Réduction des endomorphismes
Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 2e année.
Réduire un endomorphisme, c'est chercher une base dans laquelle sa matrice est la plus simple possible : diagonale, triangulaire ou diagonale par blocs. Cet outil sert à calculer des puissances de matrices, à résoudre des suites récurrentes et des systèmes différentiels linéaires, et il intervient dans presque tous les sujets d'algèbre des concours.
Prérequis
- Espaces vectoriels de dimension finie : bases, dimension, sommes directes, supplémentaires, bases adaptées à une somme directe — Revoir Dimension finie
- Applications linéaires : noyau, image, théorème du rang, matrice dans une base, changement de base, matrices semblables, trace
- Déterminant : propriétés, développement selon une ligne ou une colonne, opérations élémentaires, caractérisation de l'inversibilité
- Polynômes : division euclidienne, racines et multiplicité, polynômes scindés, interpolation de Lagrange
- Arithmétique de K[X] : PGCD, polynômes premiers entre eux, relation de Bézout, lemme de Gauss
- Calcul matriciel et systèmes linéaires : produit, rang, résolution par pivot, inverse
À la fin du chapitre, on sait
- Traduire la stabilité d'un sous-espace par une matrice triangulaire ou diagonale par blocs
- Manipuler les polynômes d'endomorphismes, déterminer un polynôme minimal, utiliser le lemme de décomposition des noyaux
- Calculer valeurs propres, sous-espaces propres et polynôme caractéristique ; connaître et utiliser le théorème de Cayley-Hamilton
- Décider si un endomorphisme est diagonalisable avec la caractérisation la plus adaptée, puis diagonaliser effectivement
- Trigonaliser une matrice de petite taille ; exprimer trace et déterminant à l'aide des valeurs propres
- Caractériser les endomorphismes nilpotents et utiliser les sous-espaces caractéristiques
- Appliquer la réduction au calcul de puissances de matrices, aux suites récurrentes linéaires et au calcul de commutants
1.1. Sous-espaces stables et matrices par blocs
Dans tout le chapitre, $\mathbb K$ désigne $\mathbb R$ ou $\mathbb C$, $E$ est un $\mathbb K$-espace vectoriel et $u\in\mathcal L(E)$. Sauf mention contraire, $E$ est de dimension finie $n\geq 1$. Les énoncés sur les endomorphismes se traduisent sur les matrices de $\mathcal M_n(\mathbb K)$ via l'endomorphisme canoniquement associé. On identifie $\mathbb K^n$ à $\mathcal M_{n,1}(\mathbb K)$ et l'on écrit les vecteurs en ligne, $(x_1,\dots,x_n)$, pour alléger.
Réduire $u$, c'est chercher une base de $E$ dans laquelle la matrice de $u$ est simple. L'outil de départ est la notion de sous-espace stable.
Sous-espace stable, endomorphisme induit
Soit $F$ un sous-espace vectoriel de $E$. On dit que $F$ est stable par $u$ si $u(F)\subset F$. Dans ce cas, l'application $$u_F : F\to F,\quad x\mapsto u(x)$$ est un endomorphisme de $F$, appelé endomorphisme induit par $u$ sur $F$.
Exemples immédiats : $\{0\}$, $E$, $\mathrm{Ker}\,u$ et $\mathrm{Im}\,u$ sont stables par $u$.
Endomorphismes qui commutent
Si $u,v\in\mathcal L(E)$ commutent ($u\circ v=v\circ u$), alors $\mathrm{Ker}\,v$ et $\mathrm{Im}\,v$ sont stables par $u$.
Preuve
Soit $x\in\mathrm{Ker}\,v$. Alors $v(u(x))=u(v(x))=u(0)=0$, donc $u(x)\in\mathrm{Ker}\,v$.
Soit $y\in\mathrm{Im}\,v$ : il existe $x\in E$ tel que $y=v(x)$. Alors $u(y)=u(v(x))=v(u(x))\in\mathrm{Im}\,v$.
Calcul par blocs
Les matrices se découpent en blocs de tailles compatibles et se multiplient comme des matrices dont les coefficients seraient des matrices. Pour $A,A'\in\mathcal M_p(\mathbb K)$, $C,C'\in\mathcal M_q(\mathbb K)$, $B,B'\in\mathcal M_{p,q}(\mathbb K)$ : $$\begin{pmatrix}A&B\\0&C\end{pmatrix}\begin{pmatrix}A'&B'\\0&C'\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}AA'&AB'+BC'\\0&CC'\end{pmatrix}.$$ En particulier, pour tout $k\in\mathbb N$, $\begin{pmatrix}A&0\\0&C\end{pmatrix}^k=\begin{pmatrix}A^k&0\\0&C^k\end{pmatrix}$.
Déterminant triangulaire par blocs : $\det\begin{pmatrix}A&B\\0&C\end{pmatrix}=\det A\,\det C$. Le résultat s'étend à un nombre quelconque de blocs diagonaux carrés.
Traduction matricielle de la stabilité
Soit $F$ un sous-espace de dimension $p$, $G$ un supplémentaire de $F$, et $\mathcal B=(e_1,\dots,e_n)$ une base adaptée à $E=F\oplus G$ : $(e_1,\dots,e_p)$ base de $F$, $(e_{p+1},\dots,e_n)$ base de $G$.
- $F$ est stable par $u$ si et seulement si $\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(u)=\begin{pmatrix}A&B\\0&C\end{pmatrix}$ avec $A\in\mathcal M_p(\mathbb K)$ ; $A$ est alors la matrice de $u_F$ dans $(e_1,\dots,e_p)$.
- $F$ et $G$ sont stables par $u$ si et seulement si $\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(u)=\begin{pmatrix}A&0\\0&C\end{pmatrix}$.
Plus généralement, si $E=F_1\oplus\cdots\oplus F_r$ et $\mathcal B$ est adaptée, tous les $F_i$ sont stables par $u$ si et seulement si $\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(u)$ est diagonale par blocs, le $i$-ème bloc étant la matrice de $u_{F_i}$.
Preuve
La $j$-ème colonne de $\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(u)$ contient les coordonnées de $u(e_j)$. Si $F$ est stable, pour $j\leq p$, $u(e_j)\in F=\mathrm{Vect}(e_1,\dots,e_p)$, donc ses coordonnées sur $e_{p+1},\dots,e_n$ sont nulles : le bloc inférieur gauche est nul, et $A$ contient les coordonnées des $u_F(e_j)$ dans $(e_1,\dots,e_p)$. Réciproquement, si ce bloc est nul, $u(e_j)\in F$ pour tout $j\leq p$, donc par linéarité $u(F)\subset F$. Le même raisonnement sur les colonnes d'indices $j>p$ traite $G$, puis le cas de $r$ sous-espaces.
Droites stables
Pour $T=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$, la droite $\mathrm{Vect}(e_1)$ est stable : $Te_1=e_1$.
Pour la matrice de rotation $R=\begin{pmatrix}0&-1\\1&0\end{pmatrix}\in\mathcal M_2(\mathbb R)$, aucune droite de $\mathbb R^2$ n'est stable. Si $\mathrm{Vect}(x)$, avec $x=(a,b)\neq 0$, était stable, on aurait $Rx=\lambda x$ pour un réel $\lambda$, soit $-b=\lambda a$ et $a=\lambda b$. Alors $a=\lambda b=-\lambda^2a$, donc $(1+\lambda^2)a=0$, d'où $a=0$, puis $b=-\lambda a=0$ : contradiction.
Droites stables et vecteurs propres
Une droite $\mathrm{Vect}(x)$, $x\neq 0$, est stable par $u$ si et seulement si $u(x)$ est colinéaire à $x$, c'est-à-dire si $x$ est un vecteur propre de $u$ (section 3). Chercher des droites stables, c'est chercher des vecteurs propres.
2.2. Polynômes d'un endomorphisme, polynôme minimal
Polynôme d'endomorphisme, de matrice
Pour $P=\sum_{k=0}^d a_kX^k\in\mathbb K[X]$, on pose $$P(u)=\sum_{k=0}^d a_ku^k,$$ avec $u^0=\mathrm{Id}_E$ et $u^k=u\circ\cdots\circ u$ ($k$ fois). De même, pour $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$, $P(A)=\sum_{k=0}^d a_kA^k$ avec $A^0=I_n$.
$P(u)$ est un endomorphisme et $P(u)(x)$ son image en $x$ ; l'écriture $P(u(x))$ n'a pas de sens.
Morphisme d'algèbres
L'application $\varphi_u : \mathbb K[X]\to\mathcal L(E),\ P\mapsto P(u)$ est un morphisme d'algèbres : pour $P,Q\in\mathbb K[X]$ et $\lambda\in\mathbb K$, $$(\lambda P+Q)(u)=\lambda P(u)+Q(u),\qquad (PQ)(u)=P(u)\circ Q(u),\qquad 1(u)=\mathrm{Id}_E.$$ Conséquences :
- $P(u)$ et $Q(u)$ commutent, puisque $PQ=QP$ ;
- l'image $\mathbb K[u]=\{P(u),\ P\in\mathbb K[X]\}$ est une sous-algèbre commutative de $\mathcal L(E)$ ;
- si $A=\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(u)$, alors $\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(P(u))=P(A)$ ; si $A=SBS^{-1}$ avec $S$ inversible, alors $P(A)=SP(B)S^{-1}$ ;
- pour tout $P$, $\mathrm{Ker}\,P(u)$ et $\mathrm{Im}\,P(u)$ sont stables par $u$, car $P(u)$ commute avec $u$ (section 1).
Polynôme annulateur, idéal annulateur
Un polynôme $P$ est annulateur de $u$ si $P(u)=0$. L'ensemble des polynômes annulateurs de $u$ est $\mathrm{Ker}\,\varphi_u$ : c'est un idéal de $\mathbb K[X]$, appelé idéal annulateur de $u$.
Polynôme minimal
On suppose $E$ de dimension finie. L'idéal annulateur de $u$ n'est pas réduit à $\{0\}$, et il existe un unique polynôme unitaire $\pi_u$ tel que $$\{P\in\mathbb K[X],\ P(u)=0\}=\pi_u\,\mathbb K[X].$$ $\pi_u$ est le polynôme minimal de $u$ : c'est le polynôme unitaire annulateur de plus petit degré, et les annulateurs de $u$ sont exactement ses multiples. On définit de même $\pi_A$ pour $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$ ; deux matrices semblables ont le même polynôme minimal.
Preuve
Existence d'un annulateur non nul : $\dim\mathcal L(E)=n^2$, donc la famille $(u^0,u^1,\dots,u^{n^2})$, qui compte $n^2+1$ éléments, est liée. Une relation non triviale $\sum_{k=0}^{n^2}a_ku^k=0$ fournit $P=\sum a_kX^k\neq 0$ annulateur.
Générateur : parmi les annulateurs non nuls, on en choisit un de degré minimal $d$, que l'on divise par son coefficient dominant ; on le note $\pi$. Tout multiple de $\pi$ est annulateur, car $(Q\pi)(u)=Q(u)\circ\pi(u)=0$. Réciproquement, soit $P$ annulateur ; la division euclidienne donne $P=Q\pi+R$ avec $\deg R<d$. Alors $R(u)=P(u)-Q(u)\circ\pi(u)=0$ ; par minimalité de $d$, $R=0$, donc $\pi$ divise $P$.
Unicité : deux polynômes unitaires engendrant le même idéal se divisent mutuellement, donc sont associés ; étant unitaires, ils sont égaux.
Si $A=SBS^{-1}$, alors $P(A)=SP(B)S^{-1}$, donc $P(A)=0\iff P(B)=0$ : $A$ et $B$ ont le même idéal annulateur.
En dimension infinie
En dimension infinie, il peut n'exister aucun annulateur non nul. Pour la dérivation $D : P\mapsto P'$ de $\mathbb K[X]$, soit $P=\sum_k a_kX^k\neq 0$ et $k_0$ le plus petit indice tel que $a_{k_0}\neq 0$. Comme $D^k(X^{k_0})=0$ pour $k>k_0$, on obtient $P(D)(X^{k_0})=a_{k_0}\,k_0!\neq 0$. Le polynôme minimal de $D$ n'existe pas.
Dimension de K[u]
Si $d=\deg\pi_u$, la famille $(\mathrm{Id}_E,u,\dots,u^{d-1})$ est une base de $\mathbb K[u]$. En particulier $\dim\mathbb K[u]=\deg\pi_u$.
Preuve
Liberté : une relation non triviale $\sum_{k=0}^{d-1}a_ku^k=0$ donnerait un annulateur non nul de degré $<d$, ce qui contredit la minimalité.
Caractère générateur : pour $P\in\mathbb K[X]$, la division euclidienne $P=Q\pi_u+R$ avec $\deg R\leq d-1$ donne $P(u)=R(u)\in\mathrm{Vect}(\mathrm{Id}_E,u,\dots,u^{d-1})$.
Projecteurs, symétries, matrice J
- Un projecteur $p$ vérifie $p^2=p$ : $X(X-1)$ est annulateur. Ses diviseurs unitaires sont $1$, $X$, $X-1$, $X(X-1)$. Donc $\pi_p=X$ si $p=0$, $\pi_p=X-1$ si $p=\mathrm{Id}_E$, et $\pi_p=X(X-1)$ sinon.
- Une symétrie $s$ vérifie $s^2=\mathrm{Id}_E$ : $\pi_s=X^2-1$ si $s\neq\pm\mathrm{Id}_E$.
- Soit $J\in\mathcal M_n(\mathbb R)$, $n\geq 2$, dont tous les coefficients valent $1$. Le coefficient $(i,j)$ de $J^2$ vaut $\sum_{k=1}^n1\times1=n$, donc $J^2=nJ$. Aucun polynôme de degré $1$ n'annule $J$, car $J$ n'est pas de la forme $aI_n$ (ses coefficients hors diagonale sont non nuls). Donc $\pi_J=X^2-nX=X(X-n)$.
- Pour $R=\begin{pmatrix}0&-1\\1&0\end{pmatrix}$, $R^2=-I_2$ et $R$ n'est pas scalaire, donc $\pi_R=X^2+1$.
Polynôme minimal d'un endomorphisme induit
Si $F$ est stable par $u$, alors $\pi_{u_F}$ divise $\pi_u$.
En effet, $u_F^k(x)=u^k(x)$ pour tout $x\in F$ et tout $k$, donc $\pi_u(u_F)(x)=\pi_u(u)(x)=0$ : $\pi_u$ annule $u_F$, et $\pi_{u_F}$ le divise.
Lemme de décomposition des noyaux
Soit $P_1,\dots,P_r\in\mathbb K[X]$ deux à deux premiers entre eux et $P=P_1P_2\cdots P_r$. Alors $$\mathrm{Ker}\,P(u)=\mathrm{Ker}\,P_1(u)\oplus\mathrm{Ker}\,P_2(u)\oplus\cdots\oplus\mathrm{Ker}\,P_r(u).$$ En particulier, si $P$ annule $u$, $E=\bigoplus_{i=1}^r\mathrm{Ker}\,P_i(u)$. Ce résultat ne suppose pas $E$ de dimension finie.
Preuve
Cas $r=2$. Soit $P=P_1P_2$ avec $P_1$ et $P_2$ premiers entre eux. Par Bézout, il existe $A_1,A_2\in\mathbb K[X]$ tels que $A_1P_1+A_2P_2=1$, d'où $$A_1(u)\circ P_1(u)+A_2(u)\circ P_2(u)=\mathrm{Id}_E.\qquad(\ast)$$
- Inclusions : $P(u)=P_2(u)\circ P_1(u)=P_1(u)\circ P_2(u)$, donc $\mathrm{Ker}\,P_1(u)$ et $\mathrm{Ker}\,P_2(u)$ sont inclus dans $\mathrm{Ker}\,P(u)$.
- Intersection : si $x\in\mathrm{Ker}\,P_1(u)\cap\mathrm{Ker}\,P_2(u)$, $(\ast)$ donne $x=A_1(u)\big(P_1(u)(x)\big)+A_2(u)\big(P_2(u)(x)\big)=0$.
- Somme : soit $x\in\mathrm{Ker}\,P(u)$. On pose $x_1=A_2(u)\circ P_2(u)(x)$ et $x_2=A_1(u)\circ P_1(u)(x)$ ; par $(\ast)$, $x=x_1+x_2$. Puis $P_1(u)(x_1)=(A_2P_1P_2)(u)(x)=A_2(u)\big(P(u)(x)\big)=0$, donc $x_1\in\mathrm{Ker}\,P_1(u)$ ; de même $P_2(u)(x_2)=A_1(u)\big(P(u)(x)\big)=0$.
Donc $\mathrm{Ker}\,P(u)=\mathrm{Ker}\,P_1(u)\oplus\mathrm{Ker}\,P_2(u)$.
Récurrence sur $r\geq 2$. Supposons le résultat vrai pour $r-1$ polynômes. $P_r$ est premier avec chacun des $P_1,\dots,P_{r-1}$, donc avec leur produit $Q=P_1\cdots P_{r-1}$. Le cas $r=2$ donne $\mathrm{Ker}\,P(u)=\mathrm{Ker}\,Q(u)\oplus\mathrm{Ker}\,P_r(u)$, et l'hypothèse de récurrence donne $\mathrm{Ker}\,Q(u)=\bigoplus_{i=1}^{r-1}\mathrm{Ker}\,P_i(u)$. On conclut par associativité de la somme directe.
Projecteurs associés
La preuve montre que le projecteur sur $\mathrm{Ker}\,P_1(u)$ parallèlement à $\mathrm{Ker}\,P_2(u)$ est la restriction à $\mathrm{Ker}\,P(u)$ de $A_2(u)\circ P_2(u)$. Lorsque $P$ annule $u$, les projecteurs associés à $E=\bigoplus\mathrm{Ker}\,P_i(u)$ sont donc des polynômes en $u$.
3.3. Valeurs propres, vecteurs propres, sous-espaces propres
Éléments propres, spectre
Soit $\lambda\in\mathbb K$. On dit que $\lambda$ est valeur propre de $u$ s'il existe $x\in E$, $x\neq 0$, tel que $u(x)=\lambda x$ ; un tel $x$ est un vecteur propre associé à $\lambda$ (un vecteur propre est non nul par définition). Le sous-espace propre associé à $\lambda$ est $$E_\lambda(u)=\mathrm{Ker}(u-\lambda\,\mathrm{Id}_E).$$ $\lambda$ est valeur propre si et seulement si $E_\lambda(u)\neq\{0\}$, c'est-à-dire si $u-\lambda\mathrm{Id}_E$ n'est pas injectif. En dimension finie, cela équivaut à : $u-\lambda\mathrm{Id}_E$ n'est pas inversible, ou $\det(u-\lambda\mathrm{Id}_E)=0$. En dimension finie, l'ensemble des valeurs propres est le spectre de $u$, noté $\mathrm{Sp}(u)$.
Pour $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$, on définit de même valeurs propres, vecteurs propres $X\in\mathcal M_{n,1}(\mathbb K)$, sous-espaces propres et spectre $\mathrm{Sp}_{\mathbb K}(A)$.
Premières observations
- $0\in\mathrm{Sp}(u)$ si et seulement si $u$ n'est pas injectif ; en dimension finie, si et seulement si $u$ n'est pas inversible.
- Deux matrices semblables ont le même spectre : ce sont deux matrices d'un même endomorphisme.
- Le spectre d'une matrice réelle dépend du corps : on distingue $\mathrm{Sp}_{\mathbb R}(A)$ et $\mathrm{Sp}_{\mathbb C}(A)$, et $\mathrm{Sp}_{\mathbb R}(A)=\mathrm{Sp}_{\mathbb C}(A)\cap\mathbb R$.
- Si $u$ et $v$ commutent, chaque sous-espace propre $E_\lambda(u)$ est stable par $v$ : c'est la section 1 appliquée à $u-\lambda\mathrm{Id}_E$, qui commute avec $v$.
En dimension infinie
- Sur $E=\mathcal C^\infty(\mathbb R,\mathbb R)$, soit $D : f\mapsto f'$. Pour tout $\lambda\in\mathbb R$, les solutions de $f'=\lambda f$ sont les $t\mapsto ce^{\lambda t}$ : tout réel est valeur propre, et $E_\lambda(D)=\mathrm{Vect}(t\mapsto e^{\lambda t})$.
- Sur $\mathbb K[X]$, l'endomorphisme $M : P\mapsto XP$ n'a aucune valeur propre : si $XP=\lambda P$ avec $P\neq 0$, alors $\deg(XP)=\deg P+1$ alors que $\deg(\lambda P)\leq\deg P$, ce qui est impossible.
Somme directe des sous-espaces propres
Soit $\lambda_1,\dots,\lambda_p$ des valeurs propres de $u$ deux à deux distinctes. Alors la somme $E_{\lambda_1}(u)+\cdots+E_{\lambda_p}(u)$ est directe. Par conséquent, toute famille $(x_1,\dots,x_p)$ où $x_i$ est un vecteur propre associé à $\lambda_i$ est libre, et en dimension $n$, $u$ admet au plus $n$ valeurs propres.
Preuve
Les polynômes $X-\lambda_1,\dots,X-\lambda_p$ sont deux à deux premiers entre eux, car les $\lambda_i$ sont distincts. Le lemme des noyaux appliqué à $P=\prod_{i=1}^p(X-\lambda_i)$ donne $$\mathrm{Ker}\,P(u)=\bigoplus_{i=1}^p\mathrm{Ker}(u-\lambda_i\mathrm{Id}_E)=\bigoplus_{i=1}^pE_{\lambda_i}(u),$$ donc la somme des $E_{\lambda_i}(u)$ est directe.
Si $\sum_{i=1}^pa_ix_i=0$, chaque $a_ix_i$ appartient à $E_{\lambda_i}(u)$ ; la somme étant directe, $a_ix_i=0$ pour tout $i$, et comme $x_i\neq 0$, $a_i=0$. Enfin, une famille libre de $E$ a au plus $n$ éléments.
Valeurs propres et polynômes
Soit $x$ un vecteur propre de $u$ associé à $\lambda$. Pour tout $P\in\mathbb K[X]$, $P(u)(x)=P(\lambda)x$.
- Si $P$ annule $u$, toute valeur propre de $u$ est racine de $P$.
- En dimension finie, les valeurs propres de $u$ sont exactement les racines de $\pi_u$ dans $\mathbb K$.
Preuve
Par récurrence, $u^k(x)=\lambda^kx$ pour tout $k\in\mathbb N$ ; par linéarité, $P(u)(x)=\sum_k a_k\lambda^kx=P(\lambda)x$.
-
Si $P(u)=0$, alors $P(\lambda)x=0$ avec $x\neq 0$, donc $P(\lambda)=0$.
-
Par 1, toute valeur propre est racine de $\pi_u$. Réciproquement, soit $\lambda\in\mathbb K$ tel que $\pi_u(\lambda)=0$ ; on écrit $\pi_u=(X-\lambda)Q$ avec $\deg Q<\deg\pi_u$. Par minimalité, $Q(u)\neq 0$ : il existe $y\in E$ tel que $x=Q(u)(y)\neq 0$. Alors $(u-\lambda\mathrm{Id}_E)(x)=\pi_u(u)(y)=0$, donc $x$ est un vecteur propre associé à $\lambda$.
Racines d'un annulateur
Un polynôme annulateur peut avoir des racines qui ne sont pas valeurs propres : $X(X-1)$ annule $\mathrm{Id}_E$, mais $0$ n'est pas valeur propre de $\mathrm{Id}_E$. Pour un annulateur quelconque, on a seulement l'inclusion du spectre dans l'ensemble des racines ; l'égalité vaut pour $\pi_u$ (et pour $\chi_u$, section 4).
Spectre d'un projecteur, d'une rotation
Comme $X(X-1)$ annule un projecteur $p$, $\mathrm{Sp}(p)\subset\{0,1\}$. Si $p\neq 0$ et $p\neq\mathrm{Id}_E$, $\pi_p=X(X-1)$, donc $\mathrm{Sp}(p)=\{0,1\}$, avec $E_1(p)=\mathrm{Im}\,p$ et $E_0(p)=\mathrm{Ker}\,p$.
Pour la rotation $R$, $\pi_R=X^2+1$ n'a pas de racine réelle : $\mathrm{Sp}_{\mathbb R}(R)=\varnothing$, tandis que $\mathrm{Sp}_{\mathbb C}(R)=\{i,-i\}$.
4.4. Polynôme caractéristique, théorème de Cayley-Hamilton
Polynôme caractéristique
Pour $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$, le polynôme caractéristique de $A$ est $$\chi_A=\det(XI_n-A)\in\mathbb K[X].$$ Si $B=S^{-1}AS$, alors $XI_n-B=S^{-1}(XI_n-A)S$, donc $\chi_B=\chi_A$. On pose $\chi_u=\chi_{\mathrm{Mat}_{\mathcal B}(u)}$, qui ne dépend pas de la base $\mathcal B$ de $E$.
Coefficients remarquables
$\chi_A$ est unitaire de degré $n$ et $$\chi_A=X^n-\mathrm{tr}(A)X^{n-1}+\cdots+(-1)^n\det A.$$ Pour $n=2$ : $\chi_A=X^2-\mathrm{tr}(A)X+\det A$. Si $A$ est triangulaire, $\chi_A=\prod_{i=1}^n(X-a_{ii})$. Enfin $\chi_{A^\top}=\chi_A$.
Preuve
Notons $M=XI_n-A=(m_{ij})$, avec $m_{ii}=X-a_{ii}$ et $m_{ij}=-a_{ij}$ si $i\neq j$. Dans $\det M=\sum_{\sigma\in\mathfrak S_n}\varepsilon(\sigma)\prod_{i=1}^nm_{\sigma(i)i}$, chaque terme est de degré au plus égal au nombre de points fixes de $\sigma$. Si $\sigma\neq\mathrm{id}$, $\sigma$ a au plus $n-2$ points fixes (si elle déplace $i$, elle déplace aussi $\sigma(i)$). Les termes de degrés $n$ et $n-1$ proviennent donc du seul produit $\prod_{i=1}^n(X-a_{ii})=X^n-(a_{11}+\cdots+a_{nn})X^{n-1}+\cdots$. Le coefficient constant est $\chi_A(0)=\det(-A)=(-1)^n\det A$. Le cas triangulaire vient du déterminant d'une matrice triangulaire, et $\chi_{A^\top}=\det\big((XI_n-A)^\top\big)=\chi_A$.
Valeurs propres et polynôme caractéristique
Les valeurs propres de $u$ sont exactement les racines de $\chi_u$ dans $\mathbb K$. En particulier, si $\mathbb K=\mathbb C$, $\mathrm{Sp}(u)\neq\varnothing$.
Preuve
Soit $A$ une matrice de $u$ et $\lambda\in\mathbb K$ : $\lambda\in\mathrm{Sp}(u)\iff\lambda I_n-A$ non inversible $\iff\det(\lambda I_n-A)=0\iff\chi_A(\lambda)=0$. Sur $\mathbb C$, $\chi_u$ est de degré $n\geq 1$, donc admet une racine par le théorème de d'Alembert-Gauss.
Multiplicité, polynôme scindé
Pour $\lambda\in\mathrm{Sp}(u)$, la multiplicité de $\lambda$, notée $m_\lambda$, est son ordre de multiplicité comme racine de $\chi_u$. On l'appelle parfois multiplicité algébrique, et $\dim E_\lambda(u)$ multiplicité géométrique.
Un polynôme est scindé sur $\mathbb K$ s'il est produit de polynômes de degré $1$ de $\mathbb K[X]$. Si $\chi_u$ est scindé : $\chi_u=\prod_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}(X-\lambda)^{m_\lambda}$ et $\sum_\lambda m_\lambda=n$.
Endomorphisme induit, encadrement des dimensions
- Si $F$ est un sous-espace stable par $u$, alors $\chi_{u_F}$ divise $\chi_u$.
- Pour toute valeur propre $\lambda$ de $u$ : $1\leq\dim E_\lambda(u)\leq m_\lambda$. En particulier, si $m_\lambda=1$, alors $\dim E_\lambda(u)=1$.
Preuve
-
Dans une base de $F$ complétée en une base de $E$, $\mathrm{Mat}(u)=\begin{pmatrix}A&B\\0&C\end{pmatrix}$ avec $A=\mathrm{Mat}(u_F)$ de taille $p$. Alors $XI_n-\mathrm{Mat}(u)=\begin{pmatrix}XI_p-A&-B\\0&XI_{n-p}-C\end{pmatrix}$ est triangulaire par blocs, donc $\chi_u=\chi_A\,\chi_C=\chi_{u_F}\,\chi_C$.
-
$E_\lambda(u)\neq\{0\}$, donc $d=\dim E_\lambda(u)\geq 1$. $E_\lambda(u)$ est stable par $u$ et $u$ y induit $\lambda\mathrm{Id}$, de polynôme caractéristique $(X-\lambda)^d$. Par 1, $(X-\lambda)^d$ divise $\chi_u$, donc $d\leq m_\lambda$.
Un calcul complet
Soit $A=\begin{pmatrix}2&1&1\\1&2&1\\1&1&2\end{pmatrix}=I_3+J$. Dans $\det(XI_3-A)$, on ajoute les deuxième et troisième colonnes à la première, puis on factorise $X-4$ : $$\chi_A=\det\begin{pmatrix}X-2&-1&-1\\-1&X-2&-1\\-1&-1&X-2\end{pmatrix}=(X-4)\det\begin{pmatrix}1&-1&-1\\1&X-2&-1\\1&-1&X-2\end{pmatrix}.$$ En retranchant la première ligne aux deux autres, la dernière matrice devient $\begin{pmatrix}1&-1&-1\\0&X-1&0\\0&0&X-1\end{pmatrix}$, d'où $\chi_A=(X-4)(X-1)^2$. Contrôle : $\mathrm{tr}(A)=6=4+1+1$ et $\det A=4=4\times1\times1$.
- $E_1(A)=\mathrm{Ker}(A-I_3)=\mathrm{Ker}\,J$ : le système se réduit à $x+y+z=0$, donc $E_1(A)=\mathrm{Vect}\big((1,-1,0),(1,0,-1)\big)$, de dimension $2=m_1$.
- $m_4=1$, donc $\dim E_4(A)=1$ ; comme $A(1,1,1)=(4,4,4)$, $E_4(A)=\mathrm{Vect}\big((1,1,1)\big)$.
Multiplicités différentes
Pour $T=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$ : $\chi_T=(X-1)^2$, donc $m_1=2$. Mais $T-I_2=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix}$ est de rang $1$, donc $\dim E_1(T)=1<m_1$.
Déterminer les éléments propres d'une matrice
- Calculer $\chi_A=\det(XI_n-A)$ en faisant apparaître des facteurs (opérations sur lignes et colonnes, développement selon une ligne creuse) plutôt qu'en développant tout.
- Contrôler avec la trace et le déterminant (coefficient de $X^{n-1}$ et coefficient constant).
- Factoriser : les racines dans $\mathbb K$ forment $\mathrm{Sp}(A)$, avec leurs multiplicités.
- Pour chaque $\lambda$, résoudre $(A-\lambda I_n)X=0$ ; on a $\dim E_\lambda(A)=n-\mathrm{rg}(A-\lambda I_n)$.
- Vérifier chaque vecteur propre trouvé en calculant $AX$.
Matrice compagnon
Pour $P=X^n+a_{n-1}X^{n-1}+\cdots+a_1X+a_0$ ($n\geq 2$), la matrice compagnon $$C_P=\begin{pmatrix}0&0&\cdots&0&-a_0\\1&0&\cdots&0&-a_1\\0&1&\ddots&\vdots&\vdots\\\vdots&\ddots&\ddots&0&-a_{n-2}\\0&\cdots&0&1&-a_{n-1}\end{pmatrix}$$ a pour polynôme caractéristique $\chi_{C_P}=P$.
Preuve
Soit $M=XI_n-C_P$, de lignes $L_1,\dots,L_n$. L'opération $L_1\leftarrow L_1+XL_2+X^2L_3+\cdots+X^{n-1}L_n$ ne change pas le déterminant. Pour $1\leq j\leq n-1$, la colonne $j$ de $M$ contient $X$ en ligne $j$, $-1$ en ligne $j+1$ et $0$ ailleurs : le nouveau coefficient $(1,j)$ vaut $X^{j-1}\cdot X+X^j\cdot(-1)=0$. Le nouveau coefficient $(1,n)$ vaut $a_0+a_1X+\cdots+a_{n-2}X^{n-2}+X^{n-1}(X+a_{n-1})=P$.
En développant selon la première ligne, $\chi_{C_P}=(-1)^{1+n}P\,\det N$, où $N$ s'obtient en supprimant la ligne $1$ et la colonne $n$ de $M$. $N$ est triangulaire supérieure de diagonale $(-1,\dots,-1)$, donc $\det N=(-1)^{n-1}$ et $\chi_{C_P}=(-1)^{2n}P=P$.
Théorème de Cayley-Hamilton
Pour tout $u\in\mathcal L(E)$, $E$ de dimension finie, $\chi_u(u)=0$. De même, $\chi_A(A)=0$ pour tout $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$.
Par conséquent, $\pi_u$ divise $\chi_u$ et $\deg\pi_u\leq n$.
Preuve (non exigible au programme)
Il suffit de montrer que $\chi_u(u)(x)=0$ pour tout $x\neq 0$. Soit $x\neq 0$ et $p$ le plus grand entier tel que $(x,u(x),\dots,u^{p-1}(x))$ soit libre ; on a $1\leq p\leq n$. La famille $(x,\dots,u^p(x))$ étant liée, $u^p(x)\in F=\mathrm{Vect}(x,\dots,u^{p-1}(x))$ : il existe $a_0,\dots,a_{p-1}$ tels que $u^p(x)=-\sum_{k=0}^{p-1}a_ku^k(x)$.
$F$ est stable par $u$ (l'image de chaque $u^k(x)$, $k\leq p-1$, est dans $F$), et la matrice de $u_F$ dans la base $(x,u(x),\dots,u^{p-1}(x))$ est la matrice compagnon de $Q=X^p+a_{p-1}X^{p-1}+\cdots+a_0$. Donc $\chi_{u_F}=Q$, et $$Q(u)(x)=u^p(x)+\sum_{k=0}^{p-1}a_ku^k(x)=0.$$ Comme $\chi_{u_F}$ divise $\chi_u$, on écrit $\chi_u=RQ$, et $\chi_u(u)(x)=R(u)\big(Q(u)(x)\big)=0$.
Une fausse démonstration
On ne peut pas écrire « $\chi_A(A)=\det(AI_n-A)=\det 0=0$ ». Dans $\chi_A=\det(XI_n-A)$, on ne remplace pas $X$ par une matrice à l'intérieur du déterminant : $\det(AI_n-A)$ serait un scalaire, alors que $\chi_A(A)$ est une matrice.
Déterminer le polynôme minimal
- Calculer et factoriser $\chi_A=\prod_i(X-\lambda_i)^{m_i}$ (sur $\mathbb C$ si besoin).
- $\pi_A$ divise $\chi_A$ (Cayley-Hamilton) et admet chaque $\lambda_i$ pour racine (section 3) : $\pi_A=\prod_i(X-\lambda_i)^{k_i}$ avec $1\leq k_i\leq m_i$.
- Tester les candidats par degré croissant : le premier qui annule $A$ est $\pi_A$.
- Si une relation simple ($A^2=\dots$) fournit un annulateur, partir de ses diviseurs unitaires.
Polynôme minimal de A = I + J
Pour $A=\begin{pmatrix}2&1&1\\1&2&1\\1&1&2\end{pmatrix}$, $\chi_A=(X-1)^2(X-4)$, donc $\pi_A\in\{(X-1)(X-4),\ (X-1)^2(X-4)\}$. Or $(A-I_3)(A-4I_3)=J(J-3I_3)=J^2-3J=0$, puisque $J^2=3J$. Donc $\pi_A=(X-1)(X-4)$.
5.5. Diagonalisabilité
Endomorphisme, matrice diagonalisable
$u$ est diagonalisable s'il existe une base de $E$ formée de vecteurs propres de $u$, c'est-à-dire une base dans laquelle la matrice de $u$ est diagonale.
$A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$ est diagonalisable si elle est semblable à une matrice diagonale : il existe $P\in\mathrm{GL}_n(\mathbb K)$ et $D$ diagonale telles que $A=PDP^{-1}$. Les colonnes de $P$ forment alors une base de vecteurs propres, la $j$-ème colonne étant associée au $j$-ème coefficient diagonal de $D$.
Caractérisations par les sous-espaces propres
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) $u$ est diagonalisable ;
(ii) $E=\bigoplus_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}E_\lambda(u)$ ;
(iii) $\sum_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}\dim E_\lambda(u)=\dim E$ ;
(iv) $\chi_u$ est scindé sur $\mathbb K$ et $\dim E_\lambda(u)=m_\lambda$ pour toute $\lambda\in\mathrm{Sp}(u)$.
Preuve
La somme $S=\sum_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}E_\lambda(u)$ est toujours directe (section 3), donc $\dim S=\sum_\lambda\dim E_\lambda(u)$.
(i)$\Rightarrow$(ii). Une base de vecteurs propres est contenue dans $S$, donc $E=S$, et la somme est directe.
(ii)$\Rightarrow$(i). En concaténant des bases des $E_\lambda(u)$, on obtient une base de $E$ adaptée à la somme directe, formée de vecteurs propres.
(ii)$\Leftrightarrow$(iii). $S$ est un sous-espace de $E$ : $S=E$ si et seulement si $\dim S=\dim E$.
(i)$\Rightarrow$(iv). Dans une base de vecteurs propres, la matrice $D$ de $u$ est diagonale, donc $\chi_u=\chi_D$ est scindé et $\sum_\lambda m_\lambda=n$. Par (iii), $\sum_\lambda\dim E_\lambda(u)=n$. Comme $\dim E_\lambda(u)\leq m_\lambda$ pour chaque $\lambda$, l'égalité des sommes impose $\dim E_\lambda(u)=m_\lambda$ pour tout $\lambda$.
(iv)$\Rightarrow$(iii). $\chi_u$ étant scindé de degré $n$, $\sum_\lambda m_\lambda=n$, donc $\sum_\lambda\dim E_\lambda(u)=n$.
Caractérisation par un polynôme annulateur
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) $u$ est diagonalisable ;
(ii) $u$ admet un polynôme annulateur scindé à racines simples ;
(iii) $\pi_u$ est scindé à racines simples.
Dans ce cas, $\pi_u=\prod_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}(X-\lambda)$.
Preuve
(i)$\Rightarrow$(iii). Soit $(e_1,\dots,e_n)$ une base de vecteurs propres, $u(e_j)=\mu_je_j$, et $P=\prod_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}(X-\lambda)$. Pour tout $j$, $P(u)(e_j)=P(\mu_j)e_j=0$ car $\mu_j\in\mathrm{Sp}(u)$. Donc $P(u)=0$ et $\pi_u$ divise $P$. Mais $\pi_u$ admet chaque valeur propre pour racine, donc $P$ divise $\pi_u$. Ces deux polynômes unitaires sont égaux, et $\pi_u$ est scindé à racines simples.
(iii)$\Rightarrow$(ii). Immédiat : $\pi_u$ est annulateur.
(ii)$\Rightarrow$(i). Soit $P=c\prod_{j=1}^r(X-\alpha_j)$ annulateur, $c\neq 0$, les $\alpha_j$ deux à deux distincts. Les $X-\alpha_j$ sont deux à deux premiers entre eux, et le lemme des noyaux donne $$E=\mathrm{Ker}\,P(u)=\bigoplus_{j=1}^r\mathrm{Ker}(u-\alpha_j\mathrm{Id}_E).$$ Chaque $\mathrm{Ker}(u-\alpha_j\mathrm{Id}_E)$ non nul est un sous-espace propre. En concaténant des bases des noyaux non nuls, on obtient une base de $E$ formée de vecteurs propres.
Condition suffisante
Si $\chi_u$ est scindé à racines simples, c'est-à-dire si $u$ admet $n$ valeurs propres distinctes, alors $u$ est diagonalisable et chaque sous-espace propre est une droite.
Preuve
Les $n$ valeurs propres $\lambda_1,\dots,\lambda_n$ vérifient $\dim E_{\lambda_i}(u)\geq 1$, donc $\sum_i\dim E_{\lambda_i}(u)\geq n$. Cette somme est aussi $\leq n$, car la somme des $E_{\lambda_i}(u)$ est directe dans $E$. D'où l'égalité, qui donne la diagonalisabilité, et chaque dimension vaut $1$.
Ni nécessaire, ni « scindé » suffit
La condition précédente n'est pas nécessaire : $I_n$ est diagonale, donc diagonalisable, et n'a qu'une valeur propre. Et « $\chi_u$ scindé » ne suffit pas : $\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$ a un polynôme caractéristique scindé et n'est pas diagonalisable.
Diagonalisation d'un endomorphisme induit
Si $u$ est diagonalisable et si $F\neq\{0\}$ est un sous-espace stable par $u$, alors $u_F$ est diagonalisable.
En effet, $\pi_u$ annule $u_F$ (section 2) et il est scindé à racines simples ; on applique la caractérisation par un polynôme annulateur à $u_F$.
Conséquence : $F$ admet une base de vecteurs propres de $u$, et $F=\bigoplus_{\lambda\in\mathrm{Sp}(u)}\big(F\cap E_\lambda(u)\big)$, puisque $E_\lambda(u_F)=F\cap E_\lambda(u)$.
Diagonalisation effective
Reprenons $A=\begin{pmatrix}2&1&1\\1&2&1\\1&1&2\end{pmatrix}$, avec $\chi_A=(X-1)^2(X-4)$. On a $\dim E_1(A)=2=m_1$ et $\dim E_4(A)=1=m_4$ : $A$ est diagonalisable (ce que donnait aussi $\pi_A=(X-1)(X-4)$, scindé à racines simples). Avec $$P=\begin{pmatrix}1&1&1\\1&-1&0\\1&0&-1\end{pmatrix},\qquad D=\begin{pmatrix}4&0&0\\0&1&0\\0&0&1\end{pmatrix},$$ on a $A=PDP^{-1}$. Vérification colonne par colonne : $A(1,1,1)=(4,4,4)$, $A(1,-1,0)=(1,-1,0)$, $A(1,0,-1)=(1,0,-1)$, et $\det P=3\neq 0$.
Une matrice non diagonalisable
Soit $B=\begin{pmatrix}3&-1&1\\2&0&1\\1&-1&2\end{pmatrix}$. En développant $\det(XI_3-B)$ selon la première ligne : $$\chi_B=(X-3)(X-1)^2-(-2X+3)-(X-2)=(X-1)\big[(X-3)(X-1)+1\big]=(X-1)(X-2)^2.$$ Contrôle : $\mathrm{tr}(B)=5=1+2+2$ et $\det B=4=1\times2\times2$.
Pour $\lambda=2$ : $B-2I_3=\begin{pmatrix}1&-1&1\\2&-2&1\\1&-1&0\end{pmatrix}$. La deuxième ligne est la somme des deux autres, qui ne sont pas colinéaires : le rang vaut $2$ et $\dim E_2(B)=1<2=m_2$. $B$ n'est diagonalisable ni dans $\mathcal M_3(\mathbb R)$ ni dans $\mathcal M_3(\mathbb C)$. On trouve $E_2(B)=\mathrm{Vect}\big((1,1,0)\big)$ et $E_1(B)=\mathrm{Vect}\big((0,1,1)\big)$.
Projecteurs, symétries, matrices d'ordre fini
- Projecteur : $X(X-1)$ annule $p$ et est scindé à racines simples, donc $p$ est diagonalisable et $E=\mathrm{Ker}\,p\oplus\mathrm{Im}\,p$.
- Symétrie : $X^2-1=(X-1)(X+1)$ annule $s$, donc $s$ est diagonalisable.
- Si $A\in\mathcal M_n(\mathbb C)$ vérifie $A^k=I_n$ ($k\geq 1$), $X^k-1=\prod_{j=0}^{k-1}(X-e^{2ij\pi/k})$ est scindé à racines simples sur $\mathbb C$ : $A$ est diagonalisable dans $\mathcal M_n(\mathbb C)$. Sur $\mathbb R$, c'est faux : $R^4=I_2$, mais $R$ n'est pas diagonalisable dans $\mathcal M_2(\mathbb R)$.
Étudier la diagonalisabilité d'une matrice
- Chercher d'abord un annulateur simple (relation donnée par l'énoncé, du type $A^2=\dots$). S'il est scindé à racines simples sur $\mathbb K$, conclure : diagonalisable.
- Sinon, calculer $\chi_A$. S'il n'est pas scindé sur $\mathbb K$, $A$ n'est pas diagonalisable sur $\mathbb K$.
- S'il est scindé à racines simples, $A$ est diagonalisable.
- Sinon, pour chaque valeur propre multiple $\lambda$ (inutile pour les valeurs propres simples), comparer $\dim E_\lambda(A)=n-\mathrm{rg}(A-\lambda I_n)$ à $m_\lambda$. $A$ est diagonalisable si et seulement s'il y a égalité pour toutes.
- Pour diagonaliser, juxtaposer des bases des sous-espaces propres dans $P$, ranger les valeurs propres dans $D$ dans le même ordre, et vérifier $AP=PD$ (plus rapide que de calculer $P^{-1}$).
Deux résultats à connaître
- Toute matrice symétrique réelle est diagonalisable, dans une base orthonormée : c'est le théorème spectral, démontré dans le chapitre sur les espaces euclidiens.
- Une matrice $A$ de rang $1$ s'écrit $A=XY^\top$ et vérifie $A^2=\mathrm{tr}(A)A$. Elle est diagonalisable si et seulement si $\mathrm{tr}(A)\neq 0$ : si $\mathrm{tr}(A)\neq 0$, $X(X-\mathrm{tr}(A))$ est annulateur scindé à racines simples ; si $\mathrm{tr}(A)=0$, $A$ est nilpotente non nulle (section 6).
6.6. Trigonalisabilité, endomorphismes nilpotents
Endomorphisme, matrice trigonalisable
$u$ est trigonalisable s'il existe une base de $E$ dans laquelle sa matrice est triangulaire supérieure. $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$ est trigonalisable si elle est semblable à une matrice triangulaire supérieure.
Si $\mathrm{Mat}_{(e_1,\dots,e_n)}(u)$ est triangulaire supérieure, chaque $\mathrm{Vect}(e_1,\dots,e_k)$ est stable par $u$, et $e_1$ est vecteur propre.
Caractérisation de la trigonalisabilité
$u$ est trigonalisable si et seulement si $\chi_u$ est scindé sur $\mathbb K$.
En particulier, toute matrice de $\mathcal M_n(\mathbb C)$ est trigonalisable.
Preuve
Sens direct. Si $\mathrm{Mat}(u)=T$ est triangulaire supérieure, $\chi_u=\chi_T=\prod_{i=1}^n(X-t_{ii})$ est scindé.
Réciproque, par récurrence sur $n$, sous forme matricielle : « toute $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$ dont le polynôme caractéristique est scindé est semblable à une matrice triangulaire supérieure ». Pour $n=1$, c'est clair. Soit $n\geq 2$ ; supposons la propriété vraie au rang $n-1$, et soit $A\in\mathcal M_n(\mathbb K)$ avec $\chi_A$ scindé. $\chi_A$ a une racine $\lambda\in\mathbb K$ ; soit $e_1$ un vecteur propre associé, complété en une base $(e_1,\dots,e_n)$ de $\mathbb K^n$. Si $Q$ est la matrice de passage de la base canonique à cette base, $$Q^{-1}AQ=\begin{pmatrix}\lambda&L\\0&A'\end{pmatrix},\qquad A'\in\mathcal M_{n-1}(\mathbb K),\ L\in\mathcal M_{1,n-1}(\mathbb K).$$ Par le déterminant triangulaire par blocs, $\chi_A=(X-\lambda)\chi_{A'}$. $\chi_A$ étant scindé, $\chi_{A'}$ l'est aussi (par unicité de la décomposition en facteurs irréductibles). Par hypothèse de récurrence, il existe $S\in\mathrm{GL}_{n-1}(\mathbb K)$ telle que $T'=S^{-1}A'S$ soit triangulaire supérieure. On pose $R=Q\begin{pmatrix}1&0\\0&S\end{pmatrix}$, inversible ; par produit par blocs, $$R^{-1}AR=\begin{pmatrix}1&0\\0&S^{-1}\end{pmatrix}\begin{pmatrix}\lambda&L\\0&A'\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&0\\0&S\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\lambda&LS\\0&T'\end{pmatrix},$$ qui est triangulaire supérieure.
Sur $\mathbb C$, tout polynôme non constant est scindé (d'Alembert-Gauss).
Trace et déterminant
Si $\chi_A$ est scindé, $\chi_A=\prod_{i=1}^n(X-\lambda_i)$, les $\lambda_i$ étant les valeurs propres répétées selon leur multiplicité, et $$\mathrm{tr}(A)=\sum_{i=1}^n\lambda_i,\qquad\det A=\prod_{i=1}^n\lambda_i,\qquad \mathrm{tr}(A^k)=\sum_{i=1}^n\lambda_i^k\ \ (k\in\mathbb N).$$ Pour $A\in\mathcal M_n(\mathbb R)$, on applique ce résultat dans $\mathcal M_n(\mathbb C)$ : la trace (resp. le déterminant) est la somme (resp. le produit) des valeurs propres complexes comptées avec multiplicité.
Preuve : $A=QTQ^{-1}$ avec $T$ triangulaire ; la diagonale de $T$ porte les racines de $\chi_T=\chi_A$, c'est-à-dire $(\lambda_1,\dots,\lambda_n)$ à l'ordre près. Trace et déterminant sont invariants par similitude. Enfin $A^k=QT^kQ^{-1}$, et $T^k$ est triangulaire de diagonale $(\lambda_1^k,\dots,\lambda_n^k)$.
Trigonaliser une matrice 3×3
Soit $A=\begin{pmatrix}0&1&1\\-1&2&1\\0&0&1\end{pmatrix}$. En développant selon la dernière ligne, $\chi_A=(X-1)\big(X(X-2)+1\big)=(X-1)^3$. Contrôle : $\mathrm{tr}(A)=3$, $\det A=1$.
$A-I_3=\begin{pmatrix}-1&1&1\\-1&1&1\\0&0&0\end{pmatrix}$ est de rang $1$ : $E_1(A)$ est le plan $-x+y+z=0$, de dimension $2<3$. $A$ n'est pas diagonalisable, mais elle est trigonalisable car $\chi_A$ est scindé.
Base de $E_1(A)$ : $f_1=(1,1,0)$, $f_2=(1,0,1)$. On complète par $f_3=(1,0,0)$, hors du plan. Alors $Af_3=(0,-1,0)$ ; on cherche $(0,-1,0)=af_1+bf_2+cf_3$ : la troisième coordonnée donne $b=0$, la deuxième $a=-1$, la première $a+b+c=0$, soit $c=1$. Donc $Af_3=-f_1+f_3$ et, avec $P=\begin{pmatrix}1&1&1\\1&0&0\\0&1&0\end{pmatrix}$ (colonnes $f_1,f_2,f_3$, $\det P=1$), $$P^{-1}AP=T=\begin{pmatrix}1&0&-1\\0&1&0\\0&0&1\end{pmatrix}.$$ Vérification : $AP=\begin{pmatrix}1&1&0\\1&0&-1\\0&1&0\end{pmatrix}=PT$.
Trigoniser une matrice de taille 2 ou 3
- Calculer et factoriser $\chi_A$ ; vérifier qu'il est scindé sur $\mathbb K$.
- Déterminer les sous-espaces propres et en prendre des bases.
- Compléter la famille obtenue en une base de $\mathbb K^n$ (vecteurs de la base canonique, ou vecteurs de $\mathrm{Ker}(A-\lambda I_n)^2$, voir section 7).
- Calculer l'image des vecteurs ajoutés, les décomposer dans la nouvelle base, et ordonner la base pour obtenir une matrice triangulaire supérieure.
- Vérifier $AP=PT$.
Cas $n=2$, $\chi_A=(X-\lambda)^2$, $A\neq\lambda I_2$ : par Cayley-Hamilton, $(A-\lambda I_2)^2=0$. Tout $f_2\notin E_\lambda(A)$ convient : $f_1=(A-\lambda I_2)f_2$ est non nul et vérifie $(A-\lambda I_2)f_1=0$, la famille $(f_1,f_2)$ est libre et $P^{-1}AP=\begin{pmatrix}\lambda&1\\0&\lambda\end{pmatrix}$.
Endomorphisme nilpotent, indice
$u$ est nilpotent s'il existe $p\in\mathbb N$ tel que $u^p=0$. Le plus petit entier $q\geq 1$ tel que $u^q=0$ est l'indice de nilpotence de $u$ : $u^{q-1}\neq 0$ et $u^q=0$. Même définition pour une matrice.
Caractérisation des nilpotents
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) $u$ est nilpotent ;
(ii) il existe une base dans laquelle la matrice de $u$ est triangulaire supérieure stricte (diagonale nulle) ;
(iii) $\chi_u=X^n$.
De plus, si $u$ est nilpotent d'indice $q$, alors $\pi_u=X^q$, $q\leq n$ et $u^n=0$.
Preuve
(i)$\Rightarrow$(ii). Soit $p$ tel que $u^p=0$. Les noyaux itérés forment une suite croissante $\{0\}=\mathrm{Ker}\,u^0\subset\mathrm{Ker}\,u\subset\cdots\subset\mathrm{Ker}\,u^p=E$ (si $u^k(x)=0$, alors $u^{k+1}(x)=0$). On construit une base $(e_1,\dots,e_n)$ adaptée : une base de $\mathrm{Ker}\,u$, complétée en une base de $\mathrm{Ker}\,u^2$, etc. Soit $e_j$ un vecteur ajouté à l'étape $k+1$ : $e_j\in\mathrm{Ker}\,u^{k+1}$, donc $u^k(u(e_j))=0$ et $u(e_j)\in\mathrm{Ker}\,u^k$, engendré par des $e_i$ d'indices $i<j$. La colonne $j$ n'a donc de coefficients non nuls que sur les lignes $i<j$ : la matrice est triangulaire supérieure stricte.
(ii)$\Rightarrow$(iii). Si $T$ est triangulaire supérieure de diagonale nulle, $\chi_u=\chi_T=X^n$.
(iii)$\Rightarrow$(i). Par Cayley-Hamilton, $u^n=\chi_u(u)=0$.
Indice : $\pi_u$ divise $X^q$, donc $\pi_u=X^k$ avec $k\leq q$ ; si $k<q$, $X^{q-1}$ serait multiple de $\pi_u$, donc annulateur, ce qui est exclu. Donc $\pi_u=X^q$. Par Cayley-Hamilton, $X^q$ divise $\chi_u=X^n$, donc $q\leq n$.
Une preuve directe de q ≤ n, classique à l'oral
Si $u$ est nilpotent d'indice $q$ et si $u^{q-1}(x)\neq 0$, la famille $(x,u(x),\dots,u^{q-1}(x))$ est libre. Sinon, soit $\sum_{k=0}^{q-1}a_ku^k(x)=0$ avec des $a_k$ non tous nuls, et $j$ le plus petit indice tel que $a_j\neq 0$. En appliquant $u^{q-1-j}$, les termes d'indice $k>j$ s'annulent (exposant $\geq q$) et il reste $a_ju^{q-1}(x)=0$, contradiction. Une famille libre de $q$ vecteurs impose $q\leq n$.
Nilpotent et diagonalisable
Si $u$ est diagonalisable et $\mathrm{Sp}(u)=\{\lambda\}$, alors $u=\lambda\mathrm{Id}_E$ : en effet $\pi_u=X-\lambda$. Un nilpotent a pour seule valeur propre $0$ ($\chi_u=X^n$) ; donc un endomorphisme nilpotent et diagonalisable est nul.
Retour sur l'exemple de trigonalisation
Avec $A=\begin{pmatrix}0&1&1\\-1&2&1\\0&0&1\end{pmatrix}$, la matrice $N=A-I_3=\begin{pmatrix}-1&1&1\\-1&1&1\\0&0&0\end{pmatrix}$ est non nulle et vérifie $N^2=0$ (calcul direct, ou $N^2=\mathrm{tr}(N)N$ avec $\mathrm{tr}(N)=0$ pour une matrice de rang $1$). $N$ est nilpotente d'indice $2$ et $\pi_A=(X-1)^2$, qui n'est pas à racines simples : on retrouve que $A$ n'est pas diagonalisable.
7.7. Sous-espaces caractéristiques
Sous-espace caractéristique
On suppose $\chi_u$ scindé : $\chi_u=\prod_{i=1}^r(X-\lambda_i)^{m_i}$, les $\lambda_i$ étant deux à deux distincts. Le sous-espace caractéristique de $u$ associé à $\lambda_i$ est $$F_i=\mathrm{Ker}(u-\lambda_i\mathrm{Id}_E)^{m_i}.$$ Il contient le sous-espace propre $E_{\lambda_i}(u)$.
Décomposition en sous-espaces caractéristiques
Si $\chi_u$ est scindé, avec les notations précédentes :
- $E=F_1\oplus F_2\oplus\cdots\oplus F_r$, et chaque $F_i$ est stable par $u$ ;
- l'endomorphisme induit s'écrit $u_{F_i}=\lambda_i\mathrm{Id}_{F_i}+n_i$, avec $n_i$ nilpotent ;
- $\dim F_i=m_i$.
Par conséquent, $u$ admet une matrice diagonale par blocs $$\begin{pmatrix}T_1&&0\\&\ddots&\\0&&T_r\end{pmatrix},\qquad T_i=\lambda_iI_{m_i}+N_i,$$ où $N_i\in\mathcal M_{m_i}(\mathbb K)$ est triangulaire supérieure stricte.
Preuve
-
Les polynômes $(X-\lambda_i)^{m_i}$ sont deux à deux premiers entre eux (pas de racine commune), et leur produit $\chi_u$ annule $u$ (Cayley-Hamilton). Le lemme des noyaux donne $E=\bigoplus_iF_i$. Chaque $F_i$ est le noyau d'un polynôme en $u$, donc est stable par $u$.
-
Soit $n_i=u_{F_i}-\lambda_i\mathrm{Id}_{F_i}$. Pour $x\in F_i$, $n_i^{m_i}(x)=(u-\lambda_i\mathrm{Id}_E)^{m_i}(x)=0$. Donc $n_i$ est nilpotent.
-
Soit $d_i=\dim F_i$. Comme $n_i$ est nilpotent, $\chi_{n_i}=X^{d_i}$, et $$\chi_{u_{F_i}}(X)=\det\big((X-\lambda_i)\mathrm{Id}-n_i\big)=\chi_{n_i}(X-\lambda_i)=(X-\lambda_i)^{d_i}.$$ Dans une base adaptée à $E=\bigoplus F_i$, la matrice de $u$ est diagonale par blocs, donc $\chi_u=\prod_{i=1}^r\chi_{u_{F_i}}=\prod_{i=1}^r(X-\lambda_i)^{d_i}$. Par unicité de la décomposition en facteurs irréductibles, $d_i=m_i$ pour tout $i$.
Forme matricielle : on choisit dans chaque $F_i$ une base où la matrice $N_i$ de $n_i$ est triangulaire supérieure stricte (section 6) ; la matrice de $u_{F_i}$ y vaut $\lambda_iI_{m_i}+N_i$, et on concatène ces bases.
Conséquences
- Si $\chi_u$ est scindé, $u$ est diagonalisable si et seulement si $F_i=E_{\lambda_i}(u)$ pour tout $i$, c'est-à-dire si et seulement si tous les $n_i$ sont nuls.
- $u$ est trigonalisable si et seulement s'il admet un polynôme annulateur scindé sur $\mathbb K$.
Preuve
-
$E_{\lambda_i}(u)\subset F_i$ et $\dim F_i=m_i$, donc $F_i=E_{\lambda_i}(u)$ équivaut à $\dim E_{\lambda_i}(u)=m_i$ ; on applique la caractérisation (iv) de la diagonalisabilité. Enfin $F_i=E_{\lambda_i}(u)$ signifie exactement $n_i=0$.
-
Si $u$ est trigonalisable, $\chi_u$ est scindé et annulateur. Réciproquement, soit $P=c\prod_{j=1}^s(X-\alpha_j)^{k_j}$ annulateur, $c\neq 0$, les $\alpha_j$ distincts. Par le lemme des noyaux, $E=\bigoplus_jG_j$ avec $G_j=\mathrm{Ker}(u-\alpha_j\mathrm{Id}_E)^{k_j}$, stable par $u$. Sur chaque $G_j$ non nul, $u_{G_j}-\alpha_j\mathrm{Id}$ est nilpotent, donc admet une matrice triangulaire supérieure stricte, et $u_{G_j}$ une matrice triangulaire supérieure. En concaténant ces bases, la matrice de $u$ est diagonale par blocs triangulaires supérieurs, donc triangulaire supérieure.
Réduction de B
Reprenons $B=\begin{pmatrix}3&-1&1\\2&0&1\\1&-1&2\end{pmatrix}$, $\chi_B=(X-1)(X-2)^2$. Comme $m_1=1$, $F_1=E_1(B)=\mathrm{Vect}\big((0,1,1)\big)$. Pour $\lambda=2$ : $$(B-2I_3)^2=\begin{pmatrix}1&-1&1\\2&-2&1\\1&-1&0\end{pmatrix}^2=\begin{pmatrix}0&0&0\\-1&1&0\\-1&1&0\end{pmatrix},$$ donc $F_2=\mathrm{Ker}(B-2I_3)^2$ est le plan $x=y$, de dimension $2=m_2$ ; il contient $E_2(B)=\mathrm{Vect}\big((1,1,0)\big)$.
On prend $f_1=(1,1,0)\in E_2(B)$, $f_2=(0,0,1)\in F_2\setminus E_2(B)$ et $f_3=(0,1,1)$. Alors $Bf_1=2f_1$, $Bf_2=(1,1,2)=f_1+2f_2$ et $Bf_3=f_3$. Avec $P=\begin{pmatrix}1&0&0\\1&0&1\\0&1&1\end{pmatrix}$ ($\det P=-1$), $$P^{-1}BP=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&1\end{pmatrix}.$$ Le bloc $\begin{pmatrix}2&1\\0&2\end{pmatrix}$ vaut $2I_2+N$ avec $N^2=0$. Comme $B$ n'est pas diagonalisable, $\pi_B\neq(X-1)(X-2)$, donc $\pi_B=(X-1)(X-2)^2=\chi_B$.
Réduire une matrice non diagonalisable à χ scindé
- Factoriser $\chi_A=\prod(X-\lambda_i)^{m_i}$.
- Pour chaque $\lambda_i$ de multiplicité $m_i\geq 2$, calculer $F_i=\mathrm{Ker}(A-\lambda_iI_n)^{m_i}$ et vérifier $\dim F_i=m_i$ ; pour $m_i=1$, $F_i=E_{\lambda_i}(A)$.
- Dans chaque $F_i$, choisir une base commençant par une base de $E_{\lambda_i}(A)$, de sorte que la matrice de l'induit soit triangulaire.
- Concaténer et vérifier $AP=PT$.
Hors programme mais classique
- Réduction de Jordan : on peut choisir les bases des $F_i$ pour que $N_i$ n'ait de coefficients non nuls que sur la sur-diagonale, égaux à $0$ ou $1$.
- Décomposition de Dunford : si $\chi_u$ est scindé, $u=d+n$ avec $d$ diagonalisable, $n$ nilpotent et $d\circ n=n\circ d$ ; elle découle du théorème précédent en prenant $d$ égal à $\lambda_i\mathrm{Id}$ sur chaque $F_i$. Ces résultats peuvent être utilisés à condition d'être redémontrés ou guidés par l'énoncé.
8.8. Applications : puissances, suites récurrentes, commutant
Calculer les puissances d'une matrice
- Par diagonalisation : si $A=PDP^{-1}$, alors $A^k=PD^kP^{-1}$ avec $D^k=\mathrm{diag}(\lambda_1^k,\dots,\lambda_n^k)$. Il faut calculer $P^{-1}$.
- Par un polynôme annulateur $Q$ de degré $d$ (souvent $\pi_A$) : division euclidienne $X^k=Q_kQ+R_k$ avec $\deg R_k<d$, d'où $A^k=R_k(A)$. Les coefficients de $R_k$ s'obtiennent en évaluant en les racines de $Q$ ; en une racine multiple $\lambda$, on dérive l'égalité, car $\lambda$ est aussi racine de $Q'$.
- Par décomposition $A=\lambda I_n+N$, $N$ nilpotente d'indice $q$ : $\lambda I_n$ et $N$ commutent, et la formule du binôme donne, pour $k\geq q-1$, $A^k=\sum_{j=0}^{q-1}\binom kj\lambda^{k-j}N^j$.
Puissances de A = I + J
Pour $A=\begin{pmatrix}2&1&1\\1&2&1\\1&1&2\end{pmatrix}$, $\pi_A=(X-1)(X-4)$. On écrit $X^k=Q_k(X)(X-1)(X-4)+a_kX+b_k$. En évaluant en $1$ et en $4$ : $a_k+b_k=1$ et $4a_k+b_k=4^k$, d'où $a_k=\frac{4^k-1}{3}$ et $b_k=\frac{4-4^k}{3}$. Donc $$A^k=\frac{4^k-1}{3}A+\frac{4-4^k}{3}I_3=I_3+\frac{4^k-1}{3}J,$$ puisque $A=I_3+J$. Contrôle : $k=0$ donne $I_3$, $k=1$ donne $A$, $k=2$ donne $I_3+5J$, et directement $A^2=I_3+2J+J^2=I_3+5J$.
Puissances de B : racine double
Pour $B$ de la section 7, $\pi_B=(X-1)(X-2)^2$. On écrit $X^k=Q_k\pi_B+R_k$ avec $R_k=aX^2+bX+c$. On évalue en $1$ et en $2$, puis on dérive ($kX^{k-1}=Q_k'\pi_B+Q_k\pi_B'+R_k'$) et on évalue en $2$, racine de $\pi_B$ et de $\pi_B'$ : $$\begin{cases}a+b+c=1\\4a+2b+c=2^k\\4a+b=k\,2^{k-1}\end{cases}$$ On obtient $a=(k-2)2^{k-1}+1$, $b=2^{k+2}-3k\,2^{k-1}-4$, $c=(k-3)2^k+4$, et $B^k=aB^2+bB+cI_3$. Contrôle pour $k=3$ : $R_3=5X^2-8X+4$, et $X^3-R_3=X^3-5X^2+8X-4=\pi_B$.
Suites récurrentes linéaires
Soit $a_0,\dots,a_{p-1}\in\mathbb K$ et $S$ l'ensemble des suites $(u_n)\in\mathbb K^{\mathbb N}$ telles que $$\forall n\in\mathbb N,\quad u_{n+p}=a_{p-1}u_{n+p-1}+\cdots+a_1u_{n+1}+a_0u_n.$$ Soit $P=X^p-a_{p-1}X^{p-1}-\cdots-a_1X-a_0$ le polynôme caractéristique de la relation. Si $P$ est scindé à racines simples $r_1,\dots,r_p$ sur $\mathbb K$, les suites de $S$ sont exactement les suites $u_n=\sum_{i=1}^pc_ir_i^n$, $(c_1,\dots,c_p)\in\mathbb K^p$ (avec la convention $0^0=1$).
Preuve
$S$ est un sous-espace vectoriel de $\mathbb K^{\mathbb N}$, et $(u_n)\mapsto(u_0,\dots,u_{p-1})$ est un isomorphisme de $S$ sur $\mathbb K^p$ : une suite de $S$ est déterminée par ses $p$ premiers termes, qui sont arbitraires. Donc $\dim S=p$.
Pour $(u_n)\in S$, on pose $U_n=(u_n,u_{n+1},\dots,u_{n+p-1})^\top$. Alors $U_{n+1}=MU_n$ avec $$M=\begin{pmatrix}0&1&0&\cdots&0\\0&0&1&\ddots&\vdots\\\vdots&&\ddots&\ddots&0\\0&\cdots&\cdots&0&1\\a_0&a_1&\cdots&\cdots&a_{p-1}\end{pmatrix}.$$ $M$ est la transposée de la matrice compagnon de $P$ (les coefficients de $P$ sont les $-a_k$, d'où la dernière colonne $(a_0,\dots,a_{p-1})$ de $C_P$), donc $\chi_M=\chi_{C_P}=P$. $P$ étant scindé à racines simples, $M$ est diagonalisable : $M=QDQ^{-1}$ avec $D=\mathrm{diag}(r_1,\dots,r_p)$. Alors $U_n=M^nU_0=QD^nQ^{-1}U_0$, et la première coordonnée $u_n$ est combinaison linéaire, à coefficients indépendants de $n$, des $r_i^n$.
Les $p$ suites $(r_i^n)_n$ appartiennent à $S$, car $P(r_i)=0$ donne $r_i^{n+p}=\sum_{k=0}^{p-1}a_kr_i^{n+k}$, et elles engendrent $S$. Comme $\dim S=p$, elles en forment une base.
Une récurrence d'ordre 2
Soit $u_0=0$, $u_1=1$ et $u_{n+2}=u_{n+1}+2u_n$. Le polynôme $X^2-X-2=(X-2)(X+1)$ a deux racines simples, donc $u_n=c_12^n+c_2(-1)^n$. Les conditions initiales donnent $c_1+c_2=0$ et $2c_1-c_2=1$, soit $c_1=\frac13$ et $c_2=-\frac13$ : $$u_n=\frac{2^n-(-1)^n}{3}.$$ Contrôle : la formule donne $u_2=1$ et $u_3=3$, conformes à la relation ($u_2=1+0$, $u_3=1+2$).
Racines multiples
Si $P$ a des racines multiples, $M$ n'est pas diagonalisable : pour tout $\lambda$, les $p-1$ premières lignes de $M-\lambda I_p$ sont libres, donc chaque sous-espace propre est une droite. Les sous-espaces caractéristiques montrent alors qu'une base de $S$ est formée des suites $(n^jr^n)_n$, $0\leq j<m_r$, pour chaque racine $r$ de multiplicité $m_r$. Le cas $p=2$ avec racine double, $u_n=(\alpha+\beta n)r^n$, est au programme de première année ; le cas général est à savoir retrouver.
Commutant d'un endomorphisme à valeurs propres simples
Le commutant de $u$ est $\mathcal C(u)=\{v\in\mathcal L(E),\ u\circ v=v\circ u\}$ ; c'est une sous-algèbre de $\mathcal L(E)$ qui contient $\mathbb K[u]$.
Si $u$ admet $n=\dim E$ valeurs propres distinctes, alors $\mathcal C(u)=\mathbb K[u]$, de dimension $n$, de base $(\mathrm{Id}_E,u,\dots,u^{n-1})$.
Preuve
Soit $(e_1,\dots,e_n)$ une base de vecteurs propres, $u(e_i)=\lambda_ie_i$, les $\lambda_i$ distincts ; chaque $E_{\lambda_i}(u)=\mathrm{Vect}(e_i)$ est une droite. Soit $v\in\mathcal C(u)$. Les sous-espaces propres de $u$ sont stables par $v$, donc $v(e_i)=\mu_ie_i$ pour un $\mu_i\in\mathbb K$. Par interpolation de Lagrange, il existe $L\in\mathbb K_{n-1}[X]$ tel que $L(\lambda_i)=\mu_i$ pour tout $i$. Alors $L(u)(e_i)=L(\lambda_i)e_i=\mu_ie_i=v(e_i)$ pour tout $i$, donc $v=L(u)\in\mathbb K[u]$. L'inclusion $\mathbb K[u]\subset\mathcal C(u)$ est claire. Enfin $\pi_u=\prod_{i=1}^n(X-\lambda_i)$ est de degré $n$, donc $\dim\mathbb K[u]=n$, de base $(\mathrm{Id}_E,\dots,u^{n-1})$.
Commutant d'un endomorphisme diagonalisable
Soit $u$ diagonalisable, de valeurs propres distinctes $\lambda_1,\dots,\lambda_r$, et $d_i=\dim E_{\lambda_i}(u)$. Alors $v$ commute avec $u$ si et seulement si $v$ laisse stable chaque $E_{\lambda_i}(u)$. Dans une base adaptée à $E=\bigoplus E_{\lambda_i}(u)$, les matrices des éléments de $\mathcal C(u)$ sont les matrices diagonales par blocs $\mathrm{diag}(V_1,\dots,V_r)$, $V_i\in\mathcal M_{d_i}(\mathbb K)$ quelconques. Donc $\dim\mathcal C(u)=\sum_{i=1}^rd_i^2$.
Preuve
Le sens direct a été vu en section 3. Réciproquement, si $v$ stabilise chaque $E_{\lambda_i}(u)$, pour $x\in E_{\lambda_i}(u)$ : $u(v(x))=\lambda_iv(x)=v(\lambda_ix)=v(u(x))$. Les applications linéaires $u\circ v$ et $v\circ u$ coïncident sur chaque $E_{\lambda_i}(u)$, donc sur leur somme $E$. La description matricielle découle de la traduction de la stabilité (section 1), et l'espace des matrices $\mathrm{diag}(V_1,\dots,V_r)$ est de dimension $\sum d_i^2$.
Deux commutants
- Pour $A=\begin{pmatrix}2&1&1\\1&2&1\\1&1&2\end{pmatrix}$ : $d_4=1$ et $d_1=2$, donc $\dim\mathcal C(A)=1+4=5$, alors que $\dim\mathbb R[A]=\deg\pi_A=2$. Le commutant est strictement plus gros que $\mathbb R[A]$.
- Pour $D=\mathrm{diag}(1,2,3)$ : trois valeurs propres distinctes, donc $\mathcal C(D)$ est l'ensemble des matrices diagonales, égal à $\mathrm{Vect}(I_3,D,D^2)$.