Suites réelles : convergence
Ce chapitre fait partie du programme de Prépa, 1re année.
La notion de limite d'une suite est la porte d'entrée de l'analyse : continuité, dérivabilité, séries et intégrales reposent sur elle. Ce chapitre fixe la définition rigoureuse de la convergence et donne les outils pour prouver qu'une suite converge, parfois sans connaître sa limite à l'avance.
Prérequis
- Propriété de la borne supérieure dans $\mathbb R$, définition et caractérisation de $\sup A$ et $\inf A$
- Valeur absolue, inégalité triangulaire, partie entière $\lfloor x\rfloor$
- Raisonnement par récurrence, par l'absurde, manipulation des quantificateurs — Revoir Raisonnement par récurrence
- Limites usuelles vues en Terminale : suites géométriques, croissances comparées
- Étude de fonctions ; continuité d'une fonction en un point, avec la caractérisation séquentielle admise ici (elle sera démontrée dans le chapitre « Limites et continuité »)
À la fin du chapitre, on sait
- Écrire, lire et utiliser la définition quantifiée de la limite d'une suite
- Démontrer l'unicité de la limite, le caractère borné d'une suite convergente, les opérations sur les limites et le passage à la limite dans une inégalité large
- Prouver une convergence par encadrement, par le théorème de la limite monotone ou avec des suites adjacentes
- Prouver une divergence à l'aide de suites extraites ; énoncer et démontrer le théorème de Bolzano-Weierstrass
- Caractériser une borne supérieure et la densité par des suites
- Mener l'étude complète d'une suite définie par $u_{n+1}=f(u_n)$ : intervalle stable, monotonie, convergence, points fixes
1.Suites bornées, suites monotones
Une suite réelle est une application $u:\mathbb N\to\mathbb R$. On écrit $u_n$ au lieu de $u(n)$, et on note la suite $(u_n)_{n\in\mathbb N}$ ou simplement $(u_n)$. L'ensemble des suites réelles est noté $\mathbb R^{\mathbb N}$.
Il faut distinguer la suite $(u_n)$, qui est un objet, du terme $u_n$, qui est un réel. Une suite peut n'être définie qu'à partir d'un rang $n_0$ ; tout ce qui suit s'adapte sans difficulté.
Suites majorées, minorées, bornées
Soit $(u_n)$ une suite réelle.
- $(u_n)$ est majorée s'il existe $M\in\mathbb R$ tel que $\forall n\in\mathbb N,\ u_n\le M$.
- $(u_n)$ est minorée s'il existe $m\in\mathbb R$ tel que $\forall n\in\mathbb N,\ u_n\ge m$.
- $(u_n)$ est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Le majorant $M$ ne dépend pas de $n$ : c'est tout l'enjeu de la définition.
Caractérisation des suites bornées
Une suite $(u_n)$ est bornée si et seulement s'il existe $K\ge0$ tel que $$\forall n\in\mathbb N,\quad |u_n|\le K.$$
Preuve
Si $m\le u_n\le M$ pour tout $n$, on pose $K=\max(|m|,|M|)$. Alors $-K\le-|m|\le m\le u_n\le M\le|M|\le K$, donc $|u_n|\le K$.
Réciproquement, $|u_n|\le K$ équivaut à $-K\le u_n\le K$ : la suite est minorée par $-K$ et majorée par $K$.
Monotonie
Une suite $(u_n)$ est :
- croissante si $\forall n\in\mathbb N,\ u_n\le u_{n+1}$ ;
- décroissante si $\forall n\in\mathbb N,\ u_n\ge u_{n+1}$ ;
- strictement croissante (resp. strictement décroissante) si les inégalités sont strictes ;
- monotone si elle est croissante ou décroissante ;
- stationnaire si elle est constante à partir d'un certain rang.
Si $(u_n)$ est croissante, alors $u_p\le u_q$ pour tous entiers $p\le q$ (récurrence sur $q$).
À partir d'un certain rang
Une propriété $P(n)$ est vraie à partir d'un certain rang s'il existe $N\in\mathbb N$ tel que $P(n)$ soit vraie pour tout $n\ge N$.
Une suite majorée à partir d'un certain rang est majorée : si $u_n\le M$ pour $n\ge N$, alors $u_n\le\max(u_0,\dots,u_{N-1},M)$ pour tout $n$. Il n'y a qu'un nombre fini de termes avant le rang $N$.
Étudier la monotonie d'une suite
- Méthode générale : on étudie le signe de $u_{n+1}-u_n$.
- Si tous les termes sont strictement positifs, on peut comparer $\frac{u_{n+1}}{u_n}$ à $1$ : la suite est croissante si ce quotient est $\ge1$, décroissante s'il est $\le1$. Utile en présence de produits, de puissances ou de factorielles.
- Si $u_n=f(n)$ avec $f$ monotone sur $[0,+\infty[$, la suite a la même monotonie que $f$.
- Si la suite est définie par récurrence, on raisonne souvent par récurrence (voir la dernière section).
Une suite définie par des factorielles
Soit $u_n=\frac{n!}{n^n}$ pour $n\ge1$. Les termes sont strictement positifs et $$\frac{u_{n+1}}{u_n}=\frac{(n+1)!}{(n+1)^{n+1}}\cdot\frac{n^n}{n!}=\frac{(n+1)\,n^n}{(n+1)^{n+1}}=\left(\frac{n}{n+1}\right)^n<1.$$ La suite $(u_n)$ est donc strictement décroissante. Elle est minorée par $0$ et majorée par $u_1=1$ : elle est bornée.
2.Limite d'une suite
Limite finie, suite convergente
Soit $(u_n)$ une suite réelle et $\ell\in\mathbb R$. On dit que $(u_n)$ tend vers $\ell$, ou converge vers $\ell$, si $$\forall\varepsilon>0,\ \exists N\in\mathbb N,\ \forall n\ge N,\ |u_n-\ell|\le\varepsilon.$$ On note $u_n\underset{n\to+\infty}{\longrightarrow}\ell$ ou $u_n\to\ell$.
Une suite est convergente s'il existe un réel $\ell$ vers lequel elle converge. Sinon, elle est divergente.
Lire la définition
- Quelle que soit la précision $\varepsilon$ exigée, tous les termes sont à distance au plus $\varepsilon$ de $\ell$ à partir d'un certain rang.
- Le rang $N$ dépend de $\varepsilon$, jamais de $n$.
- On peut remplacer $\le\varepsilon$ par $<\varepsilon$ : les deux définitions sont équivalentes, puisque $|u_n-\ell|\le\frac\varepsilon2$ entraîne $|u_n-\ell|<\varepsilon$.
- $u_n\to\ell$ équivaut à $|u_n-\ell|\to0$. Toute convergence se ramène ainsi à une convergence vers $0$.
- Modifier un nombre fini de termes ne change ni la convergence ni la limite.
Utiliser la définition
Montrons que $u_n=\frac{2n+1}{n+1}$ tend vers $2$. On calcule $$|u_n-2|=\left|\frac{2n+1-2n-2}{n+1}\right|=\frac1{n+1}.$$ Soit $\varepsilon>0$. On pose $N=\lfloor1/\varepsilon\rfloor$. Pour $n\ge N$, on a $n+1\ge N+1>\frac1\varepsilon$, donc $\frac1{n+1}<\varepsilon$. Ainsi $|u_n-2|\le\varepsilon$ pour tout $n\ge N$, et $u_n\to2$.
Unicité de la limite
Si $(u_n)$ converge vers $\ell$ et vers $\ell'$, alors $\ell=\ell'$. Ce réel s'appelle la limite de $(u_n)$ et se note $\lim\limits_{n\to+\infty}u_n$ ou $\lim u_n$.
Preuve de l'unicité
Par l'absurde, supposons $\ell\neq\ell'$, par exemple $\ell<\ell'$ (l'autre cas est symétrique). Posons $\varepsilon=\frac{\ell'-\ell}{3}>0$. Il existe $N_1$ tel que $|u_n-\ell|\le\varepsilon$ pour $n\ge N_1$, et $N_2$ tel que $|u_n-\ell'|\le\varepsilon$ pour $n\ge N_2$. Pour $n=\max(N_1,N_2)$, l'inégalité triangulaire donne $$\ell'-\ell=|\ell'-\ell|\le|\ell'-u_n|+|u_n-\ell|\le2\varepsilon=\frac{2(\ell'-\ell)}{3}.$$ On en déduit $\frac{\ell'-\ell}{3}\le0$, ce qui contredit $\ell<\ell'$. Donc $\ell=\ell'$.
Limite infinie
On dit que $(u_n)$ tend vers $+\infty$ si $$\forall A\in\mathbb R,\ \exists N\in\mathbb N,\ \forall n\ge N,\ u_n\ge A,$$ et qu'elle tend vers $-\infty$ si $\forall A\in\mathbb R,\ \exists N\in\mathbb N,\ \forall n\ge N,\ u_n\le A$.
Une suite qui tend vers $\pm\infty$ est divergente : elle n'a pas de limite finie. La limite dans $\overline{\mathbb R}=\mathbb R\cup\{-\infty,+\infty\}$, quand elle existe, est unique. Une suite peut diverger sans tendre vers l'infini : c'est le cas de $((-1)^n)$.
Une suite convergente est bornée
Toute suite convergente est bornée.
Preuve
Soit $u_n\to\ell$. Avec $\varepsilon=1$, il existe $N$ tel que $|u_n-\ell|\le1$ pour $n\ge N$, donc $|u_n|\le|u_n-\ell|+|\ell|\le1+|\ell|$ pour $n\ge N$. On pose $$K=\max\big(|u_0|,|u_1|,\dots,|u_{N-1}|,\ 1+|\ell|\big).$$ Alors $|u_n|\le K$ pour tout $n\in\mathbb N$.
La réciproque est fausse
La suite $((-1)^n)$ est bornée mais diverge (on le prouvera simplement avec les suites extraites). Une suite bornée n'est pas forcément convergente ; une suite non bornée, en revanche, est forcément divergente.
Signe d'une suite de limite non nulle
Si $u_n\to\ell$ avec $\ell>0$, alors $u_n\ge\frac\ell2>0$ à partir d'un certain rang.
Plus généralement, si $\ell\neq0$, alors $|u_n|\ge\frac{|\ell|}2>0$ à partir d'un certain rang ; en particulier $u_n\neq0$ à partir d'un certain rang.
Preuve
Avec $\varepsilon=\frac\ell2>0$, il existe $N$ tel que, pour $n\ge N$, $\ell-\frac\ell2\le u_n\le\ell+\frac\ell2$, donc $u_n\ge\frac\ell2$.
Si $\ell\neq0$, l'inégalité $\big||u_n|-|\ell|\big|\le|u_n-\ell|$ montre que $|u_n|\to|\ell|>0$, et on applique ce qui précède à $(|u_n|)$.
Opérations sur les limites finies
Soient $u_n\to\ell$ et $v_n\to\ell'$ avec $\ell,\ell'\in\mathbb R$, et $\lambda\in\mathbb R$.
- $\lambda u_n+v_n\to\lambda\ell+\ell'$ ;
- $u_nv_n\to\ell\ell'$ ;
- si $\ell'\neq0$, alors $v_n\neq0$ à partir d'un certain rang et $\frac{u_n}{v_n}\to\frac{\ell}{\ell'}$.
De plus, si $(u_n)$ est bornée et $v_n\to0$, alors $u_nv_n\to0$.
Preuve
Somme. Soit $\varepsilon>0$. Il existe $N_1$ tel que $|u_n-\ell|\le\frac\varepsilon2$ pour $n\ge N_1$ et $N_2$ tel que $|v_n-\ell'|\le\frac\varepsilon2$ pour $n\ge N_2$. Pour $n\ge\max(N_1,N_2)$ : $$|(u_n+v_n)-(\ell+\ell')|\le|u_n-\ell|+|v_n-\ell'|\le\varepsilon.$$ Pour $\lambda u_n$ avec $\lambda\neq0$, on utilise $|\lambda u_n-\lambda\ell|=|\lambda|\,|u_n-\ell|$ et le rang associé à $\frac{\varepsilon}{|\lambda|}$.
Produit. La suite $(u_n)$ converge donc est bornée : il existe $M>0$ tel que $|u_n|\le M$ pour tout $n$. On écrit $$|u_nv_n-\ell\ell'|=|u_n(v_n-\ell')+\ell'(u_n-\ell)|\le M|v_n-\ell'|+|\ell'|\,|u_n-\ell|.$$ Soit $\varepsilon>0$. À partir d'un certain rang, $|v_n-\ell'|\le\frac{\varepsilon}{2M}$ et $|u_n-\ell|\le\frac{\varepsilon}{2(|\ell'|+1)}$, d'où $|u_nv_n-\ell\ell'|\le\frac\varepsilon2+\frac\varepsilon2=\varepsilon$.
Quotient. Il suffit de montrer $\frac1{v_n}\to\frac1{\ell'}$ puis d'appliquer le produit. À partir d'un rang $N_0$, $|v_n|\ge\frac{|\ell'|}2$, donc $$\left|\frac1{v_n}-\frac1{\ell'}\right|=\frac{|v_n-\ell'|}{|v_n|\,|\ell'|}\le\frac{2}{|\ell'|^2}|v_n-\ell'|,$$ et ce majorant est $\le\varepsilon$ dès que $|v_n-\ell'|\le\frac{\varepsilon|\ell'|^2}{2}$.
Suite bornée fois suite de limite nulle. Si $|u_n|\le M$ avec $M>0$ et $\varepsilon>0$, il existe $N$ tel que $|v_n|\le\frac\varepsilon M$ pour $n\ge N$, donc $|u_nv_n|\le\varepsilon$.
Opérations avec des limites infinies
- Somme. Si $(u_n)$ est minorée (en particulier si elle converge ou tend vers $+\infty$) et $v_n\to+\infty$, alors $u_n+v_n\to+\infty$. Énoncé symétrique pour $-\infty$.
- Produit. Si $u_n\to\ell\neq0$ ou $u_n\to\pm\infty$, et $v_n\to\pm\infty$, alors $u_nv_n\to\pm\infty$, le signe suivant la règle des signes.
- Inverse. Si $v_n\to\pm\infty$, alors $\frac1{v_n}\to0$. Si $v_n\to0$ et $v_n>0$ à partir d'un certain rang, alors $\frac1{v_n}\to+\infty$.
- Formes indéterminées : $+\infty-\infty$, $0\times\infty$, $\frac\infty\infty$, $\frac00$, et pour les puissances $1^\infty$, $0^0$, $\infty^0$. Elles demandent une transformation de l'expression.
Preuve du cas de la somme
Soit $m$ un minorant de $(u_n)$ et $A\in\mathbb R$. Comme $v_n\to+\infty$, il existe $N$ tel que $v_n\ge A-m$ pour $n\ge N$. Alors $u_n+v_n\ge m+(A-m)=A$ pour $n\ge N$. Donc $u_n+v_n\to+\infty$.
Lever une forme indéterminée
- Fraction rationnelle en $n$ : on factorise numérateur et dénominateur par leur terme dominant.
- Différence de racines : on multiplie par la quantité conjuguée.
- Puissance $a_n^{b_n}$ : on écrit $a_n^{b_n}=\exp(b_n\ln a_n)$ et on étudie l'exposant.
- Mélange de puissances, exponentielles, logarithmes : on factorise par le terme prépondérant et on utilise les croissances comparées de Terminale : pour $\alpha>0$, $\beta>0$ et $q>1$, $$\frac{n^\alpha}{q^n}\to0,\qquad\frac{(\ln n)^\beta}{n^\alpha}\to0.$$
Deux formes indéterminées
- $u_n=\frac{2n^2-3n+1}{n^2+5}$ est de la forme $\frac\infty\infty$. Pour $n\ge1$ : $$u_n=\frac{n^2\left(2-\frac3n+\frac1{n^2}\right)}{n^2\left(1+\frac5{n^2}\right)}=\frac{2-\frac3n+\frac1{n^2}}{1+\frac5{n^2}}\to\frac21=2.$$
- $v_n=\sqrt{n+1}-\sqrt n$ est de la forme $+\infty-\infty$. Avec la quantité conjuguée : $$v_n=\frac{(n+1)-n}{\sqrt{n+1}+\sqrt n}=\frac1{\sqrt{n+1}+\sqrt n}.$$ Le dénominateur tend vers $+\infty$, donc $v_n\to0$.
3.Limites et inégalités
Passage à la limite dans une inégalité large
Soient $(u_n)$ et $(v_n)$ deux suites convergentes, de limites $\ell$ et $\ell'$. Si $u_n\le v_n$ à partir d'un certain rang, alors $\ell\le\ell'$.
Cas particulier : si $u_n\to\ell$ et $u_n\le M$ à partir d'un certain rang, alors $\ell\le M$ (prendre $v_n=M$).
Preuve
Par l'absurde, supposons $\ell>\ell'$. La suite $w_n=u_n-v_n$ converge vers $\ell-\ell'>0$. D'après la section précédente, il existe $N_1$ tel que $w_n\ge\frac{\ell-\ell'}2>0$ pour $n\ge N_1$. Par hypothèse, il existe $N_2$ tel que $w_n\le0$ pour $n\ge N_2$. Pour $n\ge\max(N_1,N_2)$, on obtient $0<w_n\le0$ : contradiction. Donc $\ell\le\ell'$.
Inégalités strictes et existence des limites
Le passage à la limite ne conserve pas les inégalités strictes : pour tout $n\ge1$, $\frac1n>0$, mais $\lim\frac1n=0$. De $u_n<v_n$ on déduit seulement $\ell\le\ell'$.
Ce théorème suppose que les deux limites existent : il ne prouve aucune convergence. Écrire « $u_n\le v_n$ donc $\lim u_n\le\lim v_n$ » sans avoir justifié l'existence des limites est une faute.
Théorème d'encadrement
Soient $(u_n)$, $(v_n)$, $(w_n)$ trois suites telles que $u_n\le v_n\le w_n$ à partir d'un certain rang. Si $(u_n)$ et $(w_n)$ convergent vers la même limite $\ell$, alors $(v_n)$ converge et $\lim v_n=\ell$.
Contrairement au passage à la limite, ce théorème donne l'existence de la limite.
Preuve
Soit $n_0$ un rang à partir duquel $u_n\le v_n\le w_n$, et soit $\varepsilon>0$. Il existe $N_1$ tel que $\ell-\varepsilon\le u_n$ pour $n\ge N_1$, et $N_2$ tel que $w_n\le\ell+\varepsilon$ pour $n\ge N_2$. Pour $n\ge\max(n_0,N_1,N_2)$ : $$\ell-\varepsilon\le u_n\le v_n\le w_n\le\ell+\varepsilon,$$ c'est-à-dire $|v_n-\ell|\le\varepsilon$. Donc $v_n\to\ell$.
Majoration de l'écart à la limite
Si $|u_n-\ell|\le\alpha_n$ à partir d'un certain rang, avec $\alpha_n\to0$, alors $u_n\to\ell$.
C'est l'encadrement $\ell-\alpha_n\le u_n\le\ell+\alpha_n$. C'est la forme la plus utilisée en pratique.
Minoration, majoration et limites infinies
- Si $u_n\ge v_n$ à partir d'un certain rang et $v_n\to+\infty$, alors $u_n\to+\infty$.
- Si $u_n\le w_n$ à partir d'un certain rang et $w_n\to-\infty$, alors $u_n\to-\infty$.
Preuve
Soit $n_0$ tel que $u_n\ge v_n$ pour $n\ge n_0$, et $A\in\mathbb R$. Il existe $N$ tel que $v_n\ge A$ pour $n\ge N$. Pour $n\ge\max(n_0,N)$, $u_n\ge v_n\ge A$. Donc $u_n\to+\infty$. Le second point s'obtient en appliquant le premier à $(-u_n)$ et $(-w_n)$.
Prouver une convergence par encadrement
On l'utilise quand la limite se devine mais qu'aucun calcul direct n'est possible : somme de $n$ termes, produit, partie entière, terme oscillant.
- On minore et on majore $u_n$ par des suites simples $a_n\le u_n\le b_n$, ou on majore $|u_n-\ell|$ par $\alpha_n$.
- On vérifie que $a_n$ et $b_n$ ont la même limite $\ell$, ou que $\alpha_n\to0$.
- On conclut par le théorème d'encadrement.
Pour une somme de $n$ termes, on encadre chaque terme par le plus petit et le plus grand, puis on multiplie par le nombre de termes. Pour une limite infinie, une seule minoration (ou majoration) suffit.
Une somme de n termes
Soit $u_n=\sum_{k=1}^n\frac{n}{n^2+k}$ pour $n\ge1$. Pour $1\le k\le n$, on a $n^2+1\le n^2+k\le n^2+n$, donc $$\frac{n}{n^2+n}\le\frac{n}{n^2+k}\le\frac{n}{n^2+1}.$$ En sommant ces $n$ inégalités : $$\frac{n^2}{n^2+n}\le u_n\le\frac{n^2}{n^2+1}.$$ Or $\frac{n^2}{n^2+n}=\frac{n}{n+1}\to1$ et $\frac{n^2}{n^2+1}=\frac1{1+\frac1{n^2}}\to1$. Par encadrement, $u_n\to1$.
Retour sur n!/n^n, et une limite infinie
Pour $n\ge1$, on écrit $$\frac{n!}{n^n}=\frac1n\cdot\frac2n\cdots\frac nn=\frac1n\prod_{k=2}^{n}\frac kn.$$ Chaque facteur $\frac kn$ est dans $]0,1]$, donc $0<\frac{n!}{n^n}\le\frac1n$. Par encadrement, $\frac{n!}{n^n}\to0$.
Autre exemple : $u_n=n+3\cos n$ vérifie $u_n\ge n-3$, et $n-3\to+\infty$, donc $u_n\to+\infty$.
4.Suites monotones : limite monotone et suites adjacentes
Théorème de la limite monotone
Soit $(u_n)$ une suite croissante.
- Si $(u_n)$ est majorée, elle converge et $\lim u_n=\sup\{u_n,\ n\in\mathbb N\}$.
- Si $(u_n)$ n'est pas majorée, elle tend vers $+\infty$.
De même, une suite décroissante minorée converge vers $\inf\{u_n,\ n\in\mathbb N\}$, et une suite décroissante non minorée tend vers $-\infty$. En particulier, toute suite monotone admet une limite, finie ou infinie.
Preuve
Cas majoré. L'ensemble $E=\{u_n,\ n\in\mathbb N\}$ est non vide et majoré : par la propriété de la borne supérieure, il admet une borne supérieure $S$. Soit $\varepsilon>0$. Le réel $S-\varepsilon$ n'est pas un majorant de $E$ (car $S$ est le plus petit), donc il existe $N$ tel que $u_N>S-\varepsilon$. Pour $n\ge N$, la croissance et la définition de $S$ donnent $$S-\varepsilon<u_N\le u_n\le S,$$ donc $|u_n-S|\le\varepsilon$. Ainsi $u_n\to S$.
Cas non majoré. Soit $A\in\mathbb R$. Comme $A$ ne majore pas la suite, il existe $N$ tel que $u_N>A$. Pour $n\ge N$, $u_n\ge u_N>A$. Donc $u_n\to+\infty$.
Cas décroissant. On applique ce qui précède à la suite croissante $(-u_n)$.
Ce que dit et ne dit pas le théorème
- Si $(u_n)$ est croissante et converge vers $\ell$, alors $u_n\le\ell$ pour tout $n$, puisque $\ell$ est la borne supérieure des termes.
- Le théorème prouve la convergence sans donner la valeur de la limite. Une suite croissante majorée par $M$ converge vers une limite $\ell\le M$, pas forcément égale à $M$.
- Il repose sur la propriété de la borne supérieure. Il est faux dans $\mathbb Q$ : la suite croissante des approximations décimales par défaut de $\sqrt2$ est majorée par $2$ mais n'a pas de limite dans $\mathbb Q$.
Convergence sans calcul de la limite
Soit $S_n=\sum_{k=1}^n\frac1{k^2}$ pour $n\ge1$. La suite est croissante car $S_{n+1}-S_n=\frac1{(n+1)^2}>0$.
Pour $k\ge2$, $\frac1{k^2}\le\frac1{k(k-1)}=\frac1{k-1}-\frac1k$. Par télescopage, pour $n\ge2$ : $$S_n\le1+\sum_{k=2}^n\left(\frac1{k-1}-\frac1k\right)=1+1-\frac1n<2,$$ et $S_1=1<2$. La suite est croissante et majorée par $2$ : elle converge vers une limite $\ell\le2$. La valeur $\ell=\frac{\pi^2}6$ est hors programme à ce stade.
Suites adjacentes
Deux suites $(u_n)$ et $(v_n)$ sont adjacentes si :
- $(u_n)$ est croissante ;
- $(v_n)$ est décroissante ;
- $v_n-u_n\to0$.
Théorème des suites adjacentes
Deux suites adjacentes convergent vers la même limite $\ell$, et pour tout $n\in\mathbb N$ : $$u_n\le\ell\le v_n.$$
Preuve
Posons $w_n=v_n-u_n$. On a $w_{n+1}-w_n=(v_{n+1}-v_n)-(u_{n+1}-u_n)\le0$ : $(w_n)$ est décroissante. Fixons $n$. Pour tout $p\ge n$, $w_p\le w_n$ ; en passant à la limite quand $p\to+\infty$ (la suite $(w_p)$ converge vers $0$), on obtient $0\le w_n$. Donc $u_n\le v_n$ pour tout $n$.
Par monotonie, $u_0\le u_n\le v_n\le v_0$ pour tout $n$. La suite $(u_n)$ est croissante et majorée par $v_0$ : elle converge vers un réel $\ell$. La suite $(v_n)$ est décroissante et minorée par $u_0$ : elle converge vers un réel $\ell'$. Alors $\ell'-\ell=\lim(v_n-u_n)=0$, donc $\ell=\ell'$.
Enfin, $(u_n)$ croissante de limite $\ell$ donne $u_n\le\ell$, et $(v_n)$ décroissante de limite $\ell$ donne $\ell\le v_n$.
Montrer que deux suites sont adjacentes
- Étudier le signe de $u_{n+1}-u_n$ : il doit être $\ge0$.
- Étudier le signe de $v_{n+1}-v_n$ : il doit être $\le0$.
- Montrer que $v_n-u_n\to0$.
Il est inutile de prouver séparément $u_n\le v_n$ : c'est une conséquence du théorème. L'encadrement $u_n\le\ell\le v_n$ fournit des valeurs approchées de $\ell$ avec une erreur au plus $v_n-u_n$.
Une approximation de e
Pour $n\ge1$, posons $u_n=\sum_{k=0}^n\frac1{k!}$ et $v_n=u_n+\frac1{n\cdot n!}$.
- $u_{n+1}-u_n=\frac1{(n+1)!}>0$ : $(u_n)$ est croissante.
- En réduisant au dénominateur commun $n(n+1)\,(n+1)!=n\cdot n!\cdot(n+1)^2$ : $$v_{n+1}-v_n=\frac1{(n+1)!}+\frac1{(n+1)(n+1)!}-\frac1{n\cdot n!}=\frac{n(n+1)+n-(n+1)^2}{n(n+1)(n+1)!}=\frac{-1}{n(n+1)(n+1)!}<0.$$ Donc $(v_n)$ est décroissante.
- $v_n-u_n=\frac1{n\cdot n!}\to0$.
Les suites sont adjacentes : elles convergent vers une même limite $\ell$ avec $u_n\le\ell\le v_n$. Pour $n=5$ : $u_5=\frac{163}{60}\approx2{,}71667$ et $v_5=\frac{1631}{600}\approx2{,}71833$. On montrera avec la formule de Taylor que $\ell=e$.
5.Suites extraites et théorème de Bolzano-Weierstrass
Suite extraite
Une extraction est une application $\varphi:\mathbb N\to\mathbb N$ strictement croissante. Une suite extraite (ou sous-suite) de $(u_n)$ est une suite de la forme $(u_{\varphi(n)})_{n\in\mathbb N}$, où $\varphi$ est une extraction.
Exemples : $(u_{2n})$ et $(u_{2n+1})$ (termes de rang pair, impair), $(u_{n^2})$, $(u_{n+1})$.
Lemme sur les extractions
Si $\varphi:\mathbb N\to\mathbb N$ est strictement croissante, alors $\varphi(n)\ge n$ pour tout $n\in\mathbb N$.
Preuve
Par récurrence. On a $\varphi(0)\ge0$ car $\varphi(0)\in\mathbb N$. Si $\varphi(n)\ge n$, alors $\varphi(n+1)>\varphi(n)\ge n$ ; comme $\varphi(n+1)$ est un entier strictement supérieur à $n$, on a $\varphi(n+1)\ge n+1$.
Suites extraites d'une suite qui a une limite
Si $u_n\to\ell$, avec $\ell\in\mathbb R$ ou $\ell=\pm\infty$, alors toute suite extraite $(u_{\varphi(n)})$ tend aussi vers $\ell$.
Preuve
Cas $\ell\in\mathbb R$. Soit $\varepsilon>0$ et $N$ tel que $|u_n-\ell|\le\varepsilon$ pour $n\ge N$. Pour $n\ge N$, le lemme donne $\varphi(n)\ge n\ge N$, donc $|u_{\varphi(n)}-\ell|\le\varepsilon$.
Le cas $\ell=+\infty$ est identique, en remplaçant $|u_n-\ell|\le\varepsilon$ par $u_n\ge A$ ; de même pour $-\infty$.
Prouver qu'une suite diverge
Par contraposée du théorème précédent, il suffit de trouver :
- soit deux suites extraites qui ont des limites différentes ;
- soit une suite extraite qui diverge.
Les extractions de rangs pairs et impairs suffisent souvent pour les suites contenant $(-1)^n$ ; pour $\cos\left(\frac{n\pi}{3}\right)$ et ses analogues, on extrait selon les restes modulo la période.
Une suite bornée divergente
Soit $u_n=(-1)^n\frac{n}{n+1}$. On a $$u_{2n}=\frac{2n}{2n+1}\to1\qquad\text{et}\qquad u_{2n+1}=-\frac{2n+1}{2n+2}\to-1.$$ Deux suites extraites ont des limites différentes : $(u_n)$ diverge, bien qu'elle soit bornée par $1$. Le même argument appliqué à $u_{2n}=1$ et $u_{2n+1}=-1$ montre que $((-1)^n)$ diverge.
Rangs pairs et rangs impairs
Si $(u_{2n})$ et $(u_{2n+1})$ convergent toutes deux vers la même limite $\ell$, alors $(u_n)$ converge vers $\ell$.
Preuve
Soit $\varepsilon>0$. Il existe $N_1$ tel que $|u_{2k}-\ell|\le\varepsilon$ pour $k\ge N_1$, et $N_2$ tel que $|u_{2k+1}-\ell|\le\varepsilon$ pour $k\ge N_2$. Posons $N=\max(2N_1,\,2N_2+1)$ et soit $n\ge N$.
- Si $n=2k$ est pair, alors $2k\ge2N_1$, donc $k\ge N_1$ et $|u_n-\ell|\le\varepsilon$.
- Si $n=2k+1$ est impair, alors $2k+1\ge2N_2+1$, donc $k\ge N_2$ et $|u_n-\ell|\le\varepsilon$.
Donc $u_n\to\ell$. Le résultat tient parce que les rangs pairs et impairs recouvrent tout $\mathbb N$.
La série harmonique diverge
Soit $H_n=\sum_{k=1}^n\frac1k$ pour $n\ge1$. La suite est croissante car $H_{n+1}-H_n=\frac1{n+1}>0$. Pour $n\ge1$ : $$H_{2n}-H_n=\sum_{k=n+1}^{2n}\frac1k\ge\sum_{k=n+1}^{2n}\frac1{2n}=n\cdot\frac1{2n}=\frac12.$$ Si $(H_n)$ convergeait vers $\ell$, la suite extraite $(H_{2n})$ convergerait aussi vers $\ell$, donc $H_{2n}-H_n\to0$. Le passage à la limite dans $H_{2n}-H_n\ge\frac12$ donnerait $0\ge\frac12$, ce qui est absurde. La suite $(H_n)$ diverge ; comme elle est croissante, le théorème de la limite monotone impose $H_n\to+\infty$.
Théorème de Bolzano-Weierstrass
Toute suite réelle bornée admet une suite extraite convergente.
Preuve par dichotomie
Soit $(u_n)$ bornée : il existe $a_0\le b_0$ tels que $a_0\le u_n\le b_0$ pour tout $n$.
Construction des segments. On construit par récurrence des réels $a_k\le b_k$ tels que $[a_{k+1},b_{k+1}]\subset[a_k,b_k]$, $b_k-a_k=\frac{b_0-a_0}{2^k}$, et tels que l'ensemble $E_k=\{n\in\mathbb N,\ u_n\in[a_k,b_k]\}$ soit infini. Au départ, $E_0=\mathbb N$ est infini. Supposons $a_k,b_k$ construits et posons $m=\frac{a_k+b_k}2$. On a $$E_k=\{n,\ u_n\in[a_k,m]\}\cup\{n,\ u_n\in[m,b_k]\}.$$ Une réunion de deux ensembles finis est finie ; comme $E_k$ est infini, l'un des deux est infini. On choisit la moitié correspondante comme $[a_{k+1},b_{k+1}]$.
Limite des bornes. La suite $(a_k)$ est croissante, $(b_k)$ est décroissante et $b_k-a_k\to0$ : elles sont adjacentes et convergent vers une même limite $c$.
Construction de l'extraction. On pose $\varphi(0)=0$. Si $\varphi(k)$ est construit, l'ensemble $E_{k+1}$ est infini, donc il contient un entier strictement supérieur à $\varphi(k)$ ; on note $\varphi(k+1)$ un tel entier. Alors $\varphi$ est strictement croissante et $a_k\le u_{\varphi(k)}\le b_k$ pour tout $k$.
Par encadrement, $u_{\varphi(k)}\to c$.
Portée du théorème
- Le théorème affirme une existence, sans unicité : $((-1)^n)$ admet des suites extraites convergeant vers $1$ et d'autres vers $-1$.
- Il s'étend aux suites complexes bornées : on extrait une sous-suite dont la partie réelle converge, puis, de celle-ci, une sous-suite dont la partie imaginaire converge (une suite extraite d'une suite extraite est encore une suite extraite).
- La limite d'une suite extraite est parfois appelée valeur d'adhérence ; ce vocabulaire n'est pas exigible.
6.Caractérisations séquentielles : borne supérieure et densité
Soit $A$ une partie de $\mathbb R$. Un réel $M$ est la borne supérieure de $A$ s'il est le plus petit des majorants de $A$ ; on le note $\sup A$. La propriété de la borne supérieure affirme que toute partie non vide et majorée de $\mathbb R$ admet une borne supérieure.
On connaît la caractérisation : $M=\sup A$ si et seulement si $$\forall a\in A,\ a\le M\qquad\text{et}\qquad\forall\varepsilon>0,\ \exists a\in A,\ a>M-\varepsilon.$$
Caractérisation séquentielle de la borne supérieure
Soit $A$ une partie non vide de $\mathbb R$ et $M\in\mathbb R$. Alors $M=\sup A$ si et seulement si :
- $M$ est un majorant de $A$ ;
- il existe une suite $(a_n)$ d'éléments de $A$ qui converge vers $M$.
De même, $m=\inf A$ si et seulement si $m$ est un minorant de $A$ et il existe une suite d'éléments de $A$ qui converge vers $m$.
Preuve
Sens direct. Supposons $M=\sup A$. Alors $M$ majore $A$. Pour $n\in\mathbb N$, le réel $M-\frac1{n+1}$ est strictement inférieur à $M$, donc ce n'est pas un majorant de $A$ : il existe $a_n\in A$ tel que $$M-\frac1{n+1}<a_n\le M.$$ Par encadrement, $a_n\to M$.
Réciproque. Supposons que $M$ majore $A$ et que $a_n\to M$ avec $a_n\in A$. Soit $M'$ un majorant quelconque de $A$. Pour tout $n$, $a_n\le M'$ ; par passage à la limite, $M\le M'$. Ainsi $M$ est un majorant inférieur ou égal à tous les majorants : c'est le plus petit, donc $M=\sup A$.
Le cas de la borne inférieure s'obtient en appliquant ce résultat à $-A=\{-a,\ a\in A\}$.
Déterminer une borne supérieure
- Deviner la valeur $M$ (en testant des éléments de $A$, en étudiant une fonction).
- Montrer que $M$ majore $A$ : pour tout $a\in A$, $a\le M$.
- Exhiber une suite $(a_n)$ d'éléments de $A$ telle que $a_n\to M$.
- Pour savoir si la borne est atteinte (c'est-à-dire si $M$ est un maximum), examiner si $M\in A$.
Corollaire utile : si $A$ est non vide majorée et si une suite d'éléments de $A$ converge vers $\ell$, alors $\ell\le\sup A$ (passage à la limite).
Bornes d'un ensemble défini par deux paramètres
Soit $A=\left\{\frac1n-\frac1p,\ n,p\in\mathbb N^*\right\}$.
- Majorant. Pour $n,p\ge1$, $\frac1n-\frac1p<\frac1n\le1$. Donc $1$ majore $A$.
- Suite. Avec $n=1$, $a_p=1-\frac1p\in A$ et $a_p\to1$.
Donc $\sup A=1$. Ce n'est pas un maximum, car l'inégalité $\frac1n-\frac1p<1$ est stricte. Par symétrie ($n$ et $p$ échangent leurs rôles), $-1$ minore $A$ et $\frac1n-1\to-1$ avec $\frac1n-1\in A$ : $\inf A=-1$, non atteint.
Partie dense
Une partie $D$ de $\mathbb R$ est dense dans $\mathbb R$ si tout intervalle ouvert $]a,b[$ avec $a<b$ contient au moins un élément de $D$.
Caractérisation séquentielle de la densité
Une partie $D$ de $\mathbb R$ est dense dans $\mathbb R$ si et seulement si tout réel $x$ est limite d'une suite d'éléments de $D$.
Preuve
Sens direct. Soit $x\in\mathbb R$. Pour tout $n$, l'intervalle $\left]x-\frac1{n+1},x+\frac1{n+1}\right[$ contient un élément $d_n$ de $D$. Alors $|d_n-x|<\frac1{n+1}$, donc $d_n\to x$.
Réciproque. Soient $a<b$, $x=\frac{a+b}2$ et $(d_n)$ une suite d'éléments de $D$ qui converge vers $x$. Avec $\varepsilon=\frac{b-a}4$, il existe $N$ tel que $|d_N-x|\le\frac{b-a}4<\frac{b-a}2$. Donc $d_N\in]a,b[$.
Densité de Q et des irrationnels
Soit $x\in\mathbb R$ et $r_n=\frac{\lfloor10^nx\rfloor}{10^n}\in\mathbb Q$. Par définition de la partie entière, $10^nx-1<\lfloor10^nx\rfloor\le10^nx$, donc $$x-10^{-n}<r_n\le x.$$ Par encadrement, $r_n\to x$ : $\mathbb Q$ est dense dans $\mathbb R$.
Posons ensuite $s_n=r_n+\frac{\sqrt2}{n+1}$. Si $s_n$ était rationnel, $\sqrt2=(n+1)(s_n-r_n)$ le serait aussi : $s_n$ est irrationnel. Comme $s_n\to x$, l'ensemble $\mathbb R\setminus\mathbb Q$ est dense dans $\mathbb R$.
7.Suites récurrentes $u_{n+1}=f(u_n)$
Intervalle stable, point fixe
Soit $f:D\to\mathbb R$ une fonction et $I\subset D$ un intervalle.
- $I$ est stable par $f$ si $f(I)\subset I$, c'est-à-dire $\forall x\in I,\ f(x)\in I$.
- Un réel $\ell\in D$ tel que $f(\ell)=\ell$ est un point fixe de $f$. Graphiquement, c'est l'abscisse d'un point d'intersection de la courbe de $f$ et de la droite $y=x$.
La suite est bien définie
Si $I$ est stable par $f$ et $u_0\in I$, la relation $u_{n+1}=f(u_n)$ définit une unique suite, et $u_n\in I$ pour tout $n\in\mathbb N$.
Preuve
Par récurrence : $u_0\in I$. Si $u_n$ est défini et appartient à $I$, alors $u_n\in D$, donc $u_{n+1}=f(u_n)$ est défini, et $u_{n+1}\in f(I)\subset I$.
Monotonie de la suite
Soit $I$ un intervalle stable par $f$ et $u_0\in I$.
- Si $f(x)-x\ge0$ pour tout $x\in I$, alors $(u_n)$ est croissante ; si $f(x)-x\le0$ sur $I$, elle est décroissante.
- Si $f$ est croissante sur $I$, alors $(u_n)$ est monotone : croissante si $u_0\le u_1$, décroissante si $u_0\ge u_1$.
- Si $f$ est décroissante sur $I$, alors $(u_{2n})$ et $(u_{2n+1})$ sont monotones, de sens contraires.
Preuve
-
Pour tout $n$, $u_n\in I$, donc $u_{n+1}-u_n=f(u_n)-u_n\ge0$.
-
Supposons $u_0\le u_1$ et montrons par récurrence que $u_n\le u_{n+1}$. C'est vrai pour $n=0$. Si $u_n\le u_{n+1}$, ces deux réels sont dans $I$ et $f$ est croissante sur $I$, donc $f(u_n)\le f(u_{n+1})$, soit $u_{n+1}\le u_{n+2}$. Le cas $u_0\ge u_1$ est identique.
-
La fonction $g=f\circ f$ est croissante sur $I$ (composée de deux fonctions décroissantes) et $I$ est stable par $g$. Comme $u_{2(n+1)}=g(u_{2n})$ et $u_{2(n+1)+1}=g(u_{2n+1})$, le point 2 appliqué à $g$ montre que $(u_{2n})$ et $(u_{2n+1})$ sont monotones. Si par exemple $u_0\le u_2$, alors en appliquant $f$ décroissante, $u_1=f(u_0)\ge f(u_2)=u_3$ : la suite $(u_{2n})$ est croissante et $(u_{2n+1})$ décroissante. L'autre cas est symétrique.
La limite est un point fixe
Soit $I$ un intervalle stable par $f$, $u_0\in I$ et $u_{n+1}=f(u_n)$. Si $(u_n)$ converge vers $\ell\in I$ et si $f$ est continue en $\ell$, alors $f(\ell)=\ell$.
Si $I=[a,b]$ est un segment, la condition $\ell\in I$ est automatique : de $a\le u_n\le b$ on tire $a\le\ell\le b$ par passage à la limite.
Preuve
La suite $(u_{n+1})$ est extraite de $(u_n)$, donc $u_{n+1}\to\ell$. Par continuité de $f$ en $\ell$ et caractérisation séquentielle de la continuité (admise ici, démontrée dans le chapitre « Limites et continuité »), $f(u_n)\to f(\ell)$. Comme $u_{n+1}=f(u_n)$ pour tout $n$, l'unicité de la limite donne $f(\ell)=\ell$.
Plan d'étude d'une suite récurrente
- Intervalle stable. Trouver un intervalle $I$ stable par $f$ contenant $u_0$ ; il est souvent délimité par $u_0$ et un point fixe, ou par deux points fixes. Les bornes de $I$ fournissent des bornes pour la suite.
- Monotonie. Étudier le signe de $f(x)-x$ sur $I$, ou utiliser le sens de variation de $f$ et comparer $u_0$ et $u_1$.
- Convergence. Conclure avec le théorème de la limite monotone : convergence si la suite est monotone et bornée.
- Limite. Si $f$ est continue, la limite $\ell$ est un point fixe de $f$ situé dans $I$ (ou dans son adhérence, à examiner). On résout $f(\ell)=\ell$ et on élimine les solutions incompatibles avec $\ell\in I$, avec $\ell\ge u_0$ si la suite croît, ou avec $\ell\le u_0$ si elle décroît.
- Divergence. Si la suite est croissante et que $f$ n'a aucun point fixe compatible, la suite ne peut pas converger : elle tend vers $+\infty$.
- Cas $f$ décroissante. Étudier $(u_{2n})$ et $(u_{2n+1})$ avec $g=f\circ f$, puis conclure par le théorème sur les rangs pairs et impairs.
Une fonction croissante
Soit $u_0=0$ et $u_{n+1}=\sqrt{2+u_n}$. On pose $f(x)=\sqrt{2+x}$, continue et croissante sur $[-2,+\infty[$.
- Intervalle stable. $f$ est croissante, $f(0)=\sqrt2$ et $f(2)=2$, donc $f([0,2])=[\sqrt2,2]\subset[0,2]$. Comme $u_0\in[0,2]$, on a $u_n\in[0,2]$ pour tout $n$.
- Monotonie. $u_1=\sqrt2\ge0=u_0$ et $f$ est croissante sur $[0,2]$, donc $(u_n)$ est croissante. On peut aussi le voir avec le signe de $f(x)-x$ : pour $x\in[0,2]$, $\sqrt{2+x}\ge x\iff2+x\ge x^2\iff(x-2)(x+1)\le0$, ce qui est vrai.
- Convergence. La suite est croissante et majorée par $2$ : elle converge vers un réel $\ell\in[0,2]$.
- Limite. $f$ est continue en $\ell$, donc $\sqrt{2+\ell}=\ell$. Cela impose $\ell^2=2+\ell$, soit $(\ell-2)(\ell+1)=0$. Comme $\ell\ge0$, on obtient $\ell=2$.
Une fonction décroissante
Soit $u_0=1$ et $u_{n+1}=\frac1{1+u_n}$. On pose $f(x)=\frac1{1+x}$, continue et décroissante sur $[0,1]$.
- Intervalle stable. $f([0,1])=\left[\frac12,1\right]\subset[0,1]$, donc $u_n\in[0,1]$ pour tout $n$.
- Fonction $g=f\circ f$. Pour $x\in[0,1]$, $$g(x)=\frac1{1+\frac1{1+x}}=\frac{1+x}{2+x}=1-\frac1{2+x},$$ qui est croissante et continue sur $[0,1]$.
- Monotonie des extraites. $u_0=1$, $u_1=\frac12$, $u_2=\frac23$, $u_3=\frac35$. Comme $u_2\le u_0$, la suite $(u_{2n})$ est décroissante ; comme $u_3\ge u_1$, la suite $(u_{2n+1})$ est croissante. Toutes deux sont bornées (dans $[0,1]$), donc convergent vers $a$ et $b$ dans $[0,1]$.
- Limites. Par continuité de $g$, $g(a)=a$ et $g(b)=b$. Or, pour $x\in[0,1]$, $g(x)=x\iff1+x=2x+x^2\iff x^2+x-1=0$. Les racines sont $\frac{-1\pm\sqrt5}2$ ; seule $\alpha=\frac{\sqrt5-1}2\approx0{,}618$ est dans $[0,1]$. Donc $a=b=\alpha$.
- Conclusion. Les suites des rangs pairs et impairs convergent vers $\alpha$, donc $u_n\to\alpha=\frac{\sqrt5-1}2$.
Un point fixe n'est pas forcément une limite
Résoudre $f(\ell)=\ell$ donne seulement les limites possibles, à condition que la suite converge. Exemple : $u_0=2$ et $u_{n+1}=u_n^2$. Les points fixes de $x\mapsto x^2$ sont $0$ et $1$, mais $u_n=2^{2^n}\to+\infty$.
La rédaction correcte : $[2,+\infty[$ est stable, et $f(x)-x=x(x-1)>0$ sur cet intervalle, donc $(u_n)$ est croissante. Si elle convergeait, sa limite $\ell$ vérifierait $\ell\ge2$ et $\ell^2=\ell$, ce qui est impossible. Elle diverge donc, et, étant croissante, elle tend vers $+\infty$.
Autre piège : si $I$ n'est pas fermé, la limite peut ne pas être dans $I$, et $f$ peut ne pas être définie ou continue en ce point.
Pour aller plus loin
Quand $f$ est décroissante, on peut souvent éviter l'étude de $f\circ f$ en majorant $|u_{n+1}-\alpha|=|f(u_n)-f(\alpha)|$ par $k|u_n-\alpha|$ avec $0\le k<1$ : on obtient $|u_n-\alpha|\le k^n|u_0-\alpha|\to0$. Cette majoration s'obtient avec l'inégalité des accroissements finis, vue dans le chapitre sur la dérivation. Une représentation graphique (en escalier si $f$ est croissante, en escargot si $f$ est décroissante) aide à deviner le comportement de la suite, mais ne remplace pas une preuve.