage au rang $n+1$ n'utilise que le rang $n$ : récurrence simple.
  • Le passage au rang $n+2$ utilise les rangs $n$ et $n+1$ (suite définie par $u_{n+2}=f(u_{n+1},u_n)$) : récurrence double, avec deux initialisations.
  • Le passage au rang $n+1$ utilise un ou plusieurs rangs antérieurs non connus à l'avance (décomposition, division, découpage) : récurrence forte.

Dans tous les cas, on annonce clairement le type de récurrence utilisé et l'hypothèse de récurrence.

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